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	<title>Arteacom</title>
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	<description>Création de site &#38; Référencement</description>
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		<title>Bac pro Métiers du Commerce et de la Vente : une formation taillée pour l&#8217;économie réelle</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/bac-pro-metiers-du-commerce-et-de-la-vente-une-formation-taillee-pour-leconomie-reelle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel Agnès Pineau]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 May 2026 08:16:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Education Pédagogie]]></category>
		<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=10001</guid>

					<description><![CDATA[<p>Ce que les programmes, le marché du travail et l&#8217;alternance disent vraiment de cette filière Cet article a été réalisé en partenariat avec le CFA ITPA, Aix-en-Provence. Le commerce représente environ 22 % de l&#8217;emploi salarié dans les secteurs marchands &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/bac-pro-metiers-du-commerce-et-de-la-vente-une-formation-taillee-pour-leconomie-reelle/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading has-virtue-primary-color has-text-color has-link-color wp-elements-19e910bb0275dff52cc002f32a945886"><em>Ce que les programmes, le marché du travail et l&rsquo;alternance disent vraiment de cette filière</em></h2>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Cet article a été réalisé en partenariat avec le CFA ITPA, Aix-en-Provence.</em></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le commerce représente environ 22 % de l&#8217;emploi salarié dans les secteurs marchands en France — près de 3 millions de personnes, selon l&rsquo;INSEE. C&rsquo;est un des piliers structurels de l&rsquo;économie française, présent dans chaque ville, chaque zone d&rsquo;activité, chaque territoire. Et pourtant, les formations qui mènent directement à ces métiers ont une réputation qui ne leur rend pas toujours justice : trop souvent perçues comme une voie par défaut, elles méritent un regard plus attentif.</strong><br><br><strong>Ce texte souhaite donner aux parents et aux jeunes les éléments pour évaluer ce type de formation.</strong></p>
</blockquote>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Ce que le marché du travail demande aujourd&rsquo;hui</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le métier de vendeur, ou plus largement de commercial, <strong>a profondément changé de nature au cours des vingt dernières années</strong>. Ce n&rsquo;est plus seulement « tenir un rayon » ou « conclure une vente » : c&rsquo;est gérer une relation dans la durée, naviguer entre plusieurs canaux à la fois — boutique physique, site e-commerce, réseaux sociaux, application mobile —, lire des indicateurs de performance, utiliser des outils numériques de gestion de la relation client (CRM), et comprendre ce qui motive réellement un acheteur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette mutation n&rsquo;est pas accidentelle. L&rsquo;économiste Joseph Schumpeter dans les années 40 avait décrit <strong>le capitalisme comme un processus d&rsquo;adaptation permanente</strong>, dans lequel les secteurs et les métiers se reconfigurent par vagues successives. Le commerce en est un exemple concret : la montée du e-commerce, la généralisation des smartphones, les nouvelles attentes des consommateurs en matière d&rsquo;expérience et de personnalisation ont forcé le secteur à se requalifier en profondeur. Ce que l&rsquo;on appelle aujourd&rsquo;hui « omnicanalité » — <strong>être présent sur tous les canaux</strong> — n&rsquo;existait pas comme exigence professionnelle il y a quinze ans. Elle est aujourd&rsquo;hui centrale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce contexte rend la formation plus déterminante. <strong>Les familles de métiers qui recrutent le plus de cadres en CDI restent le commercial et le marketing</strong>, même dans un marché qui ralentit globalement. Et <strong>le manque de bons profils commerciaux est une réalité structurelle</strong> documentée depuis plusieurs décennies.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Des programmes de formations pensés pour le terrain</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui distingue les formations professionnelles des filières générales, c&rsquo;est précisément leur ancrage dans les besoins réels des entreprises. <strong>Les référentiels du bac pro MCV sont construits avec les professionnels du secteur</strong>, pas seulement par des pédagogues. Ils sont régulièrement mis à jour et reflètent ce que les employeurs demandent concrètement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je peux en témoigner directement. J&rsquo;ai enseigné dans un BTS NDRC — Négociation et Digitalisation de la Relation Client — et ce qui m&rsquo;a frappée dans ce programme, c&rsquo;est son pragmatisme. Les modules sur l&rsquo;animation de sites marchands, le référencement, l&rsquo;utilisation des réseaux sociaux comme supports de visibilité commerciale n&rsquo;étaient pas des ajouts décoratifs : ils correspondaient exactement à ce que les entreprises attendaient de leurs jeunes salariés. La même logique structure les programmes du bac pro MCV, qui prépare ce même terrain un niveau en amont.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Concrètement, la filière propose deux options aux profils et aux débouchés distincts.</h4>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le Bac Pro MCV option A — Animation et gestion de l&rsquo;espace commercial</strong> forme des professionnels du point de vente physique : accueil et conseil client, mise en valeur des produits, gestion d&rsquo;un rayon, participation à la stratégie de présentation commerciale (le merchandising), suivi des performances. C&rsquo;est le profil adapté aux enseignes de distribution, aux commerces de centre-ville, aux grandes surfaces spécialisées. Les débouchés directs incluent des postes d&#8217;employé commercial, d&rsquo;animateur de rayon, de conseiller de vente — avec des perspectives d&rsquo;évolution vers des fonctions de chef de rayon ou de responsable de secteur, souvent après un BTS.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le Bac Pro MCV option B — Prospection et relation clients</strong> oriente vers le développement commercial : prospection, construction d&rsquo;un portefeuille clients, négociation, suivi commercial, utilisation des outils numériques de relation client. Ce profil correspond aux entreprises qui ont besoin de commerciaux capables de créer et d&rsquo;entretenir des relations, en face à face ou à distance. Les débouchés couvrent des postes de chargé de clientèle, de commercial sédentaire ou itinérant, de technico-commercial en début de carrière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les deux cas, les élèves sortent avec <strong>une culture professionnelle opérationnelle</strong> — pas seulement des connaissances théoriques.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Ce que la voie professionnelle construit</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La voie professionnelle a historiquement joué un rôle que l&rsquo;on sous-estime : permettre à des jeunes d&rsquo;entrer rapidement dans la vie active, d&rsquo;y acquérir une légitimité professionnelle réelle, et pour certains d&rsquo;accéder ensuite à des responsabilités de management ou à la création d&rsquo;entreprise. Ce n&rsquo;est pas un parcours de second rang&nbsp;; c&rsquo;est un parcours différent, avec sa logique propre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La formation professionnelle ne se réduit pas à la transmission de techniques : <strong>elle construit une identité sociale et une appartenance à un collectif de travail</strong>. Ce que le bac pro MCV forme, c&rsquo;est aussi une façon d&rsquo;être en relation, de comprendre une organisation, d&rsquo;assumer des responsabilités concrètes dès le début de sa vie active.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais il serait malhonnête de ne pas mentionner les limites réelles. Le bac pro seul ferme certaines portes — notamment dans les recrutements qui exigent un bac+2 minimum. <strong>La poursuite en BTS est souvent déterminante pour élargir les horizons professionnels et salariaux</strong>. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs une trajectoire de plus en plus fréquente : bac pro → BTS en alternance → emploi qualifié. Accompagner un jeune dans cette direction, c&rsquo;est lui donner un vrai point de départ, pas un plafond.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est précisément là qu&rsquo;intervient l&rsquo;alternance. Apprendre en entreprise deux ou trois jours par semaine tout en suivant une formation change la nature de ce qu&rsquo;on acquiert : les gestes professionnels s&rsquo;ancrent dans du réel, le réseau se constitue avant même l&rsquo;obtention du diplôme, et la rémunération permet une autonomie financière progressive. En région PACA, le <strong>CFA ITPA</strong> (<strong>Aix-en-Provence</strong>) propose des formations en alternance sur les métiers du commerce et de la vente, avec un accompagnement articulant exigences académiques et réalité du terrain. <a href="https://www.itpa.fr">→ itpa.fr</a></p>



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<h3 class="wp-block-heading">Ce qu&rsquo;un parent a vraiment intérêt à regarder</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Évaluer une formation professionnelle demande de s&rsquo;affranchir d&rsquo;une hiérarchie implicite bien ancrée dans l&rsquo;imaginaire scolaire français : bac général &gt; bac techno &gt; bac pro. Cette hiérarchie n&rsquo;a jamais été officiellement décrétée, mais tout le monde l&rsquo;a intériorisée. Elle dit quelque chose du prestige symbolique — un prestige qui, soit dit en passant, a pris quelques coups depuis que la question des « bullshit jobs » a mis des mots sur ce que beaucoup ressentaient, et depuis que les métiers artisanaux et de bouche connaissent un retour en grâce réel dans certaines couches de la population. Elle ne dit rien, en revanche, de la valeur concrète d&rsquo;une formation.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Ce qu&rsquo;il est utile d&rsquo;examiner, pour tout établissement :</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Le <strong>taux d&rsquo;insertion professionnelle</strong> dans les mois suivant l&rsquo;obtention du diplôme — un indicateur que les établissements sérieux communiquent volontiers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le <strong>taux de poursuite d&rsquo;études</strong> — un bon bac pro prépare aussi au BTS, et un bon CFA accompagne cette transition.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La <strong>qualité du réseau d&rsquo;entreprises partenaires</strong> — c&rsquo;est ce réseau qui conditionne la qualité des alternances et souvent les premières embauches.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La <strong>réalité des outils utilisés en formation</strong> — un programme qui n&rsquo;intègre pas les outils numériques effectivement utilisés dans le secteur (CRM, plateformes de vente, outils d&rsquo;analyse commerciale) n&rsquo;est pas à jour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et une question directe à poser à tout responsable de formation : <em>quels sont les parcours des anciens élèves, trois ans après ?</em> La réponse vaut plus que n&rsquo;importe quelle plaquette.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Crédit photo : <a href="https://www.pexels.com/fr-fr/@mart-production/" target="_blank" rel="noopener" title="">MART PRODUCTION. Pexels</a>.</p>



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			</item>
		<item>
		<title>Petite introduction à la financiarisation de l&#8217;économie – #1</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/petite-introduction-a-la-financiarisation-de-leconomie-1/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel Agnès Pineau]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 May 2026 15:55:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=9973</guid>

					<description><![CDATA[<p>Quand la finance cesse d&#8217;être un outil pour devenir une fin en soi La financiarisation de l&#8217;économie est souvent présentée comme une rupture — comme si la finance avait pris le contrôle en quelques années, quelque part entre les chocs &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/petite-introduction-a-la-financiarisation-de-leconomie-1/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading has--font-size has-virtue-primary-color has-text-color has-link-color wp-elements-26897a8c628d2d0f6a1b63d8ed37f147"><em>Quand la finance cesse d&rsquo;être un outil pour devenir une fin en soi</em></h2>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has--font-size wp-block-paragraph">La financiarisation de l&rsquo;économie est souvent présentée comme une rupture — comme si la finance avait pris le contrôle en quelques années, quelque part entre les chocs pétroliers des années 70 et les années 80 de Thatcher, Reagan et consorts. En réalité, il s&rsquo;agit d&rsquo;une succession de transformations économiques et politiques qui ont progressivement changé la manière dont fonctionne l&rsquo;économie.<br><br>Pour comprendre cette évolution, nous allons repartir d&rsquo;un point de départ : l&rsquo;économie d&rsquo;après seconde guerre mondiale.<br></p>
</blockquote>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading has--font-size">Une économie centrée sur la production</h3>



<p class="has--font-size wp-block-paragraph"><br>Dans les décennies qui suivent la Seconde Guerre mondiale, l&rsquo;économie des pays industrialisés repose avant tout sur la production. <br><br>Les entreprises fabriquent des biens, les vendent, et réinvestissent une partie des profits dans les machines, les usines, l&#8217;emploi et l&rsquo;innovation. <strong>L&rsquo;État joue un rôle important</strong> : il encadre les marchés, investit dans les infrastructures et soutient la croissance.<br>La finance existe, mais elle reste au service de cette économie productive. <strong>Les banques financent l&rsquo;activité réelle</strong> — elles ne structurent pas encore l&rsquo;ensemble du système économique.<br><br>Pendant les Trente Glorieuses, la croissance est forte, l&#8217;emploi industriel important, et les salaires progressent. Les logiques de long terme dominent : ce qui compte, c&rsquo;est la capacité à produire et à vendre, pas la rentabilité à court terme pour les actionnaires.<br></p>



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<h3 class="wp-block-heading has--font-size">Le tournant des années 70-80</h3>



<p class="has--font-size wp-block-paragraph"><strong>À partir des années 70, ce modèle se fragilise</strong>. Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 provoquent une hausse brutale des coûts de l&rsquo;énergie. La croissance ralentit, le chômage augmente, et les marges de certains secteurs industriels — l&rsquo;automobile, la sidérurgie — se réduisent.</p>



<p class="has--font-size wp-block-paragraph">C&rsquo;est dans ce contexte qu&rsquo;un tournant s&rsquo;engage dans les années 80, avec des choix politiques convergents dans de nombreux pays.<br><br>On assiste d&rsquo;abord à <strong>une ouverture maximale des marchés</strong>, c&rsquo;est-à-dire à une réduction des protections douanières nationales et à une intensification du commerce international. Se produit également <strong>une dérégulation financière</strong>, autrement dit la suppression progressive de nombreuses règles qui encadraient les banques et les mouvements de capitaux. On observe une réduction du rôle direct de l&rsquo;État dans l&rsquo;économie, qui se traduit par moins d&rsquo;interventions industrielles et plus de confiance accordée aux mécanismes de marché. Enfin, la libéralisation des mouvements de capitaux permet aux investisseurs de déplacer leur argent beaucoup plus facilement d&rsquo;un pays à l&rsquo;autre.</p>



<p class="has--font-size wp-block-paragraph">Ces transformations s&rsquo;accompagnent de <strong>vagues de privatisations</strong>. Les télécommunications en sont un exemple typique, avec la transformation de <strong>France Télécom</strong> en Orange, désormais société privée cotée en bourse. Dans l&rsquo;énergie, <strong>EDF </strong>a été partiellement ouverte aux marchés et contrainte de fonctionner dans un cadre concurrentiel européen. Dans les transports, la privatisation de certaines compagnies ferroviaires, comme British Rail au Royaume-Uni, illustre ce mouvement. Certains services publics, comme <strong>la gestion de l&rsquo;eau</strong> dans plusieurs villes, ont également été confiés à des entreprises privées. Les infrastructures elles-mêmes — autoroutes, aéroports — deviennent des objets d&rsquo;investissement pour des fonds spécialisés.<br><br>L&rsquo;idée qui s&rsquo;impose est alors que les marchés, y compris financiers, sont plus efficaces que l&rsquo;État pour organiser la répartition des ressources dans l&rsquo;économie.<br></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading has--font-size">La montée de la finance comme acteur central</h3>



<p class="has--font-size wp-block-paragraph"><br>À partir de cette période, la finance ne se contente plus de financer l&rsquo;économie réelle. Elle change progressivement de dimension. Elle ne sert plus seulement à accompagner l’activité économique des entreprises et des États. Elle devient <strong>un secteur autonome</strong>, structuré autour de <strong>marchés mondiaux</strong>, d’<strong>instruments financiers complexes</strong> et d’acteurs de plus en plus puissants : banques d’investissement, fonds de pension, sociétés de gestion d’actifs ou fonds spéculatifs.</p>



<p class="kt-adv-heading9973_b1b486-eb wp-block-kadence-advancedheading" data-kb-block="kb-adv-heading9973_b1b486-eb">Les grandes entreprises ne sont plus seulement évaluées sur <strong>leur capacité à produire</strong>. Elles le sont de plus en plus sur<strong> leur rentabilité</strong> financière, leur valeur boursière et leur capacité à générer du rendement pour leurs actionnaires — ce qu&rsquo;on appelle la logique de valeur actionnariale. Cela explique pourquoi des entreprises rentables peuvent décider de licencier ou de délocaliser : non pas parce qu&rsquo;elles perdent de l&rsquo;argent, mais parce que leurs actionnaires attendent davantage.</p>



<p class="kt-adv-heading9973_a98ce6-3b wp-block-kadence-advancedheading" data-kb-block="kb-adv-heading9973_a98ce6-3b">C&rsquo;est dans ce contexte que des acteurs comme <strong>BlackRock </strong>prennent une importance croissante, en gérant des volumes de capitaux considérables et en influençant indirectement les stratégies de nombreuses entreprises.<br></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading has--font-size">La mondialisation des capitaux et le rôle central de la dette</h3>



<p class="has--font-size wp-block-paragraph">Un autre changement majeur concerne la circulation de l&rsquo;argent. Les capitaux circulent désormais librement à l&rsquo;échelle mondiale. <br><br>Une entreprise française cotée en bourse peut voir une grande partie de son capital détenu par des fonds américains, canadiens ou asiatiques qui gèrent leurs placements à l&rsquo;échelle globale, sans lien particulier avec le territoire où l&rsquo;activité a lieu. Les décisions économiques sont alors de plus en plus influencées par d<strong>es investisseurs étrangers aux réalités locales</strong>.<br><br>Dans ce nouveau contexte, <strong>l&rsquo;endettement joue un rôle central</strong>. Les États, les ménages et les entreprises ont de plus en plus recours au crédit. Mais la dette ne sert plus seulement à financer l&rsquo;activité : elle devient elle-même un actif financier, qu&rsquo;on peut acheter, revendre et transformer en instrument d&rsquo;investissement. Des crédits immobiliers ou des dettes d&rsquo;entreprises peuvent ainsi être regroupés et revendus sur les marchés sous forme de titres. C&rsquo;est ce mécanisme, poussé à l&rsquo;extrême, qui est au cœur de la crise financière de 2008, avec la titrisation des crédits hypothécaires américains — les fameux subprimes.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading has--font-size">Un changement de hiérarchie</h3>



<p class="has--font-size wp-block-paragraph">Au terme de ce processus, la financiarisation peut se comprendre simplement.<br>Il ne s&rsquo;agit pas seulement de la présence de la finance dans l&rsquo;économie — elle a toujours existé. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un changement de hiérarchie dans les logiques économiques.<br><br>Dans l&rsquo;économie d&rsquo;avant, la finance était principalement un outil au service de la production. Dans l&rsquo;économie financiarisée, la production devient souvent un support de valorisation financière.<br>Ce déplacement a été rendu possible par l&rsquo;essor d&rsquo;acteurs financiers très puissants — banques d&rsquo;investissement, fonds de pension, sociétés de gestion d&rsquo;actifs — dont le rôle et le poids sont au cœur du prochain article.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h4 class="wp-block-heading">Pour aller plus loin&nbsp;:</h4>



<p class="has--font-size wp-block-paragraph"><br><strong>Frédéric Lordon — <em>La crise de trop</em> (Fayard, 2009)</strong><br>Un texte écrit après la crise de 2008, qui explique de manière claire les mécanismes de la finance dérégulée. Il permet de comprendre le fonctionnement des marchés financiers et les logiques qui conduisent aux crises, sans nécessiter de formation économique préalable.<br><br><strong>Marlène Benquet — <em>La finance aux extrêmes. Enquête sur le capitalisme autoritaire en France</em> (La Découverte, 2026)</strong><br>Un travail sociologique récent qui décrit le rôle central des gestionnaires d’actifs dans le capitalisme contemporain. Ces acteurs gèrent des capitaux sans en être propriétaires et influencent fortement les entreprises et les choix économiques. L’enquête est très documentée, mais reste accessible, avec une volonté de rendre visibles des mécanismes souvent peu connus. Elle prolonge directement les questions de financiarisation abordées dans l’article.<br>&gt;&gt; <a href="https://shs.cairn.info/la-finance-aux-extremes--9782348085536?lang=fr" target="_blank" rel="noopener" title="">Présentation sur Cairn</a></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="kt-adv-heading9973_0c0231-c4 wp-block-kadence-advancedheading" data-kb-block="kb-adv-heading9973_0c0231-c4"><strong>Crédit photo&nbsp;: <a href="https://www.pexels.com/fr-fr/@yankrukov/" target="_blank" rel="noopener" title="">Yan Krukau. Pexels</a>.</strong></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="kt-adv-heading9973_415c95-f2 wp-block-kadence-advancedheading" data-kb-block="kb-adv-heading9973_415c95-f2"></p>



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			</item>
		<item>
		<title>Pourquoi l&#8217;Europe se réarme-t-elle ?</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/pourquoi-leurope-se-rearme-t-elle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel Agnès Pineau]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 May 2026 15:54:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=9949</guid>

					<description><![CDATA[<p>Comprendre le retour des dépenses militaires : petit détour par l&#8217;histoire En tombant récemment sur un post de La France Insoumise dans lequel l&#8217;une de leur députés s&#8217;opposait à la loi de programmation militaire — 36 milliards d&#8217;euros supplémentaires pour &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/pourquoi-leurope-se-rearme-t-elle/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading has-virtue-primary-color has-text-color has-link-color wp-elements-9572f83ddbb14d8a3a38dc0a051c42d9"><strong><em>Comprendre le retour des dépenses militaires : petit détour par l&rsquo;histoire</em></strong></h2>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">En tombant récemment sur un post de La France Insoumise dans lequel l&rsquo;une de leur députés s&rsquo;opposait à la loi de programmation militaire — 36 milliards d&rsquo;euros supplémentaires pour les armées françaises d&rsquo;ici 2030 — j&rsquo;ai voulu faire le point sur le réarmement en cours dans plusieurs pays européens et sur les débats qu&rsquo;un sujet d&rsquo;une telle ampleur soulève. Comme souvent sur arteacom, il m&rsquo;a paru impossible d&rsquo;aborder cette question sans remonter le fil de l&rsquo;histoire, jusqu&rsquo;à l&rsquo;Europe d&rsquo;après 1945.</p>
</blockquote>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Après 1945 : une Europe détruite, sous protection américaine</h3>



<p class="wp-block-paragraph">À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, l&rsquo;Europe est profondément détruite, matériellement et humainement. Les sociétés sont marquées par la violence extrême du conflit et par la peur d&rsquo;une répétition. Très vite, un nouvel équilibre mondial s&rsquo;installe avec la montée en puissance de deux blocs opposés, l&rsquo;un autour des États-Unis et l&rsquo;autre autour de l&rsquo;Union soviétique.</p>



<p class="has--font-size wp-block-paragraph"><br>Dans ce contexte, l&rsquo;Europe occidentale se reconstruit sous une forme particulière : elle délègue largement sa défense aux États-Unis. La création de l&rsquo;OTAN en 1949 officialise cet arrangement. Mais ce qui frappe, c&rsquo;est l&rsquo;ampleur concrète de la présence américaine sur le sol européen. Les forces américaines déployées en Europe dépassent les 370 000 hommes en 1962. La France seule abrite environ 100 000 Américains — militaires, fonctionnaires civils et membres de leurs familles — liés à de nombreuses installations entretenues depuis 1950. L&rsquo;Allemagne, pays frontière avec le bloc soviétique, est quasiment sous tutelle militaire américaine.</p>



<p class="has--font-size wp-block-paragraph"><br>Ce n&rsquo;est plus seulement une alliance — c&rsquo;est une présence permanente, inscrite dans le paysage quotidien de l&rsquo;Europe d&rsquo;après-guerre. L&rsquo;Europe est protégée, mais cette protection a un prix : elle installe une dépendance stratégique durable, dont les conséquences se feront sentir des décennies plus tard.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">La Guerre froide : une économie organisée autour de la puissance</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant plusieurs décennies, la rivalité entre l&rsquo;Est et l&rsquo;Ouest organise profondément les économies et les sociétés. La course aux armements, notamment nucléaires, devient un élément central de l&rsquo;équilibre mondial. Mais cette compétition dépasse largement le domaine militaire.<br><br>L&rsquo;aéronautique, la conquête spatiale, les télécommunications ou encore la recherche scientifique avancée sont largement façonnées par les besoins stratégiques des États. Internet lui-même est né dans ce contexte : le réseau Arpanet, ancêtre direct du web, a été développé dans les années 1960 par l&rsquo;armée américaine pour maintenir les communications en cas d&rsquo;attaque nucléaire. Le GPS, aujourd&rsquo;hui utilisé par des milliards de personnes, est une technologie militaire américaine rendue publique bien plus tard. En Europe, le programme Concorde illustre la même logique : un projet industriel et technologique porté par des États qui y voient autant un enjeu de prestige stratégique qu&rsquo;un intérêt commercial.<br><br>Dans le même temps, l&rsquo;Europe occidentale connaît une période de forte croissance industrielle — ce que les Français appellent les Trente Glorieuses. Les États jouent un rôle central dans l&rsquo;organisation économique : grandes infrastructures, industries lourdes, énergie, transports. La production est encore largement nationale, les chaînes industrielles ancrées sur le territoire. C&rsquo;est une Europe qui produit ce qu&rsquo;elle consomme, et qui sait le faire. Mais elle ne produit pas vraiment sa propre défense — c&rsquo;est l&rsquo;OTAN, et derrière elle les États-Unis, qui assurent ce rôle.<br><br>C&rsquo;est précisément ce que le président américain Dwight D. Eisenhower pointe dans un avertissement resté célèbre, prononcé en 1961 au moment de quitter le pouvoir. Il met en garde ses propres concitoyens contre la montée en puissance du complexe militaro-industriel américain — l&rsquo;alliance croissante entre le Pentagone, les grandes industries d&rsquo;armement et les décideurs politiques. Ce qui est frappant, c&rsquo;est qu&rsquo;Eisenhower parle depuis l&rsquo;intérieur du système : c&rsquo;est lui-même qui a contribué à le bâtir. La défense est devenue une industrie à part entière, avec ses propres intérêts, ses propres logiques, ses propres pressions sur le pouvoir politique. L&rsquo;Europe, elle, n&rsquo;a pas ce problème — parce qu&rsquo;elle sous-traite sa sécurité à Washington. Une commodité qui ressemble à un avantage, mais qui creuse chaque année un peu plus sa dépendance stratégique.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Après 1991 : la fin de l&rsquo;URSS et l&rsquo;illusion d&rsquo;une paix durable</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La chute de l&rsquo;Union soviétique en 1991 marque un tournant majeur. Pour beaucoup de responsables politiques et économiques, une nouvelle période s&rsquo;ouvre, celle d&rsquo;un monde plus ouvert, plus intégré, où les grands conflits entre puissances industrielles semblent appartenir au passé. Francis Fukuyama parle alors de « fin de l&rsquo;histoire » : l&rsquo;idée que la démocratie libérale et l&rsquo;économie de marché ont définitivement gagné, et que le monde n&rsquo;a plus vraiment de raison de se faire la guerre.<br><br>C&rsquo;est dans ce climat que se diffuse l&rsquo;idée de « dividendes de la paix » : puisque la menace s&rsquo;est éloignée, autant réduire les budgets militaires et investir ailleurs. Les États-Unis eux-mêmes réduisent leur présence militaire en Europe — les 370 000 soldats américains de la Guerre froide fondent progressivement. Les États européens suivent le mouvement et réduisent à leur tour leurs armées, leurs stocks de munitions, et démantèlent certaines capacités industrielles liées à la défense. Ce qui semblait être du bon sens à l&rsquo;époque se révélera plus tard une fragilité profonde : l&rsquo;Europe se désarmait sans avoir jamais vraiment construit sa propre autonomie militaire.<br><br>Dans le même temps, l&rsquo;Europe s&rsquo;engage à fond dans la mondialisation. La logique est simple : pourquoi produire ici ce qu&rsquo;on peut faire fabriquer moins cher ailleurs ? L&rsquo;industrie textile part en Asie, la sidérurgie se restructure, des usines ferment dans le Nord de la France, en Wallonie, dans la Ruhr allemande. Ce mouvement de désindustrialisation n&rsquo;est pas vécu comme une perte sur le moment — on parle de modernisation, de tertiarisation de l&rsquo;économie. Mais il fragilise progressivement des savoir-faire, des chaînes de production et des territoires entiers. Et il crée des dépendances dont on ne mesure pas encore l&rsquo;ampleur.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Mondialisation : quand les économies deviennent dépendantes les unes des autres</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les années 2000 et 2010, l&rsquo;interconnexion des économies s&rsquo;accélère et change de nature. Ce n&rsquo;est plus seulement une question de commerce — c&rsquo;est toute la structure productive qui se réorganise à l&rsquo;échelle mondiale. Une voiture assemblée en Allemagne dépend de composants fabriqués en Pologne, de puces électroniques venues de Taïwan, de métaux extraits en République démocratique du Congo. Un smartphone concentre à lui seul des matières premières et des savoir-faire répartis sur quatre continents.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;Europe, dans ce système, occupe une position confortable mais fragile. Elle est forte en ingénierie, en services, en agriculture. Mais elle a progressivement perdu la maîtrise de secteurs devenus stratégiques : elle importe l&rsquo;essentiel de son gaz et de son pétrole, elle ne fabrique presque plus de semi-conducteurs, et elle dépend de quelques pays pour des matières premières critiques comme le lithium ou les terres rares, indispensables aux batteries et aux technologies numériques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces dépendances restent invisibles tant que tout fonctionne. Elles apparaissent brutalement quand quelque chose se grippe. La pandémie de 2020 en donne une première démonstration : l&rsquo;Europe se retrouve incapable de produire suffisamment de masques, de médicaments ou de composants électroniques. La guerre en Ukraine en 2022 en donne une seconde : la dépendance au gaz russe contraint les États européens à des arbitrages douloureux, en plein hiver.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Le retour de la guerre en Europe change tout</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La guerre en Ukraine constitue un choc majeur pour les pays européens. Elle révèle une réalité que beaucoup avaient oubliée : une guerre de haute intensité consomme des quantités de matériel et de munitions que l&rsquo;Europe n&rsquo;était plus du tout en mesure de fournir.<br><br>Les chiffres parlent d&rsquo;eux-mêmes. La France produisait 20 000 obus par an — soit exactement ce qu&rsquo;utilise l&rsquo;Ukraine en deux jours de combat. Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne, l&rsquo;a reconnu publiquement : les stocks militaires européens étaient presque vides avant même que la guerre n&rsquo;éclate. Trente ans de dividendes de la paix avaient laissé des armées sous-équipées, des usines reconverties ou fermées, et des savoir-faire industriels en partie perdus.<br><br>La guerre moderne impose aussi de nouvelles formes d&rsquo;adaptation très rapides. L&rsquo;usage massif des drones, notamment, a pris de court des armées organisées autour d&rsquo;équipements lourds et coûteux. Se réarmer ne signifie plus seulement acheter des chars — c&rsquo;est repenser toute une chaîne industrielle et technologique.<br><br>Mais il y a un autre choc, moins visible, qui accélère tout : la remise en cause du parapluie américain. Donald Trump, de retour à la Maison Blanche, remet ouvertement en question l&rsquo;engagement des États-Unis dans l&rsquo;OTAN, laissant entendre que la protection américaine n&rsquo;a rien d&rsquo;automatique. Ce que les Européens avaient considéré comme acquis depuis 1949 — une garantie de sécurité américaine indéfectible — apparaît soudain fragile. L&rsquo;Europe réalise qu&rsquo;elle a sous-traité sa défense pendant soixante-dix ans, et que la facture pourrait bien arriver.<br><br>Dans ce contexte, les États réévaluent leurs priorités. Les budgets militaires augmentent, les discours sur la souveraineté reviennent, et la notion d&rsquo;« économie de guerre » réapparaît dans le langage politique — une expression que l&rsquo;on n&rsquo;avait plus entendue en Europe depuis des décennies.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Le retour des États stratèges</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui se passe dans le domaine militaire n&rsquo;est pas isolé. On observe depuis quelques années un mouvement plus large : les États européens reprennent la main sur des secteurs qu&rsquo;ils avaient largement abandonnés à la logique du marché mondial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;exemple le plus frappant est celui des semi-conducteurs — ces puces électroniques sans lesquelles rien ne fonctionne, ni les voitures, ni les smartphones, ni les systèmes d&rsquo;armement. L&rsquo;adoption du règlement européen sur les semi-conducteurs en 2023 marque un changement majeur : en autorisant les subventions d&rsquo;État pour ce secteur, l&rsquo;Europe renoue avec une forme de politique industrielle qu&rsquo;elle avait largement abandonnée. 43 milliards d&rsquo;euros d&rsquo;investissements publics et privés sont mobilisés d&rsquo;ici 2030 pour tenter de reconquérir une part de souveraineté dans ce domaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce mouvement dépasse l&rsquo;Europe. Aux États-Unis, l&rsquo;Inflation Reduction Act de 2022 mobilise des centaines de milliards de dollars pour relocaliser des industries stratégiques sur le sol américain. La logique est partout la même : après des décennies où l&rsquo;on pensait que le marché mondial suffisait à tout organiser, les États reprennent un rôle de pilotage actif de leur économie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La souveraineté redevient un mot central — non seulement dans le domaine militaire, mais dans l&rsquo;énergie, l&rsquo;industrie et la technologie.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Une époque qui change profondément</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Et donc, si l&rsquo;on replace les décisions actuelles dans une perspective longue, elles apparaissent moins comme des ruptures soudaines que comme le résultat d&rsquo;une accumulation : trente ans de désarmement progressif, de désindustrialisation et de dépendances acceptées sans vraiment en mesurer le prix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les dépenses militaires ne sont alors qu&rsquo;un indicateur parmi d&rsquo;autres d&rsquo;un changement plus profond : le retour des rivalités géopolitiques, la remise en cause des certitudes de la mondialisation et la réaffirmation du rôle stratégique des États.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais les gouvernements parlent de souveraineté pendant que les chaînes de production mondiales, elles, n&rsquo;ont pas changé du jour au lendemain. Le discours a évolué plus vite que les structures réelles. Rupture profonde ou simple ajustement à la marge ? C&rsquo;est peut-être la question centrale de la décennie qui s&rsquo;ouvre.</p>



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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Crédit photo&nbsp;: <a href="https://www.pexels.com/fr-fr/@arnaud24/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">arnaud audoin. Pexels</a>.</strong></p>



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		<item>
		<title>Joel Mokyr et la croissance : ce que son modèle met sous le tapis</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/joel-mokyr-et-la-croissance-ce-que-son-modele-met-sous-le-tapis/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel Agnès Pineau]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 15:43:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dès les premières minutes où j&#8217;ai écouté Joel Mokyr, sur France Culture, parler de croissance, d&#8217;innovation, d&#8217;énergies renouvelables et d&#8217;intelligence artificielle, j&#8217;ai vu les tas de déchets s&#8217;amonceler au fil de ses paroles et me suis dit : ce gars &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/joel-mokyr-et-la-croissance-ce-que-son-modele-met-sous-le-tapis/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Dès les premières minutes où j&rsquo;ai écouté Joel Mokyr, sur France Culture, parler de croissance, d&rsquo;innovation, d&rsquo;énergies renouvelables et d&rsquo;intelligence artificielle, j&rsquo;ai vu les tas de déchets s&rsquo;amonceler au fil de ses paroles et me suis dit : ce gars est sponsorisé par le CAC 40 !  🙂</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la droite ligne de <a href="https://www.arteacom.fr/cultiver-son-attention-avec-simone-weil-pour-mieux-apprehender-le-reel/" title="Cultiver son attention avec Simone Weil pour mieux appréhender le réel">Simone Weil </a>— qui nous invite à mettre à distance nos réactions primaires — je me suis ressaisie et j&rsquo;ai entrepris de comprendre ce que cette pensée examine et ce qu&rsquo;elle semble mettre de côté, certainement pour des raisons de cohérence de la démonstration. Ce qu&rsquo;on appelle les angles morts.</p>
</blockquote>



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<h2 class="wp-block-heading">Ce que Mokyr défend : une longue histoire du progrès</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Joel Mokyr est historien de l&rsquo;économie, professeur d&rsquo;université  aux États-Unis. En octobre 2025, il reçoit le prix Nobel avec Philippe Aghion et Peter Howitt. Le jury récompense leurs travaux sur <strong>le rôle de l&rsquo;innovation dans la croissance économique de long terme</strong>. Ce n&rsquo;est pas le discours d&rsquo;un économiste outsider qui donne dans la disruption : c&rsquo;est le paradigme dominant consacré au plus haut niveau ; celui qui pose la croissance économique comme horizon indépassable et l&rsquo;innovation comme réponse universelle à tous les problèmes, du chômage au climat en passant par les déchets qui s&rsquo;amoncellent un peu partout.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout commence selon lui vers 1450, avec <strong>deux ruptures fondatrices</strong> : <strong>l&rsquo;imprimerie</strong>, qui permet une diffusion massive des savoirs, et <strong>les grandes explorations européennes</strong> — Colomb vers l&rsquo;Amérique, les routes maritimes vers l&rsquo;Asie — qui élargissent radicalement l&rsquo;horizon du monde connu. Ces deux événements remettent en cause les certitudes héritées de l&rsquo;Antiquité. On réalise qu&rsquo;on en sait plus qu&rsquo;Aristote ou Ptolémée. Les conditions d&rsquo;<strong>une idée nouvelle commencent à se mettre en place : celle que le monde peut s&rsquo;améliorer</strong>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les Lumières achèvent cette transformation intellectuelle : à partir de 1700, l&rsquo;amélioration continue des conditions humaines devient, dit-il, « la croyance fondamentale de l&rsquo;Europe ». La Révolution industrielle en est la première manifestation économique concrète — selon Mokyr, les gens mangent mieux, vivent plus longtemps, se déplacent plus loin. Il balaie toute nostalgie : avant la Révolution industrielle, la misère était la norme, pas l&rsquo;exception.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le présent, il applique la même logique. L&rsquo;intelligence artificielle ? Une révolution comparable à la machine à vapeur. Le chômage de masse ? Les emplois détruits ont toujours été compensés par de nouvelles activités, et le vrai problème à venir sera le manque de travailleurs, lié au vieillissement démographique. Le dérèglement climatique ? Soluble par l&rsquo;innovation technologique, notamment les énergies renouvelables, dont la Chine offre selon lui la preuve de concept la plus convaincante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son récit est cohérent, documenté, porté par quarante ans de recherche académique. C&rsquo;est précisément ce qui rend ses angles morts intéressants à examiner par ses contradicteurs.</p>



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<h2 class="wp-block-heading">Ce que son modèle laisse dans l&rsquo;ombre</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Précisons d&#8217;emblée : Mokyr n&rsquo;est pas aveugle aux effets secondaires du progrès. Dans une tribune publiée dans Le Monde en 2023, il les nomme lui-même — l&rsquo;amiante, le plomb tétraéthyle — et reconnaît que les conséquences imprévues de l&rsquo;innovation peuvent « mettre en danger les réalisations » du progrès.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais sa réponse reste invariablement la même : <strong>il faut plus d&rsquo;innovation ; simplement, elle doit être mieux régulée</strong>. Ce qu&rsquo;il ne remet jamais en cause, c&rsquo;est l&rsquo;objectif lui-même : croître. C&rsquo;est là que se trouvent ses angles morts.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mokyr comptabilise les gains — productivité, longévité, confort. Mais dans sa colonne dépenses, les coûts que le marché n&rsquo;enregistre pas n&rsquo;apparaissent pas. <strong>Ce que les économistes mainstream appellent les externalités négatives, et que beaucoup de gens appellent plus simplement les dégâts</strong>. Un exemple concret : une marée noire ou une prolifération d&rsquo;algues vertes augmente le PIB, via les dépenses de nettoyage. Le système comptabilise l&rsquo;activité, le chiffre d’affaire généré, pas la destruction.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les déchets de l&rsquo;innovation verte</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Prenons son exemple le plus récent : les énergies renouvelables. Un panneau solaire nécessite du silicium, de l&rsquo;argent, du cuivre, de l&rsquo;aluminium. Tout cela s&rsquo;extrait. Les pales d&rsquo;éoliennes, fabriquées en fibre de verre et résine époxy, ne se recyclent pas à grande échelle aujourd&rsquo;hui : elles finissent enfouies. On a tous vu ces images avec stupeur. Le lithium des batteries provoque des déserts hydriques dans le nord du Chili et en Argentine, où des communautés locales perdent l&rsquo;accès à l&rsquo;eau. En Chine, des milliers d&rsquo;hectares de paysages sont recouverts de panneaux photovoltaïques. <strong>La transition énergétique ne fait pas disparaître la pollution ; elle la déplace, et la rend moins visible depuis Paris ou Bruxelles.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ce que soutient l&rsquo;économiste <strong>Jason Hicke</strong>l dans <strong><em>Less is More</em></strong> : aucune économie n&rsquo;aurait jamais réussi à découpler croissance et consommation de ressources à l&rsquo;échelle requise. Découpler, c&rsquo;est l&rsquo;idée qu&rsquo;on pourrait produire plus en consommant moins de matières premières et d&rsquo;énergie. Un horizon que Hickel juge illusoire à grande échelle. Le découplage absolu reste empiriquement contesté, mais l&rsquo;argument mérite d&rsquo;être pris au sérieux. La croissance verte, selon lui, est davantage un mythe comptable qu&rsquo;un horizon réel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un exemple simple résume ce débat : la voiture électrique remplace la voiture thermique. Progrès, dit Mokyr. Pour ses contradicteurs, on remplace du pétrole par du lithium, mais l&rsquo;extraction totale ne diminue pas forcément. <strong>Le problème se déplace, il ne disparaît pas.</strong></p>



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<h2 class="wp-block-heading">Ce que la fabrication concrète de l&rsquo;IA dissimule</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Quand Mokyr parle de manque de travailleurs, il parle des économies du Nord. Mais la fabrication concrète de l&rsquo;IA commence ailleurs : cobalt extrait en République démocratique du Congo, assemblage de composants électroniques en Chine, câblage et sous-traitance industrielle au Bangladesh. Ce travail existe — il n&rsquo;apparaît donc pas dans les statistiques du chômage. Mais il est dégradé et invisible, externalisé là où personne ne regarde. La Chine que Mokyr cite comme modèle d&rsquo;innovation renouvelable est aussi celle dont les conditions de travail dans les usines de panneaux solaires sont régulièrement documentées par les organisations de défense des droits humains.</p>



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<h2 class="wp-block-heading">La qualité du travail réduite à sa quantité</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Sur l&rsquo;IA et l&#8217;emploi, Mokyr raisonne en volume : des emplois seront créés, donc pas de catastrophe. Mais la question n&rsquo;est pas « y aura-t-il des emplois ? » — c&rsquo;est « dans quelles conditions ? » Les annotateurs de données au Kenya ou aux Philippines étiquettent des heures durant des images violentes pour entraîner les modèles. Pour quelques dollars par jour, les modérateurs de contenu sous-traités sont exposés à des matériaux traumatisants, sans protection psychologique. Les livreurs travaillent au rythme imposé par un algorithme — itinéraire, cadence, pauses : aucune marge de manœuvre. Et dans les mines de métaux rares — cobalt, lithium, coltan — des travailleurs se ruinent la santé pour extraire ce qui rend nos technologies possibles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est justement ce que pointe <strong>Daron Acemoglu</strong> — lui aussi prix Nobel, en 2024 — dans ses travaux récents sur l&rsquo;IA : elle détruit davantage d&#8217;emplois de qualité qu&rsquo;elle n&rsquo;en crée, et l&rsquo;optimisme sur la substitution est empiriquement fragile. Nous avons donc, deux Nobel et deux lectures opposées des mêmes données.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Le prix Nobel consacre une vision du monde</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le problème n&rsquo;est pas Mokyr en particulier. C&rsquo;est que son cadre — celui qui pose la croissance comme horizon indépassable et l&rsquo;innovation comme seule réponse possible — est ce que le jury Nobel 2025 a choisi de récompenser. <strong>Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;angle mort d&rsquo;un homme : c&rsquo;est l&rsquo;angle mort d&rsquo;un paradigme entier. Celui qui mesure le progrès en PIB</strong>. Et laisse dans l&rsquo;ombre,&nbsp;loin de nos regards, les déchets, les paysages sacrifiés, les corps épuisés et souvent malades de ceux qui extraient, assemblent et livrent pour satisfaire le système consumériste.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Crédit photo : <a href="https://www.pexels.com/fr-fr/@tomfisk/" target="_blank" rel="noopener" title="">Tom Fisk. Pexels</a>.</p>The post <a href="https://www.arteacom.fr/joel-mokyr-et-la-croissance-ce-que-son-modele-met-sous-le-tapis/">Joel Mokyr et la croissance : ce que son modèle met sous le tapis</a> first appeared on <a href="https://www.arteacom.fr">Arteacom</a>.]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Françafrique : derrière le mot, un système trouble</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/francafrique-systeme-trouble/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel Agnès Pineau]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2026 17:12:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=9838</guid>

					<description><![CDATA[<p>Un éditorial d&#8217;Europe 1&#160;apparu dans mon fil YouTube &#8211; «&#160;Françafrique : L’éclipse (L&#8217;édito de Vincent Hervouët)&#160;» &#8211; a fait ressurgir dans mon esprit des images forgées dans les années 70 : les barbouzes de l&#8217;Élysée, les diamants de Bokassa offerts &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/francafrique-systeme-trouble/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Un éditorial d&rsquo;Europe 1&nbsp;apparu dans mon fil YouTube &#8211; «&nbsp;Françafrique : L’éclipse (L&rsquo;édito de Vincent Hervouët)&nbsp;» &#8211; a fait ressurgir dans mon esprit des images forgées dans les années 70 : les barbouzes de l&rsquo;Élysée, les diamants de Bokassa offerts à Giscard, Charles Pasqua et ses réseaux informels. Un univers d’intermédiaires, d’affaires opaques et de relations troubles entre pouvoir, diplomatie et intérêts privés. Ces images qui me sont revenues ne sont pas fausses mais elles sont évidemment largement incomplètes. Par conséquent, j’ai eu envie de les dépoussiérer et de les insérer dans quelque chose de sourcé et articulé.</p>
</blockquote>



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<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">J’ai regardé l’éditorial en question jusqu’au bout. Et c’est précisément ce visionnage qui m’a donné envie d’écrire. Car j’y ai perçu à certains moments une lecture très orientée, une manière rhétorique de minimiser le rôle de certains réseaux politico-affairistes français en Afrique, tout en disqualifiant les voix critiques qui ont documenté ces mécanismes depuis des décennies. Comme si la dénonciation de la Françafrique relevait du militantisme ou d’une névrose.</p>
</blockquote>



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<h2 class="wp-block-heading">La Françafrique, de quoi parle-t-on vraiment ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le mot lui-même a une origine précise. C&rsquo;est <strong>François-Xavier Verschave</strong>, militant associatif et ancien président de l&rsquo;association Survie, qui le forge et le popularise dans un essai publié en 1998 : <em>La Françafrique, le plus long scandale de la République</em> (Stock). Il y décrit la Françafrique comme « une nébuleuse d&rsquo;acteurs économiques, politiques et militaires, en France et en Afrique, organisée en réseaux et lobbies, focalisée sur l&rsquo;accaparement de deux rentes : les matières premières et l&rsquo;aide publique au développement. » Le mot est une contraction volontaire, un néologisme très efficace.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais derrière le mot, il y a des faits documentés. Pas des rumeurs de comptoir, pas des théories : des mécanismes concrets, encore partiellement actifs aujourd&rsquo;hui.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le franc CFA.</strong> Créée en 1945 par décret du général de Gaulle, cette monnaie est utilisée par quatorze pays africains. Pendant des décennies, elle a imposé aux États membres de centraliser une partie de leurs réserves de change auprès du Trésor français — autrement dit, de déposer leur épargne nationale dans les caisses de l&rsquo;État français. Un accord signé en décembre 2019 a acté la suppression de ce mécanisme et prévu l&rsquo;adoption d&rsquo;un nouveau nom, l&rsquo;« eco ». Mais le régime de change reste inchangé, avec le maintien de la parité fixe entre l&rsquo;euro et la devise, ainsi que la garantie de convertibilité assurée par la France. Le lien monétaire n&rsquo;est pas rompu, il est réaménagé. Et les billets sont toujours imprimés par la Banque de France, à Chamalières, dans le Puy-de-Dôme — certes, désormais sur contrat. Des pays indépendants depuis soixante ans. La colonisation laisse des traces tenaces&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les bases militaires.</strong> La France a maintenu pendant des décennies un réseau de bases militaires dans ses anciennes colonies, négociées au moment des indépendances dans les années 1960. En février 2024, Emmanuel Macron nommait encore un envoyé personnel chargé de « refonder » les relations militaires avec les pays africains où subsistent des bases françaises — signe que ce réseau existe toujours, même s&rsquo;il se rétracte. Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, des coups d&rsquo;État militaires entre 2021 et 2023 ont abouti à l&rsquo;expulsion des forces françaises et à l&rsquo;invitation du groupe paramilitaire russe Wagner.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les intérêts économiques.</strong> TotalEnergies exploite le pétrole au Congo, au Gabon, en Angola. Orano (ex-Areva) extrait l&rsquo;uranium au Niger, minerai qui alimente les centrales nucléaires françaises. Le groupe Bolloré a longtemps contrôlé une part significative des infrastructures portuaires et logistiques d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest, avant d&rsquo;en être partiellement évincé sous la pression de plusieurs États et de procédures judiciaires pour corruption.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le soutien aux régimes.</strong> C&rsquo;est le volet le plus difficile à quantifier, mais le mieux documenté historiquement : l&rsquo;assassinat de Sylvanus Olympio au Togo en 1963, le maintien de Mobutu au Zaïre, le soutien français lors du génocide rwandais de 1994, la complicité dans le retour au pouvoir de Denis Sassou-Nguesso au Congo-Brazzaville en 1997. Ces faits ne sont pas des allégations militantes — ils font l&rsquo;objet de travaux historiques sérieux et, pour certains, de reconnaissances officielles partielles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce tableau assez sinistre ne signifie pas que toutes les relations franco-africaines se réduisent à ce système, ni que la France soit le seul acteur à avoir exercé ce type d&rsquo;influence. Mais il signifie que la Françafrique n&rsquo;est pas un fantasme. C&rsquo;est un ensemble de mécanismes réels, avec des acteurs nommés, des contrats signés, des interventions documentées.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi ce mot dérange-t-il autant ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Françafrique fait partie de ces sujets où le débat sur les mots a fini par éclipser le débat sur les faits. Deux camps s&rsquo;affrontent — et ils ne parlent pas tout à fait de la même chose.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Premier camp : le mot désigne un système réel, encore actif.</h3>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pour les chercheurs, les associations comme Survie, et une partie croissante des opinions publiques africaines, la Françafrique n&rsquo;est pas une métaphore exotique</strong>. C&rsquo;est un mode opératoire : des réseaux d&rsquo;influence qui court-circuitent les États, des intérêts économiques protégés par des moyens militaires et diplomatiques, des élites africaines et françaises qui se tiennent mutuellement par des arrangements plus ou moins avouables. Ce camp reconnaît que le système a évolué depuis les années de Jacques Foccart — l&rsquo;homme qui dirigea la cellule Afrique de l&rsquo;Élysée de De Gaulle jusqu&rsquo;à sa mort en 1997 et incarna pendant quarante ans les réseaux occultes franco-africains — mais soutient qu&rsquo;il ne s&rsquo;est pas dissous : il s&rsquo;est adapté. Et les opinions publiques africaines elles-mêmes sont de plus en plus nombreuses à nommer ce système et à en exiger la fin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un commentateur sous l&rsquo;édito d&rsquo;Hervouët le formule avec une netteté remarquable : <em>« La françafrique existe encore en Côte d&rsquo;Ivoire, Sénégal, Cameroun, Congo Brazzaville, Togo, Bénin. La monnaie de ces pays est le franc, leurs réserves sont à notre Banque de France. Nous avons encore des bases militaires en Afrique. Notre problème est le soutien aux dictateurs africains milliardaires en euros. »</em> Ce n&rsquo;est pas un militant de Survie ; c&rsquo;est un auditeur lambda d&rsquo;Europe 1, qui contredit point par point l&rsquo;éditorialiste qu&rsquo;il vient d&rsquo;écouter.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Deuxième camp : le mot est devenu une arme rhétorique.</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pour une autre partie du débat français, <strong>le problème n&rsquo;est plus le système mais le mot lui-même</strong>. Dire « Françafrique », ce serait convoquer automatiquement un tribunal moral qui disqualifie toute présence française sur le continent — un outil de déstabilisation alimenté par la Russie, la Chine, et une certaine gauche française atteinte de ce que certains éditorialistes appellent « la haine de soi ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans cette lecture, les critiques africaines anti-françaises ne seraient pas le produit d&rsquo;une expérience historique. Elles seraient le résultat d&rsquo;une « contagion ». C&rsquo;est une façon de nier la capacité des peuples africains à former leurs propres jugements politiques et aussi d&rsquo;évacuer d&rsquo;un seul geste soixante ans d&rsquo;histoire documentée.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Mais ces deux lectures ne se valent pas.</h3>



<p class="wp-block-paragraph">D&rsquo;un côté, des faits documentés, des noms, des dates, des contrats, des interventions militaires répertoriées. De l&rsquo;autre, un argument d&rsquo;atmosphère : le mot serait maléfique, il ferait des ravages, il alimenterait une honte injustifiée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les commentaires sous l&rsquo;édito le montrent bien — la critique dépasse largement les cercles militants. Un auditeur lambda d&rsquo;Europe 1 liste sans trembler : les rebelles camerounais dans les années 1960, le coup d&rsquo;État au Gabon de 1967, l&rsquo;assassinat de Sankara, le troisième mandat de Déby à la demande de Chirac, Bob Denard aux Comores, la guerre du Congo-Brazza pour remettre Sassou au pouvoir. Ce ne sont pas des rumeurs — ce sont des épisodes documentés, pour la plupart reconnus.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ces mécanismes forment-ils un système organisé, ou simplement une accumulation d&rsquo;intérêts convergents ? Le débat existe</strong>. Mais dans un cas comme dans l&rsquo;autre, le résultat pour les populations concernées est le même &#8211; politiquement et économiquement négatif &#8211;  et les opinions publiques africaines sont de plus en plus nombreuses à le dire.</p>



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<h3 class="wp-block-heading" id="quelques-livres-pour-comprendre-la-franafrique">Quelques livres pour comprendre la Françafrique</h3>



<ul class="wp-block-list">
<li>François-Xavier Verschave, <em>La Françafrique, le plus long scandale de la République</em> (1998).<a rel="noreferrer noopener" target="_blank" href="https://www.editions-stock.fr/livre/la-francafrique-9782234049482/"></a></li>



<li>François-Xavier Verschave, <em>Noir Silence</em> (2000).<a rel="noreferrer noopener" target="_blank" href="https://www.editions-stock.fr/livre/la-francafrique-9782234049482/"></a></li>



<li>Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsitsa, <em>Kamerun ! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique</em> (2011).<a rel="noreferrer noopener" target="_blank" href="https://www.editionsladecouverte.fr/kamerun_-9782707159137"></a></li>



<li><em>L’Arme invisible de la Françafrique : une histoire du franc CFA</em>. <a href="https://shs.cairn.info/larme-invisible-de-la-francafrique--9782348082108?lang=fr" title="">Article sur Cairn</a>. (2024). « Lorsque ses colonies d&rsquo;Afrique ont accédé à l&rsquo;indépendance, à l&rsquo;orée des années 1960, la France a réussi un tour de passe-passe redoutable. Elle a officiellement reconnu la souveraineté politique des nouveaux États tout en gardant la mainmise sur leur économie grâce à une arme aussi puissante qu&rsquo;invisible : leur système monétaire&#8230; »</li>



<li>Thomas Noirot et Fabrice Tarrit, <em>Françafrique, la famille recomposée</em> (2014).</li>



<li><em>L’Empire qui ne veut pas mourir. Une histoire de la Françafrique</em> (2021).  Sous la direction de Thomas Borrel, Amzat Boukari-Yabara, Benoît Collombat et Thomas Deltombe. <a href="https://shs.cairn.info/l-empire-qui-ne-veut-pas-mourir--9782021464160?lang=fr" target="_blank" rel="noopener" title="">Présentation sur Cairn</a>. « À Paris, on entend de toute part le même refrain : « La Françafrique est morte et enterrée ! » Pourtant, de Ouagadougou à Libreville, de Dakar à Yaoundé, de Bamako à Abidjan, la jeunesse se révolte contre ce qu’elle perçoit comme une mainmise française sur son destin. »</li>



<li>Aminata Traoré, <em>L’Afrique humiliée</em> (2008). <a href="https://journals.openedition.org/hommesmigrations/361" target="_blank" rel="noopener" title="">Extrait de la présentation du livre sur Open édition</a> : « Ancienne ministre de la culture du Mali, fonctionnaire international et militante altermondialiste, Aminata Traoré forme une critique rigoureuse des modalités et des conséquences de l’ouverture de l’Afrique au marché mondial. Son point de vue éclaire de biais les rouages de la mondialisation <a href="https://www.arteacom.fr/comprendre-le-neoliberalisme-dossier/" title="Comprendre le néolibéralisme : Dossier">néolibérale</a>, <em>“la nouvelle forme d’organisation de la ponction”</em>. Le constat est amer. <em>“La logique économique qui met l’Afrique à genoux secrète la pauvreté, la précarité et le mécontentement dans les pays riches</em><sup><a href="https://journals.openedition.org/hommesmigrations/361#ftn1">1</a></sup>.<em>”</em></li>



<li>Felwine Sarr, <em>Afrotopia</em> (2016). <a href="https://shs.cairn.info/revue-politique-etrangere-2016-4-page-XXI?lang=fr&amp;tab=texte-integral" target="_blank" rel="noopener" title="">Présentation du livre sur Cairn</a>. « Le texte de cet économiste et enseignant sénégalais est une réflexion sur l’avenir de l’Afrique et la nécessité pour le continent de trouver sa propre voie vers la modernité, sans s’enfermer dans des modèles exogènes (celui des colons hier, celui des institutions internationales et des agences d’aide aujourd’hui), conduisant irrémédiablement à une impasse. Pour ce faire, la première étape est de ne plus se laisser définir par d’autres mais de se définir soi-même. »</li>
</ul>



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<p class="wp-block-paragraph"><strong><a href="https://www.youtube.com/watch?v=al4V2BEQWoU" target="_blank" rel="noopener" title="">Françafrique : L’éclipse (L&rsquo;édito de Vincent Hervouët) vidéo sur YouTube.</a></strong></p>



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<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.pexels.com/fr-fr/@atmadeep-das-1776637129/" target="_blank" rel="noopener" title="">Crédit photo&nbsp;: Atmadeep Das. Pexels.</a></p>The post <a href="https://www.arteacom.fr/francafrique-systeme-trouble/">Françafrique : derrière le mot, un système trouble</a> first appeared on <a href="https://www.arteacom.fr">Arteacom</a>.]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Vous lisez un article de presse. Mais est-ce que vous lisez attentivement ?</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/vous-lisez-un-article-de-presse-mais-est-ce-que-vous-lisez-vraiment/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel Agnès Pineau]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 May 2026 08:21:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<category><![CDATA[Société et Médias]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=9815</guid>

					<description><![CDATA[<p>Il y a un type de phrase que vous avez probablement déjà lu sans vous arrêter dessus : « Des prises de position qui interrogent sur la cohérence de ce mouvement politique. » Relisez-la. Qu&#8217;est-ce qui y est affirmé, exactement ? Rien. &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/vous-lisez-un-article-de-presse-mais-est-ce-que-vous-lisez-vraiment/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Il y a un type de phrase que vous avez probablement déjà lu sans vous arrêter dessus :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Des prises de position qui interrogent sur la cohérence de ce mouvement politique. »</em></p>
</blockquote>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">Relisez-la. Qu&rsquo;est-ce qui y est affirmé, exactement ? Rien. Aucun fait. Aucune preuve. Et pourtant, vous avez eu une impression. Une manipulation subtile, c&rsquo;est exactement cela&nbsp;! Elle n&rsquo;a pas besoin de mentir pour fonctionner.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce mécanisme s’appelle <strong>le message implicite</strong>. Il n&rsquo;est qu&rsquo;un des sept procédés que les journalistes utilisent régulièrement, souvent sans même en avoir conscience. Certains sont plus connus : la généralisation abusive, le chiffre sorti de son contexte. D&rsquo;autres sont beaucoup plus discrets : la comparaison historique non démontrée, le jugement formulé comme une évidence, la contamination par association.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Leur point commun ? Ils agissent avant que vous ayez eu le temps de vous en rendre compte.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">>> <a href="https://www.arteacom.fr/comment-lire-un-article-de-presse-et-reperer-les-manipulations-subtiles/"><strong>Lire l&rsquo;article complet : comment identifier ces sept procédés, avec des exemples concrets tirés de la presse</strong></a></p>



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<p class="wp-block-paragraph">Crédit photo : <a href="https://www.pexels.com/fr-fr/@vika-glitter-392079/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Vika Glitter. Pexels.</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>The post <a href="https://www.arteacom.fr/vous-lisez-un-article-de-presse-mais-est-ce-que-vous-lisez-vraiment/">Vous lisez un article de presse. Mais est-ce que vous lisez attentivement ?</a> first appeared on <a href="https://www.arteacom.fr">Arteacom</a>.]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Comment des entreprises technologiques s&#8217;imposent au cœur des décisions militaires et sécuritaires</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/comment-des-entreprises-technologiques-simposent-au-coeur-des-decisions-militaires-et-securitaires/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel Agnès Pineau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 17:40:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=9806</guid>

					<description><![CDATA[<p>…jusqu’à prendre les commandes Après avoir lu le texte « Palantir &#38; Cie : comment une clique de techno-optimistes déchaînés met l’humanité endanger » publié sur le site Les Crises, lui-même issu d&#8217;un article du média américain TomDispatch, j&#8217;ai eu envie de &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/comment-des-entreprises-technologiques-simposent-au-coeur-des-decisions-militaires-et-securitaires/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading has-virtue-primary-color has-text-color has-link-color wp-elements-a2b8abffcc7088e2d264b5e4e7ed5af7"><em><strong>…jusqu’à prendre les commandes</strong></em></h2>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Après avoir lu le texte « <em>Palantir &amp; Cie : comment une clique de techno-optimistes déchaînés met l’humanité en<a href="https://www.les-crises.fr/palantir-cie-comment-une-clique-de-techno-optimistes-dechaines-met-l-humanite-en-danger/"></a>danger</em> » publié sur le site Les Crises, lui-même issu d&rsquo;un article du média américain TomDispatch, j&rsquo;ai eu envie de reprendre les choses à ma manière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certains passages de cet article font froid dans le dos. En voici un exemple : Alex Karp, PDG de Palantir Technologies — une entreprise spécialisée dans les technologies militaires et de surveillance — a déclaré publiquement qu&rsquo;il adorait l&rsquo;idée de se procurer un drone pour asperger d&rsquo;urine mélangée à du fentanyl les analystes qui avaient essayé de freiner son entreprise. C&rsquo;est une philosophie sinistre, formulée à voix haute, par quelqu&rsquo;un dont les outils sont déployés par des agences gouvernementales américaines et des armées. Hallucinant, n&rsquo;est-ce pas ? Que se passe-t-il donc ?</p>
</blockquote>



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<h3 class="wp-block-heading">Une évolution des mentalités : quand la technologie devient la solution</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis quelques années, on voit s&rsquo;installer une manière particulière de penser la technologie. Elle n&rsquo;est plus seulement un outil parmi d&rsquo;autres : <strong>elle tend à devenir la solution par défaut</strong>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Face à un problème complexe — qu&rsquo;il soit sécuritaire, politique ou social — le réflexe est de plus en plus souvent le même : chercher une réponse technique. Non pas forcément parce qu&rsquo;elle est la meilleure, mais parce qu&rsquo;elle est rapide à déployer, perçue comme objective, et que c&rsquo;est la promesse de juteuses affaires comme chacun sait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui est nouveau, cependant, c&rsquo;est que certains acteurs du secteur ne cherchent plus à masquer ce glissement. <strong>Les grands conglomérats de la défense</strong> — Lockheed Martin, Boeing, Northrop Grumman — <strong>restent dans les codes</strong> : ils parlent de « stabilité internationale », de « défense des alliés », d&rsquo;« ordre mondial fondé sur des règles ». <strong>Karp et ses pairs n&rsquo;en ont plus besoin</strong>. Karp se présente lui-même comme un « progressiste » qui veut moins de guerre tout en précisant aussitôt que pour y parvenir, il faut que les adversaires se réveillent terrorisés chaque matin. Il n&rsquo;essaie pas de masquer la contradiction : il le clame et il en est fier. C&rsquo;est ce changement de ton, autant que les outils eux-mêmes, qui mérite attention.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Un déplacement progressif du pouvoir</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Un autre point concerne la manière dont le pouvoir change de mains.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sans rupture visible, on observe<strong> </strong>une influence grandissante d&rsquo;acteurs issus du monde technologique dans des domaines autrefois réservés aux États ou aux institutions publiques. Il ne s&rsquo;agit pas seulement de partenariats ou de contrats de prestation. Il s&rsquo;agit d&rsquo;accès à des données sensibles, de capacité à orienter des décisions, et parfois d&rsquo;une présence directe au cœur des dispositifs d&rsquo;action.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce déplacement ne prend pas la forme d&rsquo;une prise de pouvoir brutale. Il est progressif, diffus, souvent technique. Mais il modifie les équilibres : ceux qui conçoivent les outils participent de plus en plus à la manière dont ils sont utilisés.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Palantir en est l&rsquo;illustration la plus documentée</strong>. L&rsquo;entreprise ne se contente pas de vendre des logiciels. Elle collabore directement avec des administrations, des agences de renseignement et des structures militaires, en apportant des capacités d&rsquo;analyse et d&rsquo;orientation des décisions. Karp a organisé une réunion de son conseil d&rsquo;administration à Tel-Aviv en pleine guerre de Gaza en déclarant que l&rsquo;action de son entreprise dans la région n&rsquo;avait jamais été aussi essentielle et qu&rsquo;elle se poursuivrait. Ce n&rsquo;est pas un prestataire qui livre un outil et s&rsquo;efface. C&rsquo;est un acteur qui prend position.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Des outils devenus leviers d&rsquo;action</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les technologies en question ne sont plus uniquement des instruments passifs. Elles s&rsquo;inscrivent dans des chaînes d&rsquo;action.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Analyser des masses de données, identifier des comportements, anticiper des situations, orienter des réponses : ces fonctions donnent aux outils numériques un rôle opérationnel direct. Dans certains contextes, notamment sécuritaires ou militaires, ils ne se contentent plus d&rsquo;assister la décision : ils contribuent à la structurer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les exemples concrets ne manquent pas. En Israël, la technologie de Palantir a contribué à intensifier le rythme des frappes militaires. Aux États-Unis, des outils développés par la même entreprise sont utilisés par l&rsquo;ICE — l&rsquo;agence fédérale chargée de l&rsquo;immigration — pour croiser des données, localiser des individus et accélérer les expulsions. Ces mêmes outils ont servi à identifier des manifestants lors des troubles de Minneapolis. Karp, interrogé sur ces usages, a répondu que ses produits, dans leur essence même, obligent leurs utilisateurs à respecter la Constitution américaine. Quelques mois plus tard, il signait un contrat d&rsquo;un milliard de dollars avec le département dont dépend l&rsquo;ICE. Si ses outils protègent vraiment la Constitution, on attend de voir comment cela se concilie avec des expulsions accélérées sans passage devant un juge.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Les justifications qui rendent tout cela acceptable</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ces transformations s&rsquo;accompagnent presque toujours des mêmes types d&rsquo;arguments : l&rsquo;efficacité, la nécessité, la modernité. Aller plus vite, traiter plus d&rsquo;informations, réduire les erreurs humaines. Répondre à des menaces urgentes. S&rsquo;adapter à un monde complexe où certaines limites institutionnelles seraient devenues trop lentes ou inadaptées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pris isolément, ces arguments semblent rationnels. Mais à force d&rsquo;être répétés, ils finissent par faire écran : on ne voit plus les choix politiques qu&rsquo;ils contiennent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Karp va plus loin que la plupart. Dans un ouvrage coécrit avec Nicholas Zamiska, il appelle à un <em>nouveau Projet Manhattan</em> — non pas pour développer des armes nucléaires, mais pour militariser l&rsquo;intelligence artificielle et donner aux États-Unis un avantage technologique permanent sur la Chine. Le raisonnement est énoncé sans détour : <strong>les démocraties occidentales se sont ramollies, dispersées dans des activités futiles, et il faut les remettre au pas autour d&rsquo;une mission nationale unificatrice</strong>. Ce discours n&rsquo;est plus du tout celui d&rsquo;un industriel prudent qui gère son image. C&rsquo;est une vision politique explicite, portée par quelqu&rsquo;un qui vend des outils aux gouvernements censés incarner cette même démocratie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Derrière les justifications, il y a des décisions très concrètes sur ce qui doit être automatisé, surveillé, anticipé et sur ce qui peut être délégué à des systèmes techniques sans que personne ne soit vraiment tenu de s&rsquo;en expliquer.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Ce que l&rsquo;ensemble met en jeu</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Si l&rsquo;on met bout à bout ces éléments — glissement culturel, déplacement du pouvoir, montée en puissance des outils, et discours assumés de justification — on voit apparaître une transformation qui dépasse la seule question technologique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas un scénario planifié ni une conspiration. C&rsquo;est un mouvement fait de décisions dispersées, de contrats signés, d&rsquo;argumentaires pragmatiques, et de paroles de PDG qui n&rsquo;ont plus besoin de se censurer. <strong>Mais ce mouvement a un point commun : il réduit progressivement la place de la délibération publique dans des domaines de plus en plus structurants — la sécurité, la surveillance, la conduite des guerres</strong>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui mérite d&rsquo;être observé, c&rsquo;est précisément cela : non pas que la technologie avance, ce qui est un fait, mais que certains de ceux qui la développent ont décidé que les garde-fous habituels — débat, contrôle démocratique, droit international — étaient devenus des freins. Et qu&rsquo;ils le disent ouvertement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut cependant être honnête : Karp, Musk et leurs semblables n&rsquo;ont pas inventé ce mouvement. Les États eux-mêmes ont depuis longtemps laissé les technologies avancer sans vraiment poser les questions qui s&rsquo;imposaient &#8230; par intérêt, par manque de compétences, ou par simple inertie. Ce qui change aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est que certains acteurs privés ont décidé de prendre les devants, et de le revendiquer.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les Crises. 29 avril 26&nbsp;: <a href="https://www.les-crises.fr/palantir-cie-comment-une-clique-de-techno-optimistes-dechaines-met-l-humanite-en-danger/">Palantir &amp; Cie : comment une clique de techno-optimistes déchaînés met l’humanité en danger</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>TomDispatch. 8 mars 26&nbsp;: <a href="https://tomdispatch.com/the-brave-new-war-machine/">The Brave New War Machine</a>. Par Janet Abou-Elias and William D. Hartung.</strong></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">Crédit photo&nbsp;: Wikipédia.</p>The post <a href="https://www.arteacom.fr/comment-des-entreprises-technologiques-simposent-au-coeur-des-decisions-militaires-et-securitaires/">Comment des entreprises technologiques s’imposent au cœur des décisions militaires et sécuritaires</a> first appeared on <a href="https://www.arteacom.fr">Arteacom</a>.]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>Cadmium, glyphosate, PFAS : pourquoi les scandales sanitaires ne changent rien</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/cadmium-glyphosate-pfas-pourquoi-les-scandales-sanitaires-ne-changent-rien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel Agnès Pineau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Apr 2026 16:31:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>J&#8217;ai pensé pendant longtemps que le cadmium était uniquement un composant des belles couleurs jaune ou rouge que l&#8217;on trouve dans certains tubes de peinture. Je me trompais légèrement. Je vous partage un texte de Lennie Stern, extrait de sa &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/cadmium-glyphosate-pfas-pourquoi-les-scandales-sanitaires-ne-changent-rien/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">J&rsquo;ai pensé pendant longtemps que le cadmium était uniquement un composant des belles couleurs jaune ou rouge que l&rsquo;on trouve dans certains tubes de peinture. Je me trompais légèrement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je vous partage un texte de <strong>Lennie Stern</strong>, extrait de sa newsletter Oblique, qui explique avec beaucoup de justesse pourquoi, face aux scandales sanitaires qui se répètent, rien ne bouge vraiment. Le cadmium dans les farines et le chocolat n&rsquo;est que le dernier exemple d&rsquo;un mécanisme vu et revu : l&rsquo;information circule, notre angoisse monte, et tout finit par des arbitrages personnels. On examine ses placards, on tente de repérer les marques « saines », on se demande si on a empoisonné toute la famille. Tout cela pendant que les engrais phosphatés continuent de contaminer les sols et que les intérêts financiers en jeu restent protégés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que montre Lennie Stern, c&rsquo;est que l<strong>e problème n&rsquo;est pas le manque d&rsquo;information</strong>. C&rsquo;est que <strong>transformer réellement le système supposerait d&rsquo;accepter des pertes — économiques, agricoles, industrielles — que personne n&rsquo;est prêt à assumer en premier</strong>. Alors on produit des classements UFC-Que Choisir. Et le scandale, faute de pouvoir devenir un conflit politique, s&rsquo;installe dans notre quotidien comme une donnée de plus à gérer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un texte à lire, qui pose la bonne question : si la santé de nos enfants ne suffit pas à justifier une transformation du système, qu&rsquo;est-ce qui le ferait ?</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">Lien vers l’article de Lennie Stern : <a href="https://oblique.kessel.media/posts/pst_03e9b2fa16994bd0ba7de2c9a610df3e?source_type=share_article_link&amp;source_referral=-" target="_blank" rel="noopener" title="">CADMIUM BABY ! T&rsquo;INQUIÈTE ON S&rsquo;Y FERA.</a></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.pexels.com/fr-fr/@yaroslav-shuraev/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Crédit photo&nbsp;: Yaroslav Shuraev. Pexels.</a></p>



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			</item>
		<item>
		<title>Technologies complexes : quand le progrès nous dessaisit</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/les-technologies-et-systemes-complexes-dans-nos-societes-modernes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel Agnès Pineau]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 Apr 2026 14:51:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=9708</guid>

					<description><![CDATA[<p>…quotidiennement, économiquement, politiquement Mise à jour le : 27 avril 26 Beaucoup d&#8217;entre nous ont vu arriver le téléphone à domicile, la télévision, le traitement de texte informatique  — qui fut, il faut le dire, avec les paragraphes que l&#8217;on &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/les-technologies-et-systemes-complexes-dans-nos-societes-modernes/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading has-virtue-primary-color has-text-color has-link-color wp-elements-4a9a152415dd264491515f28b8d0aeb5"><em>…<em>quotidiennement, économiquement, politiquement</em></em></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mise à jour le : 27 avril 26</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Beaucoup d&rsquo;entre nous ont vu arriver le téléphone à domicile, la télévision, le traitement de texte informatique  — qui fut, il faut le dire, avec les paragraphes que l&rsquo;on pouvait déplacer, transformer, supprimer — une vraie révolution pour qui écrivait à cette époque. Puis, arriva internet. Et maintenant les intelligences artificielles, ces bibliothèques que nous questionnons et qui nous répondent sans jamais être condescendantes &#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
</blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Chaque fois, la promesse était la même : on allait gagner du temps, on allait être libres pour faire d’autres choses. Et les premières vagues des années 70-80 ont, globalement, tenu parole. Mais quelque chose s&rsquo;est brouillé en chemin. Avec les plateformes numériques, la promesse de liberté s&rsquo;est faite de plus en plus mince — et la dépendance, de plus en plus prégnante et pesante. C&rsquo;est cette évolution progressive qui m&rsquo;a incitée à regarder de plus près ce que font réellement les technologies complexes dans nos sociétés.</p>
</blockquote>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une technologie complexe ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Quand on parle de technologies complexes, <strong>on ne parle pas seulement d&rsquo;objets compliqués</strong> — nos téléphones mobiles, le robot aspirateur connecté qui se promène dans certains de nos intérieurs, le frigo qui nous propose des plats avec les aliments qu&rsquo;il a détectés… </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>On parle de systèmes entiers</strong> : Internet, les réseaux électriques, la logistique mondiale, les systèmes bancaires, les plateformes numériques. Ce sont des ensembles où tout est imbriqué, où personne ne maîtrise la totalité du système, et où le fonctionnement repose sur une coordination permanente entre des milliers d&rsquo;acteurs : ingénieurs, techniciens, sous-traitants, opérateurs, régulateurs — répartis aux quatre coins du monde, et dont aucun ne voit l&rsquo;ensemble.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Une vie quotidienne sous emprise technique</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis un siècle environ, <strong>nous faisons de moins en moins de choses directement</strong>. Remplir de charbon la cuisinière, réparer soi-même sa voiture — avant qu&rsquo;elle ne soit truffée d&rsquo;électronique —, cultiver un potager, élever quelques poules comme complément alimentaire réel : autant de gestes qui relevaient encore de l&rsquo;autonomie ordinaire et qui ont progressivement disparu de notre quotidien. Nous utilisons l&rsquo;eau courante, nous communiquons, nous payons, nous nous informons à travers des systèmes techniques omniprésents, mais incompréhensibles pour la plupart d&rsquo;entre nous dans leur fonctionnement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce changement ne s&rsquo;est pas fait d&rsquo;un coup. Il a opéré progressivement, jusqu&rsquo;à devenir une évidence. À vrai dire, nous n&rsquo;avions pas vraiment le choix.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Bernard Stiegler</strong> appelait cela la « <strong>prolétarisation cognitive</strong> » : à force de déléguer aux systèmes techniques nos capacités de mémoriser, de nous orienter, de choisir, nous perdons progressivement la capacité de fonctionner sans eux. Ce que l&rsquo;ouvrier du XIXe siècle a perdu avec ses savoir-faire manuels, c&rsquo;est aujourd&rsquo;hui notre autonomie cognitive que nous cédons — souvent sans nous en rendre compte.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Il suffit d&rsquo;une coupure d&rsquo;électricité</strong> et internet est en arrêt cardiaque, les interrupteurs ne réagissent plus. On cherche une lampe LED dont on a oublié où elle est rangée, et on finit par circuler chez soi à la lumière d&rsquo;une bougie fichée dans le bougeoir XIXe hérité de mamie. En quelques minutes, deux cents ans d&rsquo;infrastructure se sont évaporés. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais la panne individuelle n&rsquo;est qu&rsquo;un avant-goût : une coupure de réseau électrique régionale paralyse les hôpitaux, les transports, l&rsquo;eau potable, les communications. C&rsquo;est là que le dessaisissement collectif devient visible &#8230; et vertigineux. C&rsquo;est à ce moment-là, seulement, qu&rsquo;on mesure à quel point des gestes très simples de la vie quotidienne dépendent de systèmes dont on ne perçoit jamais toute l&rsquo;ampleur.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Une économie qui se concentre et nous échappe</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan économique, <strong>ces technologies ont transformé la manière dont les choses sont produites et distribuées</strong>. Prenons l&rsquo;exemple le plus banal : l&rsquo;ordinateur sur lequel vous lisez peut-être ces lignes. Conçu dans un pays, ses composants fabriqués dans une dizaine d&rsquo;autres, assemblé ailleurs, livré partout — et non réparable par celui qui l&rsquo;utilise. Peu d&rsquo;acteurs peuvent construire, contrôler ou réparer un tel objet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce modèle a engendré <strong>une concentration du pouvoir économique et des infrastructures sans précédent</strong>. Les Américains appelaient autrefois cela des trusts et ont un temps lutté contre eux — avant d&rsquo;en produire de nouveaux, à une échelle autrement plus vaste. Quelques grandes entreprises multinationales pilotent des systèmes dont des milliers d&rsquo;acteurs dépendent sans avoir de prise sur l&rsquo;ensemble. Au bout de la chaîne, les dockers des méga-ports déchargent les cornes d&rsquo;abondance que sont les porte-conteneurs — des milliers de produits dont ils ne connaissent ni l&rsquo;origine exacte ni la destination finale. Chacun s&rsquo;occupe de son maillon.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand un de ces systèmes vacille — une rupture de chaîne logistique, une pénurie de composants — c&rsquo;est toute une économie qui se retrouve à genoux. <strong>On l&rsquo;a vu avec les semi-conducteurs pendant le Covid</strong> : faute de puces électroniques produites en Asie, des usines automobiles européennes ont dû stopper leur production.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Quand la technique décide à la place du politique</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan politique, <strong>une partie importante des décisions qui organisent notre vie collective ne passe plus vraiment par le débat public</strong>. Elle passe par des systèmes techniques qu&rsquo;on nous présente comme autant de progrès inévitables : la gestion de l&rsquo;eau et de l&rsquo;assainissement à laquelle nous n&rsquo;avons d&rsquo;autre choix que de faire confiance, les algorithmes qui décident de ce que nous voyons en premier sur nos réseaux — ou de ce qui disparaît dans les limbes du web —, les plateformes qui fixent leurs propres règles de modération, parfois difficiles à comprendre voire aberrantes, les compteurs Linky installés sans vrai débat public, les algorithmes de scoring de la CAF qui évaluent les allocataires sans que personne ne puisse vraiment les interroger, ou encore les infrastructures énergétiques dont les choix engagent des décennies.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces décisions demandent des compétences que la majorité des citoyens — et souvent aussi les élus — ne possèdent pas. On délègue donc aux experts, aux grandes entreprises, aux institutions spécialisées. Le contrôle par les citoyens existe en théorie, mais dans les faits, il reste très limité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On peut prendre un exemple récent : <strong>le déploiement de la 5G</strong>. Il y a bien eu des débats, des prises de position, parfois des consultations. Mais pour la plupart d&rsquo;entre nous, il est difficile de comprendre précisément les enjeux techniques, les choix d&rsquo;infrastructure ou leurs conséquences à long terme. Les décisions se prennent, les réseaux s&rsquo;installent, et nous nous adaptons. Nous avons été informés, parfois consultés, mais nous n&rsquo;avons pas réellement eu prise sur un processus dont les effets complets restent à venir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Hartmut Rosa parle d&rsquo;accélération sociale</strong> : un rythme imposé par les systèmes techniques que personne n&rsquo;a vraiment choisi et que personne ne peut vraiment arrêter. Les décisions techniques s&rsquo;enchaînent plus vite que les sociétés ne peuvent les discuter — et c&rsquo;est précisément dans cet écart que le pouvoir des citoyens s&rsquo;évapore.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais le problème va plus loin. La politique ne subit pas passivement ce mouvement : <strong>elle l&rsquo;accompagne</strong>. Orientée vers la croissance et le productivisme, elle soutient chaque nouvelle vague technologique sans toujours en interroger les effets — tant que le système fonctionne. C&rsquo;est un choix. Celui de laisser des entreprises privées et des experts techniques décider de ce qui structure nos vies à notre place.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">En somme, la promesse était la liberté, plus de facilité dans nos vies. Ce qui s&rsquo;est installé est très ambigu : un confort réel dans certains domaines de notre vie — du moins, pour les occidentaux —, une dépendance croissante, et des pouvoirs de plus en plus difficiles à identifier, à nommer, à <a href="https://www.arteacom.fr/peut-on-encore-enqueter-denoncer-et-manifester-librement-en-france-les-nouvelles-formes-dintimidation-civique/" title="Peut-on encore enquêter, alerter et manifester librement en France ?">contester</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pour aller plus loin, quatre</strong> <strong>pistes de lecture</strong>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>François Jarrige</strong>, dans Technocritiques (La Découverte, 2014), retrace deux siècles de résistances et de critiques de la technique industrielle — deux siècles de recul qui éclairent ce que nous vivons aujourd&rsquo;hui.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Evgeny Morozov</strong>, dans Pour tout résoudre, cliquez ici (Fyp éditions, 2014), décortique le « solutionnisme technologique » : cette croyance que tout problème social appelle une réponse technique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Bernard Stiegler</strong>, dans La Technique et le Temps (Galilée, 1994), développe le concept de prolétarisation cognitive — la perte progressive de nos capacités à penser et agir de manière autonome face aux systèmes techniques.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Hartmut Rosa</strong>, dans Accélération (La Découverte, 2013), analyse comment le rythme imposé par les systèmes techniques échappe à tout contrôle collectif — et ce que cela fait aux sociétés démocratiques..</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">Crédit photo&nbsp;: <a href="https://www.pexels.com/fr-fr/@sabian-mahmud-193021066/" target="_blank" rel="noopener" title="">Sabian Mahmud. Pexels</a>.</p>



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			</item>
		<item>
		<title>Paula White, conseillère spirituelle de Trump</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/paula-white-conseillere-spirituelle-de-trump/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel Agnès Pineau]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 Apr 2026 07:56:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences politiques]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=9663</guid>

					<description><![CDATA[<p>Foi, argent et pouvoir au cœur de l&#8217;Amérique évangélique Il y a peu, j&#8217;ai visionné une vidéo publiée par la chaîne YouTube du journal l&#8217;Humanité, intitulée : «&#160;Qui est Paula White, la conseillère spirituelle de Donald Trump, connue notamment pour &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/paula-white-conseillere-spirituelle-de-trump/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading has-virtue-primary-color has-text-color has-link-color wp-elements-f956051808a14fa133aa54a19506e966"><em>Foi, argent et pouvoir au cœur de l&rsquo;Amérique évangélique</em></h2>



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<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Il y a peu, j&rsquo;ai visionné une vidéo publiée par la chaîne YouTube du journal l&rsquo;Humanité, intitulée : «&nbsp;<em>Qui est Paula White, la conseillère spirituelle de Donald Trump, connue notamment pour des scènes hallucinantes de prières collectives ?&nbsp;».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Devant ce mélange détonant, entre foi, argent, pouvoir, spectacle, je me suis dit : creuse un peu avant de crier à l&rsquo;imposture. Voici donc ce que j&rsquo;ai essayé de faire.</p>
</blockquote>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Qui est Paula White ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Paula White est une pasteure évangélique américaine, figure du courant pentecôtiste charismatique. Elle se fait connaître dans les années 2000 grâce à ses prédications télévisées, depuis sa megachurch de Floride — ces églises géantes qui peuvent rassembler des dizaines de milliers de fidèles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa trajectoire prend une tout autre dimension lorsqu&rsquo;elle croise Donald Trump. La rencontre date de 2002 : Trump tombe sur l&rsquo;un de ses sermons à la télévision depuis son complexe de Mar-a-Lago, et la contacte. Elle devient sa conseillère spirituelle, l&rsquo;accompagne lors de ses campagnes, prie lors de son investiture en 2017. En février 2025, Trump la nomme à la tête du White House Faith Office — le bureau de la Maison-Blanche chargé des relations avec les groupes religieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Paula White n&rsquo;est donc pas une figure périphérique. Elle est, depuis plus de vingt ans, au cœur d&rsquo;une alliance entre évangélisme et pouvoir politique.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">La théologie de la prospérité</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre Paula White, il faut comprendre la doctrine qu&rsquo;elle incarne : la théologie de la prospérité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;idée centrale est simple : la foi se mesure à ses résultats concrets. <strong>Si vous croyez vraiment, Dieu vous récompense</strong>. La richesse devient un signe de bénédiction divine. La pauvreté, à l&rsquo;inverse, un problème spirituel à corriger.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce raisonnement a une conséquence directe sur la pratique religieuse : donner de l&rsquo;argent devient un acte de foi. Et plus on donne, plus on peut espérer recevoir. Paula White pousse cette logique très loin. En mars 2025, elle propose à ses fidèles « <strong>sept bénédictions surnaturelles</strong> » — dont l&rsquo;assignation d&rsquo;un ange personnel — pour un don de 1 000 dollars. Dans une autre vidéo, elle demande précisément 1 144 dollars, en expliquant que Dieu lui a personnellement indiqué ce chiffre. Le don inclut un carré de tissu prié, censé faire des « miracles spéciaux ». (The Guardian, avril 2025)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce type de pratique est souvent présenté comme une aberration. Mais il s&rsquo;inscrit en réalité dans une logique cohérente : si la richesse est une bénédiction, alors investir dans sa foi — comme on investit dans les cryptomonnaies — devient parfaitement rationnel. Le risque est accepté parce que la promesse de retour sur investissement est immense.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Pourquoi ça marche</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La première explication est <strong>psychologique</strong>. Dans un monde incertain, ce type de message offre quelque chose de rare : des réponses simples et des actions concrètes. Croire, donner, prier — et attendre la bénédiction. La mécanique est claire, accessible, immédiate.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La deuxième explication est <strong>sociale</strong>. Comme je l&rsquo;expliquais dans le texte <em><a href="https://www.arteacom.fr/pourquoi-la-religion-est-elle-si-puissante-aux-etats-unis/" title="Pourquoi la religion est-elle si puissante aux États-Unis ?">Pourquoi la religion est-elle si puissante aux États-Unis ?</a></em>, les filets de protection sont moins développés qu&rsquo;en Europe. Beaucoup de personnes font face aux difficultés sans grand soutien institutionnel. Dans ce contexte, une église qui offre un réseau, un sentiment d&rsquo;appartenance, et surtout de l&rsquo;espoir, répond à un besoin réel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La troisième explication est <strong>collective</strong>. Les rassemblements de Paula White ne sont pas des conférences. <strong>Ce sont des expériences</strong>. La musique, l&rsquo;énergie, les corps qui bougent, les émotions qui circulent — tout cela crée un lien puissant entre les participants, et entre chacun d&rsquo;eux et le message. Émile Durkheim avait montré que la religion joue un rôle fondamental de cohésion sociale : elle rassemble, elle soude, elle renforce l&rsquo;adhésion. Les scènes qui nous semblent « hallucinantes » vues de l&rsquo;extérieur ont une logique très précise vue de l&rsquo;intérieur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, il y a le <strong>charisme </strong>du leader. Paula White est une communicante redoutable — rythme, intensité, précision du geste. Elle ne parle pas, elle performe. Et dans un environnement religieux très concurrentiel, comme nous l&rsquo;avons vu dans le premier article, ce talent fait toute la différence.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Pourquoi ça dérange&#8230; y compris chez les croyants</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La réaction de certains observateurs extérieurs — européens, français, laïcs — est prévisible : le mélange foi-argent-spectacle choque. Mais ce qui est plus surprenant, c&rsquo;est que les critiques les plus virulentes viennent souvent de l&rsquo;intérieur du monde chrétien lui-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le théologien baptiste Russell D. Moore a déclaré que Paula White est « une hérétique reconnue comme telle par tout chrétien orthodoxe, quelle que soit sa confession. » En 2013, un rappeur chrétien lui consacre un titre sans ambiguïté : <em>Fal$e Teacher$</em>. En février 2025, lorsque Trump la nomme à la tête du White House Faith Office, des voix conservatrices et évangéliques s&rsquo;élèvent immédiatement contre cette décision.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ce qui dérange, au fond, c&rsquo;est une question de cohérence</strong>. Pour beaucoup de croyants, le message du christianisme repose sur l&rsquo;humilité, le dépouillement, la solidarité. La théologie de la prospérité inverse exactement ces valeurs : elle glorifie la richesse, elle monnaye la bénédiction, elle place le leader au centre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a aussi la question financière. Entre 2004 et 2007, le ministère de Paula White a fait l&rsquo;objet d&rsquo;<strong>une enquête du Sénat américain</strong> sur les pratiques financières de plusieurs télévangélistes. L&rsquo;enquête n&rsquo;a pas abouti à des poursuites, mais elle a mis en lumière des éléments troublants : plusieurs millions de dollars versés à des membres de sa famille, une rémunération annuelle de 5 millions de dollars, un appartement au Trump Tower à New York.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">Paula White n&rsquo;est donc pas une anomalie dans le paysage US. Elle ne fait qu&rsquo;incarner les valeurs américaines de concurrence et de glorification de la réussite individuelle avec une terrible efficacité. </p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Quelques références :</h3>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>The Guardian, avril 2025</strong>. <em>&lsquo;False teacher&rsquo; : Trump&rsquo;s pick to head the &lsquo;White House faith office&rsquo; roils some fellow Christians.</em> Article qui documente la nomination de Paula White à la tête du White House Faith Office, les pratiques de collecte de fonds — dont les « sept bénédictions surnaturelles » à 1 000 dollars — et les réactions dans le monde chrétien américain.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>TIME, janvier 2020</strong>. <em>Trump Spiritual Advisor Calls for Miscarriage of &lsquo;Satanic Pregnancies&rsquo;.</em> Couverture de la polémique déclenchée par la prière de Paula White lors d&rsquo;un sermon du 5 janvier 2020 en Floride, et des réactions qu&rsquo;elle a suscitées.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>The Washington Post, janvier 2017</strong>. Source de la déclaration du théologien baptiste Russell D. Moore qualifiant Paula White d' »hérétique reconnue comme telle par tout chrétien orthodoxe, quelle que soit sa confession. »</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sénat américain, 2007</strong>. Enquête de la commission des finances du Sénat, conduite par le sénateur Chuck Grassley, sur les pratiques financières de plusieurs ministères télévangélistes, dont celui de Paula White. L&rsquo;enquête n&rsquo;a pas abouti à des poursuites pénales, mais a mis en lumière des questions de transparence financière.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



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