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	<title>Arteacom</title>
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	<description>Rédaction de contenus pédagogiques</description>
	<lastBuildDate>Wed, 09 Sep 2026 11:26:59 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Obligations Assimilables du Trésor et bons du Trésor : quelle différence ?</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/obligations-assimilables-du-tresor-oat-et-bons-du-tresor-btf-quelle-difference/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Sep 2026 11:20:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Définitions]]></category>
		<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quand l’État dépense plus d’argent qu’il n’en reçoit, il doit emprunter. Pour cela, il vend des titres de dette à des investisseurs : banques, compagnies d’assurance, fonds d’investissement, etc. Ces investisseurs lui prêtent donc de l’argent en échange d’un remboursement &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/obligations-assimilables-du-tresor-oat-et-bons-du-tresor-btf-quelle-difference/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph">Quand l’État dépense plus d’argent qu’il n’en reçoit, il doit emprunter. Pour cela, il vend des titres de dette à des investisseurs : banques, compagnies d’assurance, fonds d’investissement, etc. Ces investisseurs lui prêtent donc de l’argent en échange d’un remboursement futur et, généralement, d’intérêts.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’État français utilise principalement deux sortes de titres, selon la durée de l’emprunt : les <a href="https://www.arteacom.fr/quest-ce-quune-obligation-detat-et-pourquoi-ca-nous-concerne/"><strong>OAT</strong> </a>et les <strong>BTF</strong>.</p>



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<h2 class="wp-block-heading">Les Obligations Assimilables du Trésor : emprunter pour plusieurs années</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les <strong>OAT</strong>, sont les emprunts à moyen et long terme de l’État. Leur durée peut aller de quelques années jusqu’à plusieurs décennies.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsqu’un investisseur achète une OAT, il prête par exemple 1 000 euros à l’État pour dix ans. En contrepartie, il reçoit généralement des intérêts chaque année. Au terme des dix ans, l’État lui rembourse les 1 000 euros.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’État peut ainsi emprunter aujourd’hui et étaler le remboursement dans le temps. Les OAT constituent donc l’essentiel de la dette de l’État français.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h2 class="wp-block-heading">Les bons du Trésor à taux fixe et à intérêt précompté : emprunter pour moins d’un an</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les <strong>BTF</strong>, sont destinés à des emprunts beaucoup plus courts : leur durée ne dépasse pas un an.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le principe est légèrement différent. Le titre est vendu moins cher que la somme qui sera remboursée à l’échéance. Par exemple, un investisseur peut acheter un BTF 990 euros et recevoir 1 000 euros quelques mois plus tard. Les 10 euros de différence correspondent à son intérêt.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi l’État emprunte-t-il pour des périodes aussi courtes ? Parce que ses recettes et ses dépenses ne s’équilibrent pas au fil des jours et des mois. Les impôts et autres recettes arrivent à certaines périodes, tandis que les dépenses doivent être payées toute l’année. Les BTF permettent de gérer ces décalages de trésorerie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela ne signifie pas que les OAT servent à financer certaines dépenses précises et les BTF d’autres dépenses. L’État gère l’ensemble de ses besoins de financement et utilise ces deux types de titres en fonction de la durée pendant laquelle il a besoin de l’argent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les BTF représentent une petite partie de la dette négociable française. L’essentiel est constitué de titres à moyen et long terme, principalement des OAT.</p>The post <a href="https://www.arteacom.fr/obligations-assimilables-du-tresor-oat-et-bons-du-tresor-btf-quelle-difference/">Obligations Assimilables du Trésor et bons du Trésor : quelle différence ?</a> first appeared on <a href="https://www.arteacom.fr">Arteacom</a>.]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les faiblesses d&#8217;une société à flux tendus</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/les-faiblesses-dune-societe-a-flux-tendus/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Sep 2026 15:46:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pourquoi une société obsédée par l&#8217;efficacité n&#8217;est pas forcément capable de faire face aux crises Je suis tombée, au cours d&#8217;une recherche, sur un ancien article de Frédéric Lordon gentiment titré : « Les connards qui nous gouvernent », consacré &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/les-faiblesses-dune-societe-a-flux-tendus/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading has-virtue-primary-color has-text-color has-link-color wp-elements-2"><em>Pourquoi une société obsédée par l&rsquo;efficacité n&rsquo;est pas forcément capable de faire face aux crises</em></h2>



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<p class="wp-block-paragraph">Je suis tombée, au cours d&rsquo;une recherche, sur un ancien article de Frédéric Lordon gentiment titré : « <em><strong>Les connards qui nous gouvernent</strong></em> », consacré aux premiers jours de la pandémie de Covid-19, en mars 2020. Avec son habituel style corrosif et cette petite pointe de condescendance qui l&rsquo;accompagne fréquemment, Lordon y étrillait les autorités françaises, accusées d&rsquo;avoir été incapables de se préparer à une crise dont le risque était pourtant connu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l&rsquo;époque, il y avait effectivement de quoi s&rsquo;interroger et être horrifié : pénurie de masques, hôpitaux sous tension, décompte des morts journaliers, décisions qui semblaient changer d&rsquo;un jour à l&rsquo;autre… La crise allait révéler les fragilités d&rsquo;un système que l&rsquo;on avait pourtant passé des années à optimiser.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le « juste à temps »</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Notre économie fonctionne largement selon une logique simple : produire et stocker au plus près des besoins, limiter les capacités inutilisées, réduire les coûts. Pourquoi entreposer des mois des marchandises livrables en quelques jours ? Pourquoi conserver des capacités qui ne servent qu&rsquo;occasionnellement ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un stock de masques coûte de l&rsquo;argent lorsqu&rsquo;il ne sert pas. Mais lorsqu&rsquo;une pandémie survient et que les approvisionnements se compliquent, ce même stock devient précieux.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Zéro-stock, zéro-bed, zéro-résilience</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsqu&rsquo;il parle de « zéro-stock, zéro-bed », Lordon pointe un mécanisme : à force de supprimer tout ce qui paraît inutile ou coûteux, on supprime aussi les capacités qui permettent de faire face à un choc.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais cette logique — issue de <a href="https://www.arteacom.fr/le-neoliberalisme-est-il-une-bureaucratie-au-service-du-marche/" target="_blank" rel="noopener">l&rsquo;idéologie néolibérale</a>, comme il le souligne — ne concerne pas que la France ou la santé : elle s&rsquo;observe dans l&rsquo;industrie (délocalisations, fermetures d&rsquo;usines), l&rsquo;agriculture (monocultures vulnérables aux maladies), et dans l&rsquo;exploitation des ressources naturelles (sols épuisés, forêts rasées, stocks de poissons effondrés)<strong>.</strong> Son principe : <strong>faire du profit à tout prix en réduisant tous les coûts</strong>, y compris ceux qui protègent collectivement<strong>.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les pénuries et les tensions hospitalières de 2020 en sont la conséquence logique : fermeture de lits de réanimation, délocalisation de la production de masques et de médicaments, absence de planification malgré les alertes… Tous ces choix ont rendu le système vulnérable.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un cas d&rsquo;école : le H1N1 et les masques</h3>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Roselyne Bachelot</strong>, ministre de la Santé en 2009, avait fait constituer un stock massif de masques et commandé des vaccins en grande quantité face à la pandémie H1N1. Sur le moment, elle avait été largement moquée et critiquée pour ce qui semblait un gaspillage d&rsquo;argent public. La pandémie H1N1 s&rsquo;était révélée moins grave que redouté, les vaccins avaient été sous-utilisés, et le stock de masques jugé pléthorique et coûteux à entretenir. Résultat : en 2020, quand le Covid arrive, la France manque cruellement de masques. Bachelot rappelle alors, qu&rsquo;elle avait constitué ce stock en 2009 et qu&rsquo;il avait ensuite été laissé à l’abandon ou réduit par les gouvernements suivants.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Article de Frédéric Lordon. Blog le Monde Diplomatique : <strong>«&nbsp;</strong><a href="https://blog.mondediplo.net/les-connards-qui-nous-gouvernent#avantforum" target="_blank" rel="noopener">Les connards qui nous gouvernent</a>&nbsp;».</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Crédit photo&nbsp;: <a href="https://www.amnesty.lu/actualites/monde-le-personnel-de-sante-reduit-au-silence-expose-et-agresse/" target="_blank" rel="noopener">Amnesty international</a></p>The post <a href="https://www.arteacom.fr/les-faiblesses-dune-societe-a-flux-tendus/">Les faiblesses d’une société à flux tendus</a> first appeared on <a href="https://www.arteacom.fr">Arteacom</a>.]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Petite chronique de la France délaissée</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/petite-chronique-de-la-france-delaisee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Aug 2026 14:05:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=10792</guid>

					<description><![CDATA[<p>Comment la laideur ordinaire prend ses aises Je passe très régulièrement au lieu-dit « Pont de Saint-Pons », qui se trouve sur un axe très fréquenté entre Aix-en-Provence et Ventabren. À chaque fois, je suis plombée par le spectacle qu&#8217;offre une partie &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/petite-chronique-de-la-france-delaisee/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading has-virtue-primary-color has-text-color has-link-color wp-elements-4"><em>Comment la laideur ordinaire prend ses aises</em></h2>



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<p class="wp-block-paragraph">Je passe très régulièrement au lieu-dit « Pont de Saint-Pons », qui se trouve sur un axe très fréquenté entre Aix-en-Provence et Ventabren. À chaque fois, je suis plombée par le spectacle qu&rsquo;offre une partie du lieu. Une forme de laideur qui ne cesse de se déployer, un délaissement absolu, alors que l&rsquo;endroit disposait d&rsquo;un fort potentiel esthétique : un pont classé monument historique, des bâtiments anciens. C&rsquo;est pour cela, d&rsquo;ailleurs, que le pont a servi de décor dans une scène du film <em>Le Hussard sur le toit</em>, en 1995.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis plus de dix ans, des blocs de béton surmontés de panneaux en tôle — censés, j&rsquo;imagine, sécuriser ou préparer de futurs travaux d&rsquo;amélioration — sont toujours en place côté ouest. De l&rsquo;autre côté du pont, côté est, la vision est heureusement bien plus agréable, car une partie des bâtiments du même style ont été rachetés et restaurés impeccablement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Autour du segment problématique, les abords de la route baignent dans le trash : déchets, tags sur de petits édifices en ruine et sur des panneaux plus ou moins déglingués, une végétation en fouillis qui survit malgré les gaz d&rsquo;échappement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ça fait un moment que je songeais à faire des recherches pour savoir quelle est la cause de cet état d&rsquo;abandon. J&rsquo;avais ma petite idée : les politiques <a href="https://www.arteacom.fr/comprendre-le-neoliberalisme-dossier/" title="Comprendre le néolibéralisme : Dossier">néolibérales</a> menées depuis des décennies de réduction des moyens alloués aux services publics. J&rsquo;ai finalement creusé la question, et j&rsquo;ai constaté qu&rsquo;elle tient surtout à la manière dont l&rsquo;action publique est organisée, ou pas, dans la durée, et à la valeur donnée à tel ou tel espace.</p>



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<h3 class="wp-block-heading"><strong>Un lieu que plus personne ne semble gérer</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Un bord de route comme celui-ci dépend de plusieurs acteurs à la fois : la commune, l&rsquo;intercommunalité, le département pour la route, parfois l&rsquo;État pour certaines règles. Le sociologue Patrick Le Galès a bien montré à quel point <strong>l&rsquo;action publique est aujourd&rsquo;hui fragmentée</strong> entre ces niveaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ça ne veut pas dire que rien n&rsquo;est jamais entretenu. Récemment, du côté de Tallard, dans les Hautes-Alpes, j&rsquo;ai vu des agents de la DIR ( Direction interdépartementale des routes) Méditerranée nettoyer le bord d&rsquo;un rond-point tout juste créé. Ce lieu-là est encore suivi de près, parce qu&rsquo;il vient d&rsquo;être livré et que quelqu&rsquo;un s&rsquo;en sent encore responsable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais avec le temps, ce suivi s&rsquo;effiloche. Un lieu ancien, sans actualité, sans travaux en cours, finit par sortir du champ de vision de tous les acteurs à la fois. Chacun suppose, implicitement, que ce n&rsquo;est plus vraiment de son ressort. Résultat : personne ne décide activement d&rsquo;abandonner un tel lieu. Mais personne, non plus, ne décide de continuer à s&rsquo;en occuper.</p>



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<h3 class="wp-block-heading"><strong><strong>Des lieux qu&rsquo;on ne considère jamais vraiment</strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;urbaniste italien Bernardo Secchi a travaillé sur <strong>ces zones qu&rsquo;il appelle « intermédiaires »</strong> : ni centres urbains valorisés, ni campagnes identifiées. Des bords de route, des entrées de ville, des zones de passage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On y circule tous les jours, mais on ne les pense jamais comme des lieux à part entière. Ils sont conçus pour qu&rsquo;on les traverse, pas pour qu&rsquo;on s&rsquo;y arrête. Et cette absence de conception dès le départ pèse lourd quand vient le moment de les entretenir : un espace qu&rsquo;on n&rsquo;a jamais pensé comme un lieu, on ne pense pas non plus à le suivre dans le temps.</p>



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<h3 class="wp-block-heading"><strong>Le provisoire qui dure</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Une installation est posée pour une situation temporaire — ici, des blocs de béton et des panneaux en tôle, censés sécuriser des travaux à venir. Puis le temps passe. Le projet n&rsquo;avance pas, ou change, ou disparaît (il était question à une époque de créer un autre pont plus adapté aux besoins de circulation actuelle). Mais l&rsquo;installation reste. Elle devient un élément du paysage, sans jamais avoir été prévue pour ça.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut noter que, côté est, les bâtiments du même style ont été rachetés et restaurés&nbsp;; et les abords de la route sont gérés. Ce qui prouve que le problème n&rsquo;est pas l’ensemble du lieu, mais l&rsquo;absence de décision depuis des lustres sur une partie précise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette absence de décision n&rsquo;est pas non plus une question de budget inexistant. L<strong>es moyens existent, mais ils sont orientés vers les centres-villes, les projets visibles, les aménagements qui comptent politiquement. </strong>Un bord de route qui fonctionne, même mal, ne devient jamais une urgence, et un lieu laissé à l&rsquo;abandon continue de se dégrader tant que personne ne s&rsquo;en soucie.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Et donc, l&rsquo;environnement de ce pont est ainsi à l&rsquo;abandon parce qu&rsquo;il ne dépend clairement de personne, parce qu&rsquo;une solution provisoire n&rsquo;a jamais été remplacée, et parce que les moyens vont ailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rien de tout ça ne changera tant que ça reste la rogne de quelques personnes dans leur voiture respective. La question, ce n&rsquo;est plus pourquoi ce lieu est resté ainsi. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il faudrait pour que quelqu&rsquo;un, quelque part, décide que ça ne peut plus durer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce pourrait être par exemple dans une  logique bien de notre époque, un fonds de placements financiers qui investisse dans les bâtiments XXVIIe-XVIIIe pour en faire un hôtel 5 étoiles et fasse pression pour supprimer les éléments trash du lieu.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Références </strong>:</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Bernardo Secchi</strong>, <em>Première leçon d’urbanisme</em>, Éditions Parenthèses, 2006.<br>L’urbaniste italien y décrit ces espaces « intermédiaires » — ni centres-villes valorisés, ni campagnes identifiées — comme les bords de route ou les entrées de ville. Utile pour comprendre pourquoi certains lieux sont conçus pour être traversés, jamais pensés comme de vrais endroits à habiter.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pierre Lascoumes &amp; Patrick Le Galès</strong>, <em>Sociologie de l’action publique</em>, Armand Colin, coll. « 128 Sociologie », 2e éd. 2012 (3e éd. 2026).<br>Ce livre montre comment l’État et les collectivités se partagent (ou se renvoient) les compétences, et pourquoi certains territoires finissent par « ne dépendre de personne ». Il éclaire directement l’idée d’un lieu que plus personne ne suit parce que l’action publique est fragmentée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Augustin Berque</strong>, <em>Les Raisons du paysage</em>, Hazan, 1995.<br>Berque explique que le paysage n’existe pas tout seul : il naît quand une société regarde son environnement avec une intention, des mots, des images, des jardins. Le texte montre ce qui manque au Pont de Saint-Pons pour devenir un paysage : une relation, un soin, une attention collective.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Éric Chauvier</strong>, <em>Contre Télérama</em>, Éditions Allia, 2011.<br>Petit pamphlet écrit par un anthropologue qui vit en zone périurbaine et qui s’insurge contre le mépris de classe déguisé en jugement esthétique (« la France moche »). Il aide à nuancer l’indignation devant la laideur ordinaire et à se demander : qui décide de ce qui est beau ou laid, et pourquoi ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Michel Lussault</strong>, <em>L’Homme spatial. La construction sociale de l’espace humain</em>, Seuil, coll. « La Couleur des idées », 2007 ; et <em>Hyper-lieux. Les nouvelles géographies de la mondialisation</em>, Seuil, 2017.<br>Le géographe y défend l’idée que les lieux ne sont pas donnés, mais construits socialement et politiquement. Sa notion de « commun spatial » (partager un lieu, en faire un espace de vie) rejoint l’appel final : ce qui manque, c’est quelqu’un qui assume que ce bord de route est un lieu à habiter, pas seulement à traverser.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>François Bon</strong>, <em>Outre-lande</em>, Éditions Verticales, 2004 (et le site <em>tierslivre.net</em>).<br>Écrivain attentif aux marges, aux friches, aux vies discrètes de la France contemporaine. Son écriture, sobre et précise, donne à voir le « malheur ordinaire » sans pathos, et montre que ces lieux délaissés sont aussi des territoires de littérature et de pensée.</p>The post <a href="https://www.arteacom.fr/petite-chronique-de-la-france-delaisee/">Petite chronique de la France délaissée</a> first appeared on <a href="https://www.arteacom.fr">Arteacom</a>.]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Cryptomonnaies : l’essentiel en 2 minutes</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/cryptomonnaies-lessentiel-en-2-minutes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 14 Aug 2026 14:50:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>VERSION AUDIO YOUTUBE EN FIN DE TEXTE Les cryptomonnaies restent assez mystérieuses pour la plupart d&#8217;entre nous. Elles ont pourtant des effets bien réels sur l&#8217;économie. Leur histoire commence en 2009 avec le Bitcoin, créé par une ou plusieurs personnes &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/cryptomonnaies-lessentiel-en-2-minutes/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">VERSION AUDIO YOUTUBE EN FIN DE TEXTE</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">Les cryptomonnaies restent assez mystérieuses pour la plupart d&rsquo;entre nous. Elles ont pourtant des effets bien réels sur l&rsquo;économie. Leur histoire commence en <strong>2009 avec le Bitcoin</strong>, créé par une ou plusieurs personnes utilisant le pseudonyme Satoshi Nakamoto, dont l&rsquo;identité reste inconnue à ce jour. Leur idée était séduisante : proposer une monnaie numérique qui fonctionne sans banque centrale ni gouvernement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre le principe, imaginez <strong>un grand cahier de comptes</strong>. Habituellement, c&rsquo;est la banque qui tient ce registre. Avec le Bitcoin, le registre &#8211; ou cahier des comptes &#8211; est partagé entre de nombreux ordinateurs : on appelle cela la blockchain. Les transactions sont vérifiées par le réseau et enregistrées dans ce registre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment ce registre se remplit-il, et comment être sûr que personne ne triche ? C&rsquo;est <strong>le rôle du minage</strong>. Des ordinateurs, partout dans le monde, résolvent un calcul très complexe pour <strong>vérifier et sécuriser les transactions</strong>. Le premier qui trouve la solution ajoute un nouveau bloc au registre, et reçoit des bitcoins en récompense. C&rsquo;est cette course permanente entre des milliers de machines qui rend le registre fiable, sans qu&rsquo;aucune autorité centrale n&rsquo;ait besoin de le surveiller. Mais elle consomme aussi énormément d&rsquo;électricité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour utiliser des cryptomonnaies, on dispose d&rsquo;un portefeuille numérique, appelé <strong>wallet</strong>. Mais <strong>leur valeur ne repose pas sur un État ou une banque centrale. Elle dépend principalement de l&rsquo;offre et de la demande </strong>: si les acheteurs sont nombreux, le prix monte ; s&rsquo;ils veulent vendre, il baisse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est pourquoi les cryptomonnaies sont très volatiles. Vous pouvez acheter pour 100 euros une fraction de Bitcoin, puis voir cette somme augmenter ou diminuer fortement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et c&rsquo;est là qu&rsquo;apparaît <strong>une contradiction importante</strong>. Les cryptomonnaies se présentent comme indépendantes du système financier traditionnel, mais elles restent étroitement liées à lui. Pour acheter des cryptos, vous utilisez des euros ou des dollars et, pour récupérer votre argent, vous les revendez généralement contre une monnaie officielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les cryptomonnaies font donc débat. Elles posent des questions sur le contrôle de la monnaie, la spéculation, la fraude et le blanchiment d&rsquo;argent, sans oublier énorme et leur consommation d&rsquo;eau. <strong>chaque transaction nécessiterait l&rsquo;équivalent d&rsquo;une petite piscine</strong>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au fond, les cryptomonnaies posent une question très simple : qui doit contrôler la monnaie, les États et les banques centrales, ou des réseaux informatiques fonctionnant selon leurs propres règles ?</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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			</item>
		<item>
		<title>Guerres et algorithmes : comment certaines entreprises prennent du pouvoir</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/guerres-et-algorithmes-comment-les-entreprises-prennent-du-pouvoir/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 06 Aug 2026 14:35:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences politiques]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=10694</guid>

					<description><![CDATA[<p>Pendant longtemps, les entreprises technologiques fournissaient simplement des outils aux États. Aujourd&#8217;hui, certaines occupent une place beaucoup plus stratégique. Elles participent à l&#8217;analyse des données, à l&#8217;identification des menaces et parfois à l&#8217;orientation des décisions elles-mêmes. Le changement est discret &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/guerres-et-algorithmes-comment-les-entreprises-prennent-du-pouvoir/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Pendant longtemps, les entreprises technologiques fournissaient simplement des outils aux États. Aujourd&rsquo;hui, certaines occupent une place beaucoup plus stratégique. Elles participent à l&rsquo;analyse des données, à l&rsquo;identification des menaces et parfois à l&rsquo;orientation des décisions elles-mêmes.</p>
</blockquote>



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<p class="wp-block-paragraph">Le changement est discret mais profond. Lorsqu&rsquo;un logiciel aide à repérer une cible, à anticiper un comportement ou à hiérarchiser des informations, il ne se contente plus d&rsquo;assister les décideurs. Il influence la manière dont les choix sont faits. Comme un GPS qui ne conduit pas la voiture mais détermine l&rsquo;itinéraire, ces technologies finissent par orienter l&rsquo;action.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette évolution s&rsquo;accompagne d&rsquo;un nouveau discours. Au nom de l&rsquo;efficacité, de la rapidité ou de la sécurité, certains dirigeants de la Silicon Valley défendent ouvertement une place toujours plus importante de la technologie dans les domaines militaires et sécuritaires. Pour eux, l<strong>es procédures démocratiques ou les contrôles institutionnels apparaissent parfois comme des obstacles</strong> plutôt que comme des garanties.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Palantir au cœur de l’État américain</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;entreprise américaine Palantir illustre ce phénomène. Ses logiciels sont utilisés par des agences de renseignement, des administrations et des armées pour exploiter d&rsquo;immenses volumes de données. Son PDG, Alex Karp, assume publiquement une vision politique dans laquelle la supériorité technologique devient un objectif stratégique à part entière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le véritable enjeu dépasse donc la seule question des performances de l&rsquo;intelligence artificielle ou des logiciels de surveillance. Il concerne la répartition du pouvoir. Lorsque <strong>des entreprises privées conçoivent les outils qui structurent les décisions publiques</strong>, elles acquièrent une influence qui dépasse largement leur rôle de prestataires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question n&rsquo;est donc pas de savoir si la technologie doit être utilisée. Elle est de déterminer qui décide de son usage, selon quelles règles et sous quel contrôle démocratique.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Pour aller plus loin : <strong><a href="https://www.arteacom.fr/comment-des-entreprises-technologiques-simposent-au-coeur-des-decisions-militaires-et-securitaires/" title="">Comment des entreprises technologiques s’imposent au cœur des décisions militaires et sécuritaires</a></strong></p>



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<p class="wp-block-paragraph">Crédit photo : Wikipédia.</p>The post <a href="https://www.arteacom.fr/guerres-et-algorithmes-comment-les-entreprises-prennent-du-pouvoir/">Guerres et algorithmes : comment certaines entreprises prennent du pouvoir</a> first appeared on <a href="https://www.arteacom.fr">Arteacom</a>.]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Architecture : le cube moche</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/architecture-le-cube-moche/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Aug 2026 15:34:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=10628</guid>

					<description><![CDATA[<p>Ce que nos bâtiments racontent de notre époque Ce matin, j&#8217;écoutais Albert Moukheiber évoquer la maximisation de nos vies, le design minimaliste, les liens de celui-ci avec l&#8217;idéal fonctionnaliste, et la dépression psychique que tout cela pouvait engendrer. Cela m&#8217;a &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/architecture-le-cube-moche/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading has-virtue-primary-color has-text-color has-link-color wp-elements-6"><em>Ce que nos bâtiments racontent de notre époque</em></h2>



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<p class="wp-block-paragraph">Ce matin, j&rsquo;écoutais Albert Moukheiber évoquer la maximisation de nos vies, le design minimaliste, les liens de celui-ci avec l&rsquo;idéal fonctionnaliste, et la dépression psychique que tout cela pouvait engendrer. Cela m&rsquo;a donné envie de traiter un sujet que je voulais explorer depuis longtemps : celui des architectures contemporaines qui, pour être honnête, m&rsquo;agressent et me plombent presque systématiquement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais plutôt que de simplement pester contre ce que je ressens comme une dégradation de nos paysages urbains et périurbains, le mieux est sans doute d&rsquo;essayer de comprendre d&rsquo;où cela vient. Comment en sommes-nous arrivés à produire autant d&rsquo;espaces qui privilégient la fonctionnalité et l&rsquo;optimisation ? Que disent ces formes architecturales de la société qui les produit ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voyons ce qu&rsquo;il en est.</p>



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<h2 class="wp-block-heading">Le triomphe du fonctionnel</h2>



<p class="wp-block-paragraph">À l&rsquo;origine, l&rsquo;architecture moderne portait une ambition généreuse. Avec le <strong>Bauhaus </strong>(école allemande d’arts et arts appliqués des années 1920-30) notamment, l&rsquo;objectif était de créer une architecture rationnelle, accessible et adaptée aux besoins réels des populations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette simplicité n&rsquo;était pas seulement un choix esthétique : elle portait aussi <strong>une critique d&rsquo;une architecture bourgeoise</strong> fondée sur l&rsquo;ornement, la représentation sociale et l&rsquo;affirmation d&rsquo;un statut. Il s&rsquo;agissait de rompre avec l&rsquo;idée que le bâtiment doit d&rsquo;abord exprimer la richesse de son propriétaire, pour privilégier l&rsquo;usage, la fonction et l&rsquo;accès du plus grand nombre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais au cours du XXe siècle, cette recherche de sobriété a changé de sens. Ce qui était à l&rsquo;origine une critique de la distinction sociale a parfois été <strong>récupéré par le marché et transformé en un nouveau langage de prestige</strong>. Le dépouillement, les lignes épurées ne renvoient plus seulement à l&rsquo;idée de simplicité ou d&rsquo;efficacité : ils deviennent aussi des signes de luxe. Villas aux formes sobres mais hors de prix, sièges sociaux aux architectures épurées, intérieurs minimalistes haut de gamme illustrent ce renversement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le problème apparaît surtout lorsque la fonctionnalité devient le seul critère qui compte pour un bâtiment donné. Un promoteur ou une entreprise raisonne en mètres carrés utiles, en délai de chantier, en coût de construction, en facilité de revente ou de transformation future. La forme qui répond le mieux à ces contraintes, pour ce terrain, ce budget, ce calendrier, est presque toujours la plus simple : le cube, le rectangle. À ce stade, ce n&rsquo;est pas encore une question de mondialisation, seulement l&rsquo;exigence comptable appliquée au BTP.</p>



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<h2 class="wp-block-heading">Le bloc comme architecture de la mondialisation</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette même forme se retrouve partout, répond également à une logique de clonage international d&rsquo;un même modèle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans <em>Junkspace</em>, l&rsquo;architecte <strong>Rem Koolhaas</strong> décrit une architecture qui accompagne <strong>un monde organisé autour des flux </strong>: flux de personnes, de marchandises, de capitaux, mais aussi flux de plans, de cahiers des charges et de méthodes de construction. Les grandes enseignes commerciales, les promoteurs internationaux, les cabinets d&rsquo;architecture mondialisés exportent les mêmes gabarits, les mêmes matériaux standardisés, les mêmes modèles d&rsquo;implantation &#8211; souvent pas zone &#8211; d&rsquo;un pays à l&rsquo;autre. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le résultat est un paysage qui se ressemble d&rsquo;un bout à l&rsquo;autre du monde. Un parc d&rsquo;activités, un centre logistique en France ressemble à un autre en Allemagne ou aux États-Unis. Un centre commercial donne l&rsquo;impression d&rsquo;avoir déjà été vu ailleurs mille fois, parce qu&rsquo;il a déjà été construit ailleurs.</p>



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<h2 class="wp-block-heading">Quand le design colonise l&rsquo;intérieur</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ces deux visions, économique et mondialisée, concernent surtout la forme extérieure du bâtiment. Mais le mouvement ne s&rsquo;arrête pas à l&rsquo;enveloppe. Dans <em>Design et crime</em>, <strong>Hal Foster</strong> montre que le design ne se limite plus aux objets ou aux façades : il devient une manière générale de penser tout un environnement, jusque dans ses moindres détails.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un open space, un hall d&rsquo;accueil, un couloir de centre commercial obéissent au même principe que l&rsquo;enveloppe qui les contient : tout doit être optimisé, rendu fluide, agréable à traverser, propice à la consommation ou à la productivité. La signalétique, le mobilier, l&rsquo;éclairage, les matériaux intérieurs suivent des chartes pensées ailleurs et appliquées partout de la même façon.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le paradoxe, c&rsquo;est que cette recherche permanente de perfection produit l&rsquo;inverse de ce qu&rsquo;elle promet. Plus on cherche à maîtriser un espace dans le moindre détail, plus cet espace ressemble à tous les autres espaces conçus selon les mêmes principes qui nous entraînent dans un ennui abyssale.</p>



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<h2 class="wp-block-heading">Des espaces sans mémoire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette disparition de l&rsquo;identité des lieux rejoint la réflexion de <strong>Marc Augé</strong> sur les « <strong>non-lieux</strong> ». Dans <em>Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité</em>, il décrit ces espaces contemporains organisés principalement autour du passage, de la circulation et de la consommation. Les exemples sont nombreux : aéroports, autoroutes, centres commerciaux, zones commerciales et bords de routes périphériques, grands ensembles tertiaires. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Un lieu traditionnel, comme une place de village, est imprégné d&rsquo;histoire. Il est associé à une mémoire, à des habitudes, à des relations humaines. Un non-lieu fonctionne autrement. On y circule, on y travaille, on y consomme, mais on n&rsquo;y construit pas nécessairement un attachement, même si certaines personnes se remémorent parfois avec nostalgie leurs errances adolescentes dans telle ou telle galerie marchande.  C&rsquo;est ce révélait un commentaire que j&rsquo;ai lu un jour à la suite d&rsquo;une vidéo sur la France moche.</p>



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<h2 class="wp-block-heading">Une esthétique du réalisme capitaliste</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Mark Fisher</strong>, dans <em>Le Réalisme capitaliste</em>, explique que notre époque peine à imaginer d&rsquo;autres possibilités que celles imposées par le système économique dominant. Cette idée peut aussi s&rsquo;appliquer à nos paysages. Nous finissons par considérer ces formes architecturales comme inévitables. Comme si le cube bardé de tôles était la seule réponse possible aux besoins contemporains. <em>There is no alternative</em>, comme aurait dit Margaret Thatcher&#8230; le mantra des années 80 encore bien présent en 2026.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, l&rsquo;architecture est toujours un choix. Elle traduit des priorités. Construire une grande boîte en verre et béton ou un bâtiment inspiré du style vernaculaire &#8211; comme, ce que j&rsquo;estime être relativement le cas pour <a href="https://moncollege.var.fr/documents/1632957/1633080/0831644L+(1).jpg/7f679575-3952-9344-43a9-8d9e73c84768?t=1535108326896" target="_blank" rel="noopener" title="">le collège Le vigneret du Castelet</a> dans le var -, ce n&rsquo;est pas seulement une différence esthétique. C&rsquo;est une différence de conception de la société.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le problème apparaît quand seule compte <strong>l&rsquo;efficacité mesurable</strong>. Quand un bâtiment est pensé d&rsquo;abord comme une surface rentable, un espace optimisé ou un actif immobilier, il perd quelque chose de très concret : la capacité à devenir un repère attachant que l&rsquo;on fait un peu sien. Un endroit qu&rsquo;on reconnaît de loin, qu&rsquo;on décrit à quelqu&rsquo;un sans avoir besoin d&rsquo;une adresse, où on a un souvenir précis (un rendez-vous, une fête, un trajet répété pendant des années). Un cube optimisé peut changer d&rsquo;enseigne, de propriétaire, de fonction, sans que rien ne change dans le paysage : il n&rsquo;a jamais vraiment existé comme lieu, seulement comme surface.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car nous ne vivons pas seulement dans des mètres carrés. Nous vivons dans des paysages, des rues, des cultures (ou ce qu&rsquo;il en reste), des bâtiments qui influencent notre manière d&rsquo;habiter le monde.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Pour aller plus loin&nbsp;:</h3>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Hal Foster</strong>, Design and Crime (2002) — trad. fr. Design et crime, Les Prairies ordinaires, 2008</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Marc Augé</strong>, Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Seuil, 1992</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Rem Koolhaas</strong>, Junkspace (essai, 2001)</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Mark Fisher</strong>, Capitalist Realism (2009) — trad. fr. Le Réalisme capitaliste, Entremonde, 2018</p>



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<h4 class="wp-block-heading">Vidéo YT : <a href="https://www.youtube.com/shorts/ZGV_etlVEUk" target="_blank" rel="noopener" title="">Sur la maximisation de la vie avec Albert Moukheiber</a></h4>



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		<title>Pompidou et la loi de 1973</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/pompidou-et-la-loi-de-1973/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 31 Jul 2026 15:15:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=10551</guid>

					<description><![CDATA[<p>L&#8217;État est-il depuis cette date la proie des marchés financiers ? Mise à jour le : 05/08/26 Ce week-end de fin juillet, en chinant à la brocante de Cadenet, dans le Vaucluse, j&#8217;ai saisi les bribes d&#8217;une conversation qui ont &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/pompidou-et-la-loi-de-1973/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading has-virtue-primary-color has-text-color has-link-color wp-elements-8"><em>L&rsquo;État est-il depuis cette date la proie des marchés financiers ?</em></h2>



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<p class="wp-block-paragraph">Mise à jour le : 05/08/26</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce week-end de fin juillet, en chinant à la brocante de Cadenet, dans le Vaucluse, j&rsquo;ai saisi les bribes d&rsquo;une conversation qui ont aiguisé ma curiosité. Un exposant évoquait Georges Pompidou, sur un ton largement désolé, et reprenait une idée que l&rsquo;on entend assez souvent : c&rsquo;est depuis une loi de 1973 promulguée sous sa présidence que l&rsquo;État serait devenu dépendant des marchés financiers pour se financer, et que les multiples difficultés auxquelles nous sommes confrontés aujourd&rsquo;hui trouveraient en partie là, leur origine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une fois rentrée chez moi, cette question m’est revenue en tête. La loi de 1973 marque-t-elle vraiment le début de nos difficultés actuelles ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre ce qui s&rsquo;est réellement passé, il faut garder à l&rsquo;esprit l&rsquo;idée que l&rsquo;État peut emprunter de deux manières. Soit à sa banque centrale, qui peut créer de la monnaie pour lui prêter. Soit à des investisseurs privés, qui lui prêtent de l&rsquo;argent. Ce que raconte cet article, c&rsquo;est comment, en quelques décennies, on est passé du premier cas de figure au second.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Avant 1973, comment l&rsquo;État finançait-il ses dépenses ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">On croit souvent qu&rsquo;avant 1973, l&rsquo;État pouvait financer librement ses dépenses en empruntant sans limite auprès de la Banque de France, comme s&rsquo;il disposait d&rsquo;une réserve illimitée. En réalité, ce n&rsquo;était pas le cas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;essentiel des dépenses de l&rsquo;État était couvert par <strong>les recettes fiscales et les cotisations sociales</strong>. Quand ces recettes ne suffisaient pas, l&rsquo;État devait emprunter, directement auprès des épargnants, des banques, ou de la Banque de France elle-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Banque de France pouvait notamment <strong>accorder des avances au Trésor</strong>, le service de l&rsquo;État chargé d&rsquo;encaisser les recettes, de payer les dépenses et de gérer la dette publique. Concrètement : quand l&rsquo;État avait besoin d&rsquo;argent avant d&rsquo;avoir encaissé ses recettes, la Banque de France pouvait lui en prêter, un peu comme une avance de trésorerie. Mais ce robinet n&rsquo;était pas ouvert en grand : <strong>des plafonds limitaient les montants que la Banque de France</strong> pouvait ainsi créer et prêter à l&rsquo;État.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut donc écarter une opposition trop simple : un « avant 1973 » où l&rsquo;État se serait financé librement auprès de sa banque centrale, contre un « après 1973 » où il aurait été livré aux marchés. Cette opposition ne correspond pas à la réalité. Avant 1973 déjà, l&rsquo;État empruntait aux deux sources : sa banque centrale, mais aussi les épargnants et les banques.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Que change réellement la loi de 1973 ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La loi du 3 janvier 1973 réforme le statut et le fonctionnement de la Banque de France</strong>. <strong>Son article 25</strong> est devenu célèbre : il ferme l&rsquo;une des portes d&rsquo;accès direct de l&rsquo;État à la création monétaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Concrètement : quand l&rsquo;État a besoin d&rsquo;argent, <strong>il émet des obligations</strong>, des titres qui représentent sa propre dette : une sorte de reconnaissance de dette où il s&rsquo;engage à rembourser telle somme à telle date. Normalement, il vend ces obligations à des épargnants ou à des banques, qui deviennent ainsi ses créanciers. Avant 1973, il pouvait aussi les remettre directement à la Banque de France et recevoir l&rsquo;argent tout de suite, sans attendre de trouver un acheteur : <strong>la Banque de France devenait alors elle-même créancière de l&rsquo;État</strong>. Après 1973, cette voie directe est fermée. L&rsquo;État doit trouver un acheteur pour ses obligations, il ne peut plus les remettre directement à la Banque de France contre de l&rsquo;argent immédiat.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais cela ne veut pas dire que la Banque de France arrête, du jour au lendemain, de prêter à l&rsquo;État. Les avances au Trésor continuent d&rsquo;exister après 1973 ; <strong>la loi encadre seulement leur fonctionnement, elle ne les supprime pas</strong>. Le changement est réel, mais il est plus étroit que ce que raconte souvent l&rsquo;histoire de la « loi Pompidou » : ce n&rsquo;est pas un basculement brutal de « l&rsquo;État financé par sa banque centrale » vers « l&rsquo;État livré aux marchés ».</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Vingt ans de glissement vers les marchés</h3>



<h4 class="wp-block-heading">La fin d&rsquo;un monde et l&rsquo;envolée de l&rsquo;inflation</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Au cours des années 1970, le paysage économique mondial bascule. La fin du système monétaire de l&rsquo;après-guerre (Bretton Woods) et les deux chocs pétroliers provoquent une forte hausse de l&rsquo;inflation. Pour les États, emprunter coûte de plus en plus cher, et les règles du jeu monétaire changent à l&rsquo;échelle internationale.</p>



<h4 class="wp-block-heading">La grande ouverture des vannes financières</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Pour lutter contre l&rsquo;inflation et adapter la France à la compétition mondiale, les gouvernements font le <strong>choix de la dérégulation</strong>. Les contrôles sur les mouvements de capitaux sont levés progressivement au cours des années 1980, jusqu&rsquo;à leur suppression totale en 1990. L&rsquo;argent peut désormais circuler librement à travers les frontières.</p>



<h4 class="wp-block-heading">La montée en puissance des géants de l&rsquo;investissement</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le même temps, de nouveaux acteurs prennent une place considérable : compagnies d&rsquo;assurance, fonds de pension et fonds d&rsquo;investissement. Ils accumulent des sommes gigantesques &#8211; épargnes des ménages, trésoreries d&rsquo;entreprises ou fonds souverains (fonds de placement des états alimenté par ses ressource. ex. pétrole ou ses réserves financières) pour les placer sur les marchés à échelle mondiale. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour un État qui a besoin d&rsquo;argent, ces investisseurs privés deviennent des prêteurs incontournables. Ce financement ne repose plus sur la création de monnaie par la banque centrale, mais sur l&rsquo;épargne déjà accumulée dans le monde.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">1992 : Maastricht ferme de robinet du prêt direct</h3>



<p class="wp-block-paragraph">En 1992, la signature du Traité de Maastricht vient officialiser ce qui était déjà devenu une habitude sur les marchés. Le texte coupe l&rsquo;accès le plus rapide à la création monétaire : <strong>il interdit désormais aux banques centrales de prêter directement de l&rsquo;argent aux États</strong> (une règle aujourd&rsquo;hui inscrite dans l&rsquo;article 123 du Traité sur le fonctionnement de l&rsquo;Union européenne). Pour le gouvernement français, le robinet du financement direct par la Banque de France est cette fois définitivement coupé.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La nuance essentielle à garder en tête :</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Seul le prêt <strong>direct</strong> est interrompu. Si la banque centrale ne peut plus remplir les caisses de l&rsquo;État à la source, elle conserve le droit de racheter ces mêmes dettes plus tard, une fois qu&rsquo;elles ont été vendues à des investisseurs privés. C&rsquo;est le mécanisme utilisé à très grande échelle par la Banque centrale européenne (BCE) lors des récentes crises financières : elle n&rsquo;a pas rouvert le robinet direct vers l&rsquo;État, mais elle est intervenue sur les marchés pour racheter des titres déjà en circulation et garantir la stabilité du système.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Ce que l&rsquo;on peut retenir</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Comme le soulignent les travaux de l&rsquo;économiste Michel Aglietta, la loi de 1973 (souvent appelée à tort « <strong>loi Rothschild</strong> ») et la bascule progressive vers les marchés ne sont pas nées d&rsquo;une volonté de brader l&rsquo;État à la finance. Elles ont été une suite d&rsquo;ajustements pragmatiques face à l&rsquo;inflation galopante des chocs pétroliers et à la fin du système stabilisateur de Bretton Woods. Il s&rsquo;agissait avant tout de moderniser la gestion de la dette et de maîtriser l&rsquo;inflation, et non d&rsquo;un « grand soir » libéral.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Pour aller plus loin :</h3>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Benjamin Lemoine</strong>&nbsp;— <em>La Démocratie des crédits. Comment la dette publique a été confiée aux marchés</em>&nbsp;(2016)</p>



<p class="wp-block-paragraph">​<strong>Olivier Feiertag &amp; Michel Margairaz</strong>&nbsp;— <em>Les Banques centrales et l&rsquo;État en France</em>&nbsp;(2010)</p>



<p class="wp-block-paragraph">​<strong>Jean-Paul Fitoussi</strong>&nbsp;— <em>Le Débat interdit : La monnaie, l&rsquo;Europe, la pauvreté</em>&nbsp;(1995)</p>



<p class="wp-block-paragraph">​<strong>Michel Aglietta</strong>&nbsp;— <em>La Monnaie. Entre violence et confiance</em>&nbsp;(2002)</p>The post <a href="https://www.arteacom.fr/pompidou-et-la-loi-de-1973/">Pompidou et la loi de 1973</a> first appeared on <a href="https://www.arteacom.fr">Arteacom</a>.]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Quand la finance se déconnecte de l&#8217;économie réelle &#8211; Financiarisation de l’économie #4 </title>
		<link>https://www.arteacom.fr/quand-la-finance-se-deconnecte-de-leconomie-reelle-financiarisation-de-leconomie-4/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Jul 2026 09:02:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[Dossier Financiarisation]]></category>
		<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=10429</guid>

					<description><![CDATA[<p>Spéculation et produits dérivés Malgré la crise de 2008 et les conséquences graves qu&#8217;elle a engendrées pour les individus, les entreprises et les États, le monde de la bourse est aujourd&#8217;hui plus actif que jamais, avec des volumes de transactions &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/quand-la-finance-se-deconnecte-de-leconomie-reelle-financiarisation-de-leconomie-4/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading has-virtue-primary-color has-text-color has-link-color wp-elements-10"><em>Spéculation et produits dérivés</em></h2>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Malgré la crise de 2008 et les conséquences graves qu&rsquo;elle a engendrées pour les individus, les entreprises et les États, le monde de la bourse est aujourd&rsquo;hui plus actif que jamais, avec des volumes de transactions toujours plus élevés. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Je vous propose de revenir, dans les grandes lignes, sur le fonctionnement de la spéculation : ce qui la distingue de l&rsquo;investissement, comment elle produit des bulles, et ce que 2008 nous apprend encore aujourd&rsquo;hui sur ce mécanisme.</p>
</blockquote>



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<h3 class="wp-block-heading">Investir vs spéculer </h3>



<p class="wp-block-paragraph">Investir consiste à mettre de l’argent dans une activité qui produit : une usine, une entreprise, une innovation. Spéculer, c’est acheter ou vendre un actif financier — action, devise ou matière première — en pariant sur l’évolution de son prix pour en tirer un gain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le spéculateur, comme l’investisseur, observe les résultats, la dette ou les marges d’une entreprise. Mais leurs horizons diffèrent. L’investisseur se projette sur plusieurs années : il cherche à savoir si l’entreprise pourra croître, rester rentable et faire face à la concurrence. Le spéculateur, lui, se concentre sur les variations de prix à court terme, parfois en quelques heures ou quelques jours, ce qui implique de pouvoir acheter et revendre très rapidement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ensuite, et c&rsquo;est le point décisif, ce sur quoi porte réellement le pari. Même quand il étudie les résultats d&rsquo;une entreprise, le spéculateur ne cherche pas seulement à savoir si elle va bien. <strong>Il essaie surtout de deviner ce que les autres investisseurs vont faire.</strong> Une entreprise peut publier d&rsquo;excellents résultats et pourtant voir son action baisser, simplement parce que les marchés en attendaient encore davantage. À l&rsquo;inverse, une entreprise en difficulté peut voir son cours remonter si les investisseurs pensent que le pire est passé. Le pari porte sur l&rsquo;anticipation des anticipations des autres, pas sur l&rsquo;entreprise elle-même. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Keynes décrivait ce mécanisme avec l&rsquo;image d&rsquo;un concours de beauté organisé par un journal : les lecteurs devaient voter pour les visages qu&rsquo;ils pensaient que la majorité des autres lecteurs trouverait les plus jolis, pas ceux qu&rsquo;ils trouvaient eux-mêmes les plus jolis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette activité ne profite pas uniquement aux <strong>investisseurs qui gagnent en bourse</strong>. Les <strong>banques </strong>et les <strong>courtiers </strong>prélèvent une commission à chaque transaction, qu&rsquo;elle soit gagnante ou perdante pour leur client : plus il y a de mouvements sur les marchés, plus ils gagnent, indépendamment du résultat final. <strong>Les gestionnaires de fonds</strong> facturent également des frais sur les sommes qu&rsquo;ils gèrent. Les agences de notation sont rémunérées par les émetteurs des titres qu&rsquo;elles évaluent elles-mêmes. Le système génère des revenus à chaque étape du pari, ce qui explique pourquoi il continue de tourner même quand il s&rsquo;éloigne de toute logique productive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est cet écart, entre la valeur réelle produite par une activité et le prix que le marché lui attribue à un instant donné, qui permet à une bulle de se former. </p>



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<h3 class="wp-block-heading">Comment se forme une bulle ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Trois mécanismes précis produisent ce décrochage.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le mimétisme d&rsquo;abord</strong> : on achète parce qu&rsquo;on voit les autres acheter, sans évaluer la valeur sous-jacente. Plus le prix monte, plus il donne l&rsquo;impression qu&rsquo;il faut acheter avant qu&rsquo;il ne monte encore davantage. Chacun pense agir de manière raisonnable, mais, collectivement, ce comportement fait grimper les prix bien au-delà de leur valeur réelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;effet de levier ensuite</strong>, et c&rsquo;est le plus technique des trois. <strong>La plupart des achats spéculatifs se font à crédit</strong> plutôt qu&rsquo;avec de l&rsquo;argent disponible, ce qui permet de parier des sommes bien supérieures à son propre capital. Concrètement, cela veut dire déposer une garantie, appelée marge, pour emprunter le reste. Si le prix de l&rsquo;actif baisse, le prêteur exige une garantie supplémentaire : c&rsquo;est l&rsquo;appel de marge. Si l&rsquo;acheteur ne peut pas la fournir, sa position est liquidée de force, ce qui fait vendre l&rsquo;actif, ce qui fait encore baisser son prix, ce qui déclenche d&rsquo;autres appels de marge ailleurs. Le levier qui amplifiait la hausse amplifie la chute exactement de la même façon, en spirale.</p>



<p class="has-very-light-gray-background-color has-background wp-block-paragraph">Prenons un exemple. Vous disposez de 10 000 euros et votre banque accepte de vous prêter 90 000 euros supplémentaires. Vous pouvez alors acheter pour 100 000 euros d&rsquo;actions. Si leur valeur augmente de 10 %, vous gagnez 10 000 euros : vous avez doublé votre mise de départ. Mais si leur valeur baisse de 10 %, vous perdez aussi 10 000 euros : votre capital a disparu. La banque peut alors vous demander d&rsquo;apporter immédiatement de nouvelles garanties. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle <strong>un appel de marge</strong>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Et <strong>enfin</strong></strong>, <strong>les anticipations qui se renforcent elles-mêmes</strong> : plus le prix monte, plus cette hausse semble prouver qu&rsquo;il fallait acheter. Le prix devient sa propre justification, jusqu&rsquo;à ce que la confiance se retourne, souvent sans cause précise identifiable.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">2008 : comment les crédits immobiliers ont déclenché une crise mondiale</h3>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>La titrisation</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Aux États-Unis, dans les années 2000, les prix de l&rsquo;immobilier ont augmenté beaucoup plus vite que les salaires. Les banques ont accordé des prêts à des emprunteurs peu solvables — les <strong>crédits subprimes</strong> — en pariant que la hausse continue des prix immobiliers suffirait à couvrir le risque. Leur raisonnement était le suivant : en cas de défaut de remboursement, le logement pourrait être revendu plus cher.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces crédits n&rsquo;ont pas été conservés dans les bilans des banques. Ils ont été regroupés puis transformés en nouveaux titres financiers vendus sur les marchés : c&rsquo;est le principe de la <strong>titrisation</strong>. Ces titres ont ensuite été achetés par des banques, des compagnies d&rsquo;assurance et des fonds d&rsquo;investissement du monde entier. Autrement dit, le risque n&rsquo;était plus concentré dans quelques banques américaines : il s&rsquo;était diffusé dans une grande partie du système financier mondial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces nouveaux titres ont ensuite été découpés en plusieurs catégories, appelées <strong>tranches</strong>, non pas selon la qualité des crédits qui les composaient, mais selon l&rsquo;ordre dans lequel les pertes seraient supportées en cas de défaut : d&rsquo;abord la tranche <em>equity</em>, puis la <em>mezzanine</em>, et enfin la tranche <em>senior</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La tranche <em>senior</em> était considérée comme la plus sûre, non parce que les crédits sous-jacents l&rsquo;étaient réellement, mais parce qu&rsquo;elle était censée être protégée par les deux autres tranches, qui devaient absorber les premières pertes. Sur cette base, les agences de notation lui ont attribué la note maximale (AAA), en s&rsquo;appuyant sur des modèles statistiques qui supposaient que les défauts de paiement resteraient rares et dispersés dans le temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette hypothèse s&rsquo;est révélée fausse à partir de 2006, lorsque la <strong>Réserve fédérale américaine a relevé ses taux d&rsquo;intérêt pour lutter contre l&rsquo;inflation</strong>. Or beaucoup de crédits subprimes étaient<strong> à taux variable</strong> : faibles au départ, leurs mensualités augmentaient ensuite. Lorsque les taux ont remonté, de nombreux emprunteurs n&rsquo;ont plus pu rembourser leurs prêts. En même temps, les logements se sont multipliés sur le marché tandis que les acheteurs solvables devenaient plus rares. Les prix de l&rsquo;immobilier ont cessé de monter, puis ont commencé à baisser.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les défauts de paiement</strong>, au lieu de rester isolés, se sont produits en grand nombre et presque au même moment. Les pertes ont d&rsquo;abord été supportées par la tranche <em>equity</em>, puis par la <em>mezzanine</em>, avant d&rsquo;atteindre finalement la tranche <em>senior</em>, pourtant considérée comme très sûre. Ce qui devait protéger le système ne l&rsquo;a finalement pas protégé : l&rsquo;hypothèse sur laquelle reposait toute cette construction financière s&rsquo;est effondrée, entraînant avec elle une partie du système financier mondial.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Les produits dérivés</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Parallèlement à ces titres financiers, d&rsquo;autres instruments financiers se sont développés : les produits dérivés, notamment <strong>les <em>credit default swaps</em> (CDS)</strong>. À l&rsquo;origine, ces contrats servaient à protéger les banques ou les investisseurs contre le risque qu&rsquo;un emprunteur ne rembourse pas son crédit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Concrètement, une banque qui détenait des prêts immobiliers pouvait acheter un CDS auprès d&rsquo;un autre grand acteur financier — une grande banque, un assureur spécialisé comme <strong>AIG</strong> ou une autre institution financière. En échange d&rsquo;une cotisation versée chaque année — par exemple 1 % du montant à couvrir — cet établissement s&rsquo;engageait à indemniser la banque si les emprunteurs ne remboursaient plus leurs prêts.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le mécanisme ressemblait donc à une assurance : on paie une somme relativement modeste chaque année et, en cas de sinistre, l&rsquo;assureur prend en charge la perte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais, à la différence d&rsquo;une assurance classique, <strong>il n&rsquo;était pas nécessaire de posséder les prêts ou les titres financiers concernés pour acheter un CDS.</strong> N&rsquo;importe quel investisseur pouvait donc parier sur un défaut de remboursement sans avoir jamais prêté le moindre euro. Pour reprendre l&rsquo;analogie, c&rsquo;était comme si l&rsquo;on pouvait assurer la maison d&rsquo;un voisin contre l&rsquo;incendie, sans en être propriétaire, simplement pour toucher l&rsquo;indemnisation si elle brûlait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce dispositif a multiplié les paris. Le volume des CDS a fini par dépasser largement celui des crédits immobiliers qu&rsquo;ils étaient censés couvrir : <strong>il existait davantage de contrats pariant sur des défauts de paiement que de prêts immobiliers réels.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque les défauts de paiement se sont effectivement multipliés, les établissements qui avaient vendu ces CDS ont dû verser des sommes considérables. <strong>AIG</strong>, qui en avait vendu une quantité massive en pariant que les défauts resteraient rares, s&rsquo;est retrouvé incapable de faire face à ses engagements. Pour éviter que sa faillite ne provoque, par effet domino, celle de nombreuses banques, <strong>l&rsquo;État américain est intervenu pour sauver l&rsquo;entreprise.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Conçus au départ pour limiter les risques, les CDS sont ainsi devenus aussi <strong>un outil de spéculation, contribuant à amplifier la crise financière de 2008.</strong></p>



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<h3 class="wp-block-heading">Quand les entreprises, les salariés et les services publics paient la facture</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ce mécanisme a produit trois types de dégâts au niveau de la production, de l&#8217;emploi et des salaires.</p>



<h4 class="wp-block-heading">D’abord, une destruction d’épargne. </h4>



<p class="wp-block-paragraph">Les titres les mieux notés, ceux jugés les plus sûrs, avaient été achetés par des fonds de pension partout dans le monde, chargés de faire fructifier l&rsquo;argent que des salariés avaient mis de côté pour leur retraite. Quand ces titres ont perdu leur valeur, cette épargne s&rsquo;est effondrée avec eux : entre septembre 2007 et mai 2009, l&rsquo;ensemble des comptes de retraite américains a perdu 31 % de sa valeur, soit 2 700 milliards de dollars. Les salariés les plus exposés ont été ceux dépendant de comptes retraite individuels, dont la valeur suit directement les marchés, contrairement aux régimes à pension garantie, mieux protégés. Certains ont vu leur pension future réduite, d&rsquo;autres ont dû repousser leur départ à la retraite, sans avoir jamais spéculé eux-mêmes sur un seul titre.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Ensuite, une asphyxie du crédit. </h4>



<p class="wp-block-paragraph">Les banques se prêtent en permanence de l&rsquo;argent entre elles, souvent pour une nuit ou quelques jours seulement, afin d&rsquo;équilibrer leurs comptes au jour le jour : l&rsquo;une a un excédent de liquidités, l&rsquo;autre en manque temporairement, et elles se dépannent mutuellement. C&rsquo;est un rouage discret mais essentiel du système bancaire.<br> <br>Après la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008, plus aucune banque ne savait avec certitude si les autres détenaient, dans leurs comptes, des titres liés aux subprimes devenus sans valeur, ni si elles seraient encore solvables la semaine suivante. P<strong>ar précaution, elles ont cessé de se prêter entre elles</strong>, même pour ces courtes durées. Ce robinet interbancaire, qui fait normalement circuler l&rsquo;argent en continu dans tout le système, s&rsquo;est brutalement fermé. <strong>Les banques, elles-mêmes à court de liquidités, ont réduit leurs prêts aux entreprises</strong> : le crédit est devenu plus rare et plus coûteux pour tout le monde, bien au-delà du seul secteur financier.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Enfin, le coût du sauvetage. </h4>



<p class="wp-block-paragraph">Pour éviter l’effondrement du système bancaire, <strong>les États ont injecté des sommes considérables, financées par de la dette publique</strong>. Cette dette a ensuite servi de justification à des politiques d’austérité dans de nombreux pays européens : réduction des dépenses publiques, hausses d’impôts, gels de salaires</p>



<p class="wp-block-paragraph">Autrement dit, le coût du sauvetage des banques a été reporté sur les contribuables et les services publics, plusieurs années après une crise dont ils n’étaient pas à l’origine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Que des citoyens, des entreprises et des services publics sans lien avec la spéculation en paient le prix pose alors une question simple : qui encadre la finance, pour éviter qu’un tel emballement ne se reproduise ?</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Crédit photo&nbsp;: <a href="https://www.pexels.com/fr-fr/@alexasfotos/" target="_blank" rel="noopener" title="">Pexels. Alexas Fotos.</a></p>



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			</item>
		<item>
		<title>Petite généalogie du Rassemblement national</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/petite-genealogie-du-rassemblement-national/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Jul 2026 14:57:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences politiques]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=10391</guid>

					<description><![CDATA[<p>Des racines établies, un présent qui fait débat J’ai regardé en début de semaine une courte vidéo de Marianne James dans laquelle elle affirmait : « les racines du RN restent les racines du fascisme et de la collaboration ». &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/petite-genealogie-du-rassemblement-national/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading has-virtue-primary-color has-text-color has-link-color wp-elements-12"><em>Des racines établies, un présent qui fait débat</em></h2>



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<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">J’ai regardé en début de semaine une courte vidéo de Marianne James dans laquelle elle affirmait : « les racines du RN restent les racines du fascisme et de la collaboration ». Une phrase choc — idéale pour le buzz, il faut bien le dire — qui m’a donné envie de me replonger dans l’histoire de ce parti.<br><br>C’est surtout le terme « fasciste » dont  j&rsquo;ai voulu vérifier la pertinence dans le cas présent. Pas pour donner raison ou tort à Marianne James — ce n’est pas la démarche de ce site — mais parce que qualifier un parti politique est une question complexe.<br><br>En parcourant les travaux des historiens et des politologues, j&rsquo;ai découvert que le débat scientifique était plus nuancé que la polémique médiatique. La plupart des spécialistes ne qualifient pas le Front national puis le Rassemblement national de parti fasciste. Le véritable débat porte aujourd&rsquo;hui sur une autre question : comment qualifier ce parti au regard de son histoire et de son évolution ?</p>
</blockquote>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Les origines du Front national</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le 5 octobre 1972, à Paris, une soixantaine de personnes fondent le <strong>Front national pour l’unité française</strong> — un nom rapidement abrégé en Front national.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’initiative vient d’<strong>Ordre nouveau</strong>, un mouvement militant néofasciste actif depuis la fin des années 1960. Comme le rappelle la politiste Magali Balent, ce moment s’inscrit dans un contexte de guerre froide où les différentes familles de l’extrême droite française se recomposent autour d’un anticommunisme central.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le choix de Jean-Marie Le Pen à la présidence est stratégique. Ancien député poujadiste, vétéran de la guerre d’Algérie, il offre un visage plus présentable que celui des militants d’Ordre nouveau. L’historienne Valérie Igounet souligne cette logique : il s’agit de rompre avec une image trop ouvertement radicale et violente pour entrer dans le jeu électoral.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Trois ensembles coexistent alors au sein du FN</strong>. Un courant national-populiste, autour de Le Pen et de figures liées à l’Algérie française, dont certains anciens de l’OAS comme Roger Holeindre. Un courant néofasciste, directement issu d’Ordre nouveau. Et un troisième ensemble, plus discret, composé de trajectoires issues de la Collaboration.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est ce dernier qui concentre aujourd’hui les éléments les plus sensibles. Pierre Bousquet, premier trésorier du FN pendant près de dix ans, a servi dans la division Charlemagne de la Waffen-SS. Léon Gaultier, également fondateur, a eu un parcours similaire, qu’il reconnaîtra publiquement. François Brigneau, vice-président dès 1972, est passé par le Parti populaire français avant de rejoindre la Milice.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces parcours ont été minutieusement reconstitués par des historiens comme Jean-Paul Gautier. Ils révèlent aussi un paradoxe durable : ces figures fondatrices ont longtemps été peu présentes dans le récit officiel du parti.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour l’historien Nicolas Lebourg, spécialiste des droites radicales, cette présence ne relève pas de l’anecdote. Elle s’inscrit dans une continuité plus large : celle du rôle joué par d’anciens collaborationnistes dans la recomposition de ces milieux après 1945.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces faits sont établis. Mais une autre question commence ici : comment les qualifier politiquement ?</p>



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<h3 class="wp-block-heading"><strong>Fasciste ou national-populiste ?</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Dès les années 1980, le politologue <strong>Pierre-André Taguieff</strong> propose une autre lecture : celle du <strong>national-populisme</strong>. Cette notion a profondément marqué les travaux sur l&rsquo;extrême droite française, même si elle n&rsquo;est pas employée par tous les chercheurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son point de départ est historique. Le fascisme est un phénomène situé, lié à l’Europe de l’entre-deux-guerres. Le transposer tel quel dans le présent conduit, selon lui, à des confusions plus qu’à des éclairages.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le national-populisme, à l’inverse, renvoie à une tradition politique plus ancienne, que l’on peut faire remonter au boulangisme : mobilisation du peuple contre les élites, critique du système représentatif, capacité à agréger des soutiens hétérogènes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ce terme ne vise pas à édulcorer le FN ou le RN</strong>, mais à les désigner de manière plus précise. Il est utilisé par des chercheurs aux positions critiques très diverses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour <strong>Michel Winock</strong>, l&rsquo;extrême droite française ne constitue pas un bloc homogène. Depuis plus d&rsquo;un siècle, elle s&rsquo;est transformée à plusieurs reprises : elle a été tour à tour royaliste, nationaliste, fasciste, pétainiste, poujadiste puis lepéniste. Ces différentes familles entretiennent des liens entre elles, mais elles ne sont pas pour autant identiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dire que plusieurs fondateurs du Front national étaient issus de courants néofascistes ou de la Collaboration correspond à des faits établis. En revanche, en déduire qu’il est aujourd’hui un parti fasciste constitue un saut d’interprétation que la majorité des spécialistes refusent.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Changement de fond ou de façade ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Un point fait largement consensus : <strong>la stratégie de « dédiabolisation » est réelle et documentée</strong>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Engagée dès les années 1980, elle devient centrale à partir de 2011 avec Marine Le Pen. En 2015, elle exclut son père après de nouveaux propos négationnistes. En 2018, le Front national devient le Rassemblement national. Le vocabulaire évolue, les références les plus controversées disparaissent du discours officiel.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le désaccord entre chercheurs porte sur l’interprétation de ces évolutions</strong>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une première lecture, appuyée notamment sur le livre collectif <em><strong>Les Faux-semblants du Front national</strong></em> dirigé par Sylvain Crépon, Alexandre Dézé et Nonna Mayer, met en évidence un décalage entre le discours du parti et certaines attitudes observées dans son électorat, notamment en matière de rejet de l’autre. Dans cette perspective, la transformation relèverait surtout de la communication du parti.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une seconde lecture insiste sur la rupture générationnelle. Les dirigeants actuels n’ont ni les parcours ni les réseaux des fondateurs. Ce renouvellement correspond aussi à une transformation réelle, même si son ampleur reste discutée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, plusieurs enquêtes journalistiques ont mis en évidence la persistance de liens entre l’entourage du parti et des milieux d’ultra-droite jusque dans les années récentes. Ces éléments ne suffisent pas à trancher, mais ils montrent que la question ne se réduit pas à une opposition simple.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Alors, le RN a-t-il changé, ou seulement changé d’apparence ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le monde de la recherche ne tranche pas, parce que les analyses ne portent pas toutes sur les mêmes objets&nbsp;: le discours, les dirigeants, les réseaux ou les électeurs. Ceux qui étudient le discours du parti décrivent une transformation réelle. Ceux qui s&rsquo;intéressent aux électeurs, aux réseaux ou aux cadres du mouvement mettent davantage en évidence des continuités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question serait peut-être, désormais : qu’est-ce qui, dans le RN actuel, prolonge cet héritage, et qu’est-ce qui a évolué ?</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">La vidéo datée de 2024 : <strong><a href="https://www.youtube.com/watch?v=wTl5Higte_E" target="_blank" rel="noopener" title="">Sur Instagram, Marianne James revendique et explique son opposition au RN</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pour aller plus loin</strong></p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Valérie Igounet, <em>Le Front national de 1972 à nos jours</em></li>



<li>Nicolas Lebourg, Joseph Beauregard, <em>Dans l’ombre des Le Pen</em></li>



<li>Sylvain Crépon, Alexandre Dézé, Nonna Mayer (dir.), <em>Les Faux-semblants du Front national</em></li>



<li>Pierre-André Taguieff, <em>L’illusion populiste</em></li>



<li>Michel Winock, <em>Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France</em></li>
</ul>



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			</item>
		<item>
		<title>Comment les entreprises et les États se financent sur les marchés – Financiarisation de l’économie #3</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/comment-les-entreprises-et-les-etats-se-financent-sur-les-marches-financiarisation-de-leconomie-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 05 Jul 2026 08:49:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la Une]]></category>
		<category><![CDATA[Dossier Financiarisation]]></category>
		<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=10203</guid>

					<description><![CDATA[<p>Obligations, actions, agences de notation : les rouages concrets Quand une entreprise veut se développer ou qu&#8217;un État doit financer ses dépenses, il lui faut trouver de l&#8217;argent. Pendant longtemps, le chemin le plus direct passait par une banque. Une &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/comment-les-entreprises-et-les-etats-se-financent-sur-les-marches-financiarisation-de-leconomie-3/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading has-virtue-primary-color has-text-color has-link-color wp-elements-14"><strong><em>Obligations, actions, agences de notation : les rouages concrets</em></strong></h2>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">Quand une entreprise veut se développer ou qu&rsquo;un État doit financer ses dépenses, il lui faut trouver de l&rsquo;argent. Pendant longtemps, le chemin le plus direct passait par une banque. Une entreprise présentait son projet, la banque évaluait le risque et accordait — ou refusait — un crédit. Un État faisait de même, ou demandait directement <strong>à sa banque centrale</strong> d&rsquo;avancer les fonds nécessaires. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce modèle existe toujours. Mais depuis les années 1980, un autre circuit s&rsquo;est imposé comme la norme : <strong>les marchés financiers</strong>. Aujourd&rsquo;hui, les entreprises d&rsquo;une certaine taille — celles qui ont dépassé le stade de la PME locale et cherchent des capitaux importants — et la quasi-totalité des États occidentaux se financent en passant par ces marchés. Concrètement, cela signifie <strong>vendre des titres financiers à des milliers d&rsquo;investisseurs dispersés à travers le monde</strong>, sans relation directe avec aucun d&rsquo;entre eux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ce mécanisme que je voudrais qu&rsquo;on explore ensemble dans ce texte. Parce que ce basculement n&rsquo;a rien d&rsquo;une évolution technique neutre. Il a redistribué le pouvoir — et pas au profit des emprunteurs États et entreprises.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Un marché financier, c&rsquo;est quoi au juste ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">On entend parler des marchés financiers tous les jours. Dans les journaux, à la radio, dans les discours politiques. Pourtant, si l&rsquo;on nous demande de décrire concrètement ce qu&rsquo;est un marché financier, peu d&rsquo;entre nous savent quoi répondre. Nous nous représentons tout au plus des professionnels concentrés devant des écrans qui clignotent, ou une salle de bourse remplie de gens qui s&rsquo;agitent et crient&nbsp;; comme le cinéma d&rsquo;une certaine époque aimait le mettre en scène.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En réalité, un marché financier, c&rsquo;est d&rsquo;abord un lieu d&rsquo;échange — aujourd&rsquo;hui quasi exclusivement numérique — où des acheteurs et des vendeurs se rencontrent pour échanger des <strong>titres financiers</strong>. Un titre financier, c&rsquo;est un document qui représente soit une part de propriété dans une entreprise, soit une reconnaissance de dette. Dans le premier cas, on parle d&rsquo;une action. Dans le second, d&rsquo;une obligation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lors de leur émission, un prix et un taux d&rsquo;intérêt sont fixés. Mais une fois les titres en circulation, leur valeur évolue en permanence selon l&rsquo;offre et la demande sur les marchés. Si beaucoup d&rsquo;investisseurs veulent acheter les obligations d&rsquo;un État, leur prix monte et le taux d&rsquo;intérêt que cet État doit payer baisse. Si au contraire les investisseurs s&rsquo;en méfient, ils exigent un taux plus élevé pour compenser le risque qu&rsquo;ils estiment prendre. C&rsquo;est aussi simple — et aussi brutal — que ça.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui sont ces acheteurs et ces vendeurs ? Pas principalement des particuliers, contrairement à ce qu&rsquo;on pourrait imaginer. Les acteurs dominants des marchés financiers sont des institutions : des banques, des compagnies d&rsquo;assurance, des fonds de pension, des fonds d&rsquo;investissement. Ce sont eux qui concentrent l&rsquo;essentiel des capitaux en circulation et qui influencent les prix des actions et des obligations par leurs décisions d&rsquo;achat ou de vente.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Comment un État se finance sans passer par sa banque</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Jusqu&rsquo;aux années 1970, l&rsquo;État français pouvait recourir plus largement à <strong>des avances de la Banque de France</strong> pour financer une partie de ses besoins. Ce mécanisme, qu&rsquo;on appelle <strong>le financement monétaire</strong>, permettait de couvrir certaines dépenses publiques sans passer exclusivement par les investisseurs privés. Il avait ses défauts — notamment <strong>un risque inflationniste</strong> réel si on en abusait. Mais il avait une qualité essentielle : l&rsquo;État restait maître de ses conditions de financement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette possibilité a été progressivement encadrée puis fortement limitée. En France, <strong>la loi de 1973</strong> a modifié les relations entre l&rsquo;État et la Banque de France. Puis le traité de Maastricht de 1992 a inscrit dans les règles européennes l&rsquo;interdiction pour les banques centrales de financer directement les États membres. L&rsquo;objectif affiché était d&rsquo;éviter que les gouvernements puissent financer trop facilement leurs dépenses par création monétaire, ce qui, selon les partisans de cette règle, risquait d&rsquo;alimenter l&rsquo;inflation. C&rsquo;est un choix politique, débattu et voté — même si cette question reste relativement peu discutée dans le débat public.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis lors, quand un État a besoin d&rsquo;argent — pour financer ses hôpitaux, ses infrastructures, ses écoles etc., ou simplement rembourser ses dettes antérieures — il emprunte sur les marchés financiers. Concrètement, il émet des titres de dette qu&rsquo;on appelle <strong>des obligations souveraines</strong>. En France, ces titres s&rsquo;appellent des Obligations assimilables du Trésor, ou OAT. Le principe est partout le même : l&rsquo;État promet ainsi de rembourser une somme donnée à une date donnée, en versant entre-temps des intérêts réguliers à celui qui détient le titre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces obligations sont achetées lors d&rsquo;adjudications organisées par le Trésor public — en France, c&rsquo;est l&rsquo;Agence France Trésor qui s&rsquo;en charge. Les acheteurs sont quasi exclusivement des investisseurs institutionnels : banques, fonds d&rsquo;investissement, compagnies d&rsquo;assurance, fonds de pension étrangers. Un particulier peut techniquement acheter des OAT, mais en pratique ce marché-là ne le concerne pas directement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui se joue à ce moment-là est décisif. <strong>Le taux d&rsquo;intérêt </strong>que l&rsquo;État devra payer n&rsquo;est pas fixé par lui. Il résulte de ce que les investisseurs estiment être le risque de lui prêter de l&rsquo;argent. Si cette perception est favorable, le taux est bas et l&#8217;emprunt coûte peu. Si elle se dégrade — parce que la dette publique est jugée trop élevée, parce qu&rsquo;une crise politique inquiète les marchés, ou simplement parce qu&rsquo;un mouvement de panique s&rsquo;enclenche — le taux monte, parfois très vite et très fort.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On a pu le mesurer concrètement lors de <strong>la crise des dettes souveraines européennes</strong> entre 2010 et 2012. La Grèce, l&rsquo;Italie et l&rsquo;Espagne ont vu le coût de leur emprunt s&rsquo;envoler en quelques semaines. Leurs difficultés économiques étaient réelles, mais la crise a également été amplifiée par un brusque changement de perception du risque chez les investisseurs, qui ont exigé des taux d&rsquo;intérêt de plus en plus élevés. <strong>La Banque centrale européenne,</strong> la BCE, est finalement intervenue en rachetant des obligations sur les marchés secondaires — c&rsquo;est-à-dire auprès d&rsquo;investisseurs qui les détenaient déjà, et non directement auprès des États. Une distinction technique qui a des implications politiques considérables : la BCE ne finance pas les États, elle stabilise les marchés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qu&rsquo;il faut retenir de tout cela, c&rsquo;est que la dépendance actuelle des États aux marchés financiers n&rsquo;est pas une fatalité économique. Elle résulte de décisions institutionnelles prises sur plusieurs décennies, qui ont donné aux investisseurs privés un rôle croissant dans la détermination du coût auquel les États peuvent emprunter.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">L&rsquo;entreprise qui ouvre son capital ou s&rsquo;endette sur les marchés</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Une entreprise qui a besoin de financement a, schématiquement, trois options. Elle peut emprunter à une banque. Elle peut emprunter directement sur les marchés en émettant des obligations. Ou elle peut vendre une partie de son capital à des investisseurs en émettant des actions. Les deux dernières options passent par les marchés financiers. Ce sont celles qui nous intéressent ici.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais d&rsquo;abord, une précision utile. Toutes les entreprises ne sont pas concernées de la même façon. La boulangerie du quartier, le cabinet d&rsquo;architectes, l&rsquo;entreprise de cent salariés qui fabrique des pièces mécaniques dans la banlieue de Lyon ; aucune d&rsquo;elles ne se finance sur les marchés financiers. Elles passent par des banques, par des fonds propres, parfois par des dispositifs publics comme la Banque publique d&rsquo;investissement, la BPI. Les marchés financiers concernent les grandes entreprises, celles dont la taille et les besoins en capitaux dépassent ce que le circuit bancaire classique peut absorber.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Émettre des obligations : le circuit le plus utilisé</h4>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est aujourd&rsquo;hui le principal canal de financement de marché pour les grandes entreprises. Bien moins visible que la Bourse, <strong>le marché obligataire</strong> représente pourtant des volumes considérables.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un exemple de ce mécanisme. Une entreprise a besoin de 500 millions d&rsquo;euros. Plutôt que de négocier ce montant avec une ou plusieurs banques, <strong>elle émet des obligations</strong>, c&rsquo;est à dire, des titres de dette qu&rsquo;elle vend à des centaines d&rsquo;investisseurs institutionnels. Elle s&rsquo;engage à rembourser le capital à une date fixée à l&rsquo;avance, et à verser entre-temps des intérêts réguliers aux détenteurs de ces titres. Ces intérêts, qu&rsquo;on appelle <strong>le coupon</strong>, constituent la rémunération de l&rsquo;investisseur. Comme les actions, ces obligations peuvent être revendues avant leur échéance sur les marchés financiers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;avantage pour l&rsquo;entreprise est double. Elle emprunte souvent à des conditions plus favorables que ce qu&rsquo;une banque lui proposerait pour des montants équivalents. Et elle ne modifie pas la répartition du capital : les actionnaires existants conservent les mêmes droits de propriété et de vote. L&rsquo;avantage pour l&rsquo;investisseur, c&rsquo;est <strong>un rendement généralement supérieur à celui des obligations d&rsquo;État, en échange d&rsquo;un risque plus élevé</strong>. Une entreprise peut faire faillite ; un État, beaucoup plus rarement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais le taux d&rsquo;intérêt que l&rsquo;entreprise devra payer n&rsquo;est pas fixé par elle. Il dépend de la façon dont les investisseurs évaluent sa solidité financière, et donc de l&rsquo;opinion que des acteurs extérieurs portent sur elle. Nous y revenons dans la section suivante.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Émettre des actions : ouvrir le capital</h4>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;émission d&rsquo;actions est un événement autrement plus rare dans la vie d&rsquo;une entreprise. Quand elle décide pour la première fois de vendre des parts de son capital au public, on parle d&rsquo;introduction en bourse, ou IPO — de l&rsquo;anglais Initial Public Offering. Avant cette introduction, l&rsquo;entreprise appartient à ses fondateurs, à quelques investisseurs privés, parfois à des fonds de capital-risque. Après, <strong>elle appartient à des milliers d&rsquo;actionnaires anonymes</strong> qui peuvent acheter et revendre leurs parts à tout moment.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que cela change concrètement, c&rsquo;est <strong>la nature du pouvoir au sein de l&rsquo;entreprise</strong>. Un actionnaire n&rsquo;est pas un créancier. Il ne prête pas de l&rsquo;argent, il achète <strong>une part de propriété</strong>. Il a donc des droits : droit de vote aux assemblées générales, droit à une part des bénéfices sous forme de dividendes, droit à l&rsquo;information sur la situation financière de l&rsquo;entreprise. Et surtout, il peut revendre ses actions quand il le souhaite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette liberté de sortir à tout moment est précisément ce qui rend les marchés boursiers attractifs pour les investisseurs. Mais elle crée <strong>une pression permanente sur les dirigeants</strong>. Un actionnaire mécontent ne négocie pas ; il vend. Et si beaucoup d&rsquo;actionnaires vendent en même temps, le cours de l&rsquo;action chute, ce qui fragilise l&rsquo;entreprise et expose ses dirigeants à des critiques, voire à des tentatives de rachat hostile. Cette menace implicite pèse en permanence sur les décisions de gestion ; nous y reviendrons dans un prochain texte de cette série.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Derrière les marchés, des acteurs qui pèsent lourd</h3>



<p class="wp-block-paragraph">On parle souvent des marchés financiers comme s&rsquo;ils étaient une entité abstraite, dotée d&rsquo;une volonté propre. « Les marchés ont sanctionné », « les marchés ont salué », « les marchés s&rsquo;inquiètent », « les marchés s&#8217;emballent ». Mais, ces formules masquent une réalité bien plus concrète. Derrière les marchés, il y a des acteurs identifiables, avec des intérêts précis, et un pouvoir considérable.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Les agences de notation : des arbitres privés sans mandat public</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Quand un État ou une grande entreprise veut emprunter sur les marchés, il doit d&rsquo;abord obtenir une note qui évalue sa capacité à rembourser ses dettes. Cette note est attribuée par des agences de notation privées. Les trois dominantes sont américaines : Moody&rsquo;s, Standard &amp; Poor&rsquo;s et Fitch. Ensemble, elles contrôlent l&rsquo;essentiel du marché mondial de la notation financière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le principe est le suivant : plus la note est élevée, plus l&#8217;emprunteur est jugé fiable, et plus il empruntera à un taux bas. Une dégradation de note — même d&rsquo;un seul cran — peut au contraire faire grimper significativement<strong> le coût d&#8217;emprunt d&rsquo;un État ou d&rsquo;une entreprise</strong>, parfois du jour au lendemain. Ce mécanisme a des effets très concrets sur des décisions qui nous concerne tous : un État dont le coût d&#8217;emprunt augmente est un État qui doit choisir entre couper des dépenses publiques ou payer plus cher sa dette.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui mérite qu&rsquo;on s&rsquo;y arrête, c&rsquo;est le statut de ces agences. <strong>Elles sont privées, non élues, et ne rendent de comptes à personne d&rsquo;autre qu&rsquo;à leurs actionnaires</strong>. Leur notation conditionne pourtant les budgets de pays entiers. La crise financière de 2008 a révélé leurs limites de façon éclatante. Les mêmes agences qui avaient attribué les meilleures notes à des produits financiers toxiques ont dû les dégrader précipitamment quand le système s&rsquo;est effondré. Leur crédibilité en a pris un coup ; leur pouvoir, beaucoup moins…malheureusement.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Les grands fonds d’investissements : quand trois entreprises détiennent une part de tout</h4>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;autre catégorie d&rsquo;acteurs qu&rsquo;il faut avoir en tête, ce sont <strong>les gestionnaires d&rsquo;actifs</strong> ; autrement dit les sociétés qui gèrent l&rsquo;épargne de millions de particuliers, directement ou indirectement à travers des contrats d&rsquo;assurance-vie, des fonds de pension ou d&rsquo;autres placements financiers. Les plus importants sont BlackRock, Vanguard et State Street. À eux trois, ils gèrent des sommes colossales, <strong>supérieures au produit intérieur brut de la plupart des pays</strong>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Leur puissance ne vient pas du contrôle direct d’entreprises, mais du fait qu’ils sont présents partout à la fois. Ils détiennent des parts dans des milliers d’entreprises cotées en Bourse, dans tous les secteurs. Par exemple, BlackRock est l’un des principaux actionnaires de nombreuses grandes entreprises, qu’il s’agisse de banques, de groupes pharmaceutiques, d’entreprises énergétiques ou de géants du numérique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela s’explique en grande partie par leur stratégie d’investissement. Une grande partie de l’argent qu’ils gèrent est investie dans des fonds qui achètent automatiquement des actions de toutes les grandes entreprises d’un indice, comme le CAC 40 ou le S&amp;P 500. Autrement dit, au lieu de choisir entreprise par entreprise, ils investissent un peu dans toutes celles qui comptent en Bourse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les conséquences de cette concentration sont encore en débat. Mais une chose est certaine : BlackRock ne dirige pas directement les entreprises dont il détient des actions. Mais sa taille lui confère <strong>une influence considérable</strong>. Lorsqu&rsquo;il prend position sur certaines orientations stratégiques ou financières, les dirigeants savent qu&rsquo;ils ne peuvent pas facilement faire abstraction de son avis.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Les banques centrales : du contrôle des taux à l’action sur les marchés</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Les banques centrales — la BCE en Europe, la Réserve fédérale aux États-Unis — jouent un rôle qui a profondément évolué depuis la crise de 2008. À l’origine, leur mission principale consistait surtout à <strong>maîtriser l’inflation</strong> en fixant les taux d’intérêt directeurs. Depuis, elles interviennent beaucoup plus fortement sur les marchés financiers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À partir de la crise financière de 2008, elles ont mis en œuvre ce qu’on appelle des <strong>politiques d’assouplissement quantitatif</strong>, ou <em><strong>quantitative easing</strong></em> (QE). Elles ont alors racheté massivement des obligations d’État et, selon les pays, des obligations d’entreprises sur les marchés financiers, c’est-à-dire sur le marché secondaire, par opposition au marché primaire où les titres sont émis pour la première fois. L’objectif était de<strong> faire baisser les taux d’intérêt </strong>pour faciliter l’emprunt des entreprises, des ménages et des États, et soutenir ainsi l’activité économique. L’un des effets de ces interventions a été de faire monter la valeur de nombreux actifs financiers — actions, obligations et, plus indirectement, immobilier — au bénéfice de ceux qui en détenaient déjà.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette évolution montre que les marchés financiers ne sont pas de simples espaces livrés à la seule offre et à la demande. Ils sont aussi fortement influencés par des institutions publiques et privées de grande puissance, qui orientent les prix et les conditions de financement des États et des entreprises.</p>



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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quand le financement devient un rapport de force</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que nous venons de parcourir dans ce texte, c&rsquo;est la mécanique de base des marchés financiers : comment ils fonctionnent, qui y accède, et qui y exerce un pouvoir réel. Les entreprises d&rsquo;une certaine taille et les États y trouvent des financements ; les banques, compagnies d&rsquo;assurance, fonds d&rsquo;investissement et fonds de pension qui dominent aujourd&rsquo;hui les marchés financiers, les agences de notation et les banques centrales en fixent les conditions. Ce n&rsquo;est pas un système neutre. C&rsquo;est un système organisé, avec ses règles, ses acteurs dominants, et ses déséquilibres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais jusqu&rsquo;ici, nous avons décrit les marchés financiers dans leur fonction première : financer l&rsquo;économie. Prêter de l&rsquo;argent à ceux qui en ont besoin, en échange d&rsquo;une rémunération. Une logique somme toute compréhensible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui est plus difficile à saisir — et que nous allons explorer dans le prochain texte de cette série — c&rsquo;est le moment où les marchés financiers cessent de remplir cette fonction. Où les titres qui s&rsquo;échangent ne représentent plus des entreprises réelles, des projets concrets, des dettes identifiables. Où ce qui se négocie n&rsquo;est plus seulement un actif réel, mais l&rsquo;idée que l&rsquo;on se fait de son prix futur — puis l&rsquo;idée que les autres investisseurs s&rsquo;en feront eux-mêmes. </p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle <strong>la spéculation</strong> ; c&rsquo;est là que naissent les bulles, et c&rsquo;est là que se préparent les krachs. Avec, à chaque fois, des conséquences très concrètes pour des millions de personnes ou d&rsquo;organisations qui ne possèdent pas une seule action&#8230;</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Crédit photo&nbsp;: <a href="https://www.pexels.com/fr-fr/@georgemorina/" title="">George Morina. Pexels.</a></p>



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