Dans un précédent article, j’expliquais pourquoi il n’est pas pertinent – et même dangereux – d’engager des économies modestes dans les crypto-monnaies, les NFT ou le trading. Mais faut-il pour autant tout rejeter en bloc ? Si une large part de l’univers crypto tourne autour de la spéculation, certains projets cherchent à répondre à des problèmes réels, parfois de façon ingénieuse.
Voici un tour d’horizon de quelques usages intéressants ou prometteurs, loin des discours d’enrichissement rapide pour pigeons cupides.
Des monnaies stables dans des pays instables
Dans certains pays en crise (Liban, Argentine, Zimbabwe…), l’inflation détruit la monnaie locale. Les gens perdent confiance dans leurs banques et n’ont parfois aucun accès aux devises étrangères.
Les « stablecoins », comme l’USDC ou le DAI, sont des crypto-monnaies adossées au dollar, dont la valeur reste stable. Ils permettent à des citoyens ordinaires :
– de protéger la valeur de leur argent,
– de recevoir des fonds depuis l’étranger,
– de contourner les contrôles bancaires abusifs.
Ce n’est pas un miracle, mais c’est parfois le seul outil fonctionnel.
Des transferts internationaux rapides et presque gratuits
Les travailleurs migrants envoient des milliards chaque année à leur famille. Mais les intermédiaires classiques (Western Union, banques) prennent souvent des frais élevés, avec des délais de plusieurs jours.
Certains projets crypto (comme Stellar ou le réseau Lightning de Bitcoin) permettent :
– des transferts quasi-instantanés,
– avec des frais très faibles,
– même vers des zones peu bancarisées.
Cela peut représenter un gain réel pour des millions de familles.
Une certification numérique infalsifiable
L’un des intérêts techniques de la blockchain, c’est qu’elle peut enregistrer une preuve horodatée, accessible et vérifiable par tous, sans tiers de confiance.
Cela peut servir à :
– authentifier un diplôme,
– garantir l’origine d’un produit,
– protéger un document ou un acte juridique contre la falsification.
Dans ce cas, la blockchain est un outil d’archivage public, transparent et sécurisé. On en trouve des exemples dans certains projets basés sur Ethereum ou Tezos.
Des monnaies locales numériques
Des communautés expérimentent des systèmes de monnaies numériques locales, pour :
– renforcer les échanges de proximité,
– stimuler l’économie circulaire,
– favoriser l’autonomie monétaire locale.
Certains projets comme Celo cherchent à développer cette approche, notamment en Afrique ou en Amérique latine.
Conclusion. Oui, des usages intéressants existent — mais ce ne sont pas des placements !
Il est important de distinguer :
– d’un côté, la spéculation individuelle sur les cryptos,
– de l’autre, les usages collectifs potentiels que certaines technologies permettent.
Les premiers enrichissent les plus malins (ou les premiers arrivés). Les seconds cherchent, parfois avec sincérité, à résoudre des problèmes de terrain.
Je reste très critique sur le secteur dans son ensemble. Mais je reconnais que certains projets méritent d’être suivis — non pas pour s’enrichir, mais pour penser autrement certains usages sociaux ou économiques.
Crédit photo : Coocoandwifi Pixabay.
