Une impression de chaos… mais une logique intrinsèque
Depuis plusieurs semaines, les informations donnent l’impression que « ça frappe de partout » dans les pays du Golfe. Missiles, drones, attaques maritimes : l’ensemble paraît confus et difficile à suivre. Pourtant, la situation n’est pas un chaos désorganisé. Ce que l’on observe correspond à une guerre régionale structurée, avec des causes anciennes et des objectifs précis. Pour comprendre ce qui se passe, il faut donc revenir un peu en arrière et replacer les événements dans un cadre plus large.
D’où vient ce conflit ? Une rivalité ancienne
Pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter à 1979, au moment de la Révolution iranienne. À cette époque, l’Iran devient une république islamique chiite qui rompt brutalement avec l’influence occidentale et refuse de reconnaître l’État d’Israël, perçu comme un relais de la puissance américaine dans la région. De leur côté, les monarchies du Golfe, comme l’Arabie saoudite ou les Émirats, restent proches de Washington et sont majoritairement sunnites.
Cette différence politique, religieuse et stratégique installe une rivalité durable. Quelques mois plus tard, la guerre Iran-Irak (1980-1988) enfonce le clou : pendant huit ans, l’Iran combat un voisin soutenu par les puissances occidentales et les monarchies du Golfe. Ce conflit forge une culture militaire spécifique — celle de la résistance par les réseaux et les milices — qui structure encore aujourd’hui la manière dont Téhéran projette son influence dans la région.
Pendant des décennies, cette opposition ne donne pas lieu à une guerre directe, mais elle alimente de nombreuses tensions et conflits indirects.
Pourquoi la situation a explosé en 2026
Les tensions entre l’Iran et ses adversaires ne datent pas de 2026 — elles s’accumulent depuis des années, par frappes interposées et escalades successives. Mais en février 2026, un seuil est franchi : les États-Unis et Israël lancent des frappes directes contre l’Iran, ciblant ses capacités militaires et son programme nucléaire. L’ampleur de l’opération est sans précédent : des dizaines de sites frappés simultanément, une riposte iranienne immédiate et massive.
L’Iran répond par des attaques de missiles et de drones — non seulement vers Israël, mais aussi vers les bases américaines installées dans les pays du Golfe. On passe alors d’une guerre de l’ombre à une confrontation ouverte, dont les effets se font sentir dans toute la région.
Pourquoi l’Iran attaque aussi les pays du Golfe
Le fait que l’Iran vise des pays du Golfe peut sembler surprenant au premier abord, mais cela répond à une logique claire. Plusieurs de ces pays accueillent des bases militaires américaines ou coopèrent étroitement avec les États-Unis. Pour l’Iran, ces territoires peuvent servir de point de départ à des opérations militaires contre lui — ils deviennent donc des cibles.
Par ailleurs, les pays du Golfe occupent une place centrale dans la production et l’exportation de pétrole et de gaz. En visant leurs infrastructures énergétiques, l’Iran perturbe les marchés mondiaux et exerce une pression économique sur ses adversaires — augmentant ainsi le coût global du conflit.
Le point stratégique des routes maritimes
Un élément essentiel pour comprendre la portée de ce conflit : le détroit d’Ormuz. Ce passage étroit entre l’Iran et la péninsule arabique est l’un des points de transit les plus critiques au monde — environ 20 % du pétrole mondial y circule chaque jour.
Quand cette route est menacée, ce n’est pas seulement le Moyen-Orient qui est touché. Les prix du carburant augmentent, les chaînes d’approvisionnement se grippent, les économies vacillent — y compris celles de pays qui n’ont aucune part dans ce conflit. C’est ce qui fait d’Ormuz un enjeu mondial autant que régional.
Les pays du Golfe : victimes mais prudents
Les pays du Golfe se trouvent dans une position particulièrement délicate. Ils sont directement exposés aux attaques ou aux menaces, tout en cherchant à éviter une escalade qui pourrait déboucher sur une guerre totale avec l’Iran.
Leur stratégie : se défendre, protéger leurs infrastructures, maintenir leurs activités économiques, sans franchir le seuil qui les entraînerait dans une confrontation directe avec Téhéran.
Ce qui se passe dans le Golfe depuis février 2026 n’est pas un chaos soudain ; c’est l’aboutissement d’une fracture ancienne : l’Iran face au bloc américano-israélien, avec les pays du Golfe pris en étau. Comprendre cette logique, c’est se donner les moyens de lire l’actualité sans se laisser noyer par l’accumulation des événements.
Pour aller plus loin
- Caroline Piquet, Les pays du Golfe. De la perle à l’économie de la connaissance, Armand Colin, 2013 — histoire longue des États du Golfe, de leurs origines à leurs enjeux contemporains.
- Bernard Hourcade, Géopolitique de l’Iran. Les défis d’une renaissance, Armand Colin, 2016 — analyse de référence sur la géopolitique iranienne, ses logiques internes et sa politique étrangère.
- Camille Alexandre, Le régime iranien à livre ouvert, Odile Jacob, 2025 — démystification du fonctionnement réel de la République islamique, accessible au grand public.
Porte-avions USA. Crédit photo Wikipédia vidéo.
