Paula White Cain Crédit photo : Gage Skidmore. Wikimédia.

Paula White, conseillère spirituelle de Trump


Il y a peu, j’ai visionné une vidéo publiée par la chaîne YouTube du journal l’Humanité, intitulée : « Qui est Paula White, la conseillère spirituelle de Donald Trump, connue notamment pour des scènes hallucinantes de prières collectives ? ».

Devant ce mélange détonant, entre foi, argent, pouvoir, spectacle, je me suis dit : creuse un peu avant de crier à l’imposture. Voici donc ce que j’ai essayé de faire.


Qui est Paula White ?

Paula White est une pasteure évangélique américaine, figure du courant pentecôtiste charismatique. Elle se fait connaître dans les années 2000 grâce à ses prédications télévisées, depuis sa megachurch de Floride — ces églises géantes qui peuvent rassembler des dizaines de milliers de fidèles.

Sa trajectoire prend une tout autre dimension lorsqu’elle croise Donald Trump. La rencontre date de 2002 : Trump tombe sur l’un de ses sermons à la télévision depuis son complexe de Mar-a-Lago, et la contacte. Elle devient sa conseillère spirituelle, l’accompagne lors de ses campagnes, prie lors de son investiture en 2017. En février 2025, Trump la nomme à la tête du White House Faith Office — le bureau de la Maison-Blanche chargé des relations avec les groupes religieux.

Paula White n’est donc pas une figure périphérique. Elle est, depuis plus de vingt ans, au cœur d’une alliance entre évangélisme et pouvoir politique.


La théologie de la prospérité

Pour comprendre Paula White, il faut comprendre la doctrine qu’elle incarne : la théologie de la prospérité.

L’idée centrale est simple : la foi se mesure à ses résultats concrets. Si vous croyez vraiment, Dieu vous récompense. La richesse devient un signe de bénédiction divine. La pauvreté, à l’inverse, un problème spirituel à corriger.

Ce raisonnement a une conséquence directe sur la pratique religieuse : donner de l’argent devient un acte de foi. Et plus on donne, plus on peut espérer recevoir. Paula White pousse cette logique très loin. En mars 2025, elle propose à ses fidèles « sept bénédictions surnaturelles » — dont l’assignation d’un ange personnel — pour un don de 1 000 dollars. Dans une autre vidéo, elle demande précisément 1 144 dollars, en expliquant que Dieu lui a personnellement indiqué ce chiffre. Le don inclut un carré de tissu prié, censé faire des « miracles spéciaux ». (The Guardian, avril 2025)

Ce type de pratique est souvent présenté comme une aberration. Mais il s’inscrit en réalité dans une logique cohérente : si la richesse est une bénédiction, alors investir dans sa foi — comme on investit dans les cryptomonnaies — devient parfaitement rationnel. Le risque est accepté parce que la promesse de retour sur investissement est immense.


Pourquoi ça marche

La première explication est psychologique. Dans un monde incertain, ce type de message offre quelque chose de rare : des réponses simples et des actions concrètes. Croire, donner, prier — et attendre la bénédiction. La mécanique est claire, accessible, immédiate.

La deuxième explication est sociale. Comme je l’expliquais dans le texte Pourquoi la religion est-elle si puissante aux États-Unis ?, les filets de protection sont moins développés qu’en Europe. Beaucoup de personnes font face aux difficultés sans grand soutien institutionnel. Dans ce contexte, une église qui offre un réseau, un sentiment d’appartenance, et surtout de l’espoir, répond à un besoin réel.

La troisième explication est collective. Les rassemblements de Paula White ne sont pas des conférences. Ce sont des expériences. La musique, l’énergie, les corps qui bougent, les émotions qui circulent — tout cela crée un lien puissant entre les participants, et entre chacun d’eux et le message. Émile Durkheim avait montré que la religion joue un rôle fondamental de cohésion sociale : elle rassemble, elle soude, elle renforce l’adhésion. Les scènes qui nous semblent « hallucinantes » vues de l’extérieur ont une logique très précise vue de l’intérieur.

Enfin, il y a le charisme du leader. Paula White est une communicante redoutable — rythme, intensité, précision du geste. Elle ne parle pas, elle performe. Et dans un environnement religieux très concurrentiel, comme nous l’avons vu dans le premier article, ce talent fait toute la différence.


Pourquoi ça dérange… y compris chez les croyants

La réaction de certains observateurs extérieurs — européens, français, laïcs — est prévisible : le mélange foi-argent-spectacle choque. Mais ce qui est plus surprenant, c’est que les critiques les plus virulentes viennent souvent de l’intérieur du monde chrétien lui-même.

Le théologien baptiste Russell D. Moore a déclaré que Paula White est « une hérétique reconnue comme telle par tout chrétien orthodoxe, quelle que soit sa confession. » En 2013, un rappeur chrétien lui consacre un titre sans ambiguïté : Fal$e Teacher$. En février 2025, lorsque Trump la nomme à la tête du White House Faith Office, des voix conservatrices et évangéliques s’élèvent immédiatement contre cette décision.

Ce qui dérange, au fond, c’est une question de cohérence. Pour beaucoup de croyants, le message du christianisme repose sur l’humilité, le dépouillement, la solidarité. La théologie de la prospérité inverse exactement ces valeurs : elle glorifie la richesse, elle monnaye la bénédiction, elle place le leader au centre.

Il y a aussi la question financière. Entre 2004 et 2007, le ministère de Paula White a fait l’objet d’une enquête du Sénat américain sur les pratiques financières de plusieurs télévangélistes. L’enquête n’a pas abouti à des poursuites, mais elle a mis en lumière des éléments troublants : plusieurs millions de dollars versés à des membres de sa famille, une rémunération annuelle de 5 millions de dollars, un appartement au Trump Tower à New York.


Paula White n’est donc pas une anomalie dans le paysage US. Elle ne fait qu’incarner les valeurs américaines de concurrence et de glorification de la réussite individuelle avec une terrible efficacité.


Quelques références :

The Guardian, avril 2025. ‘False teacher’ : Trump’s pick to head the ‘White House faith office’ roils some fellow Christians. Article qui documente la nomination de Paula White à la tête du White House Faith Office, les pratiques de collecte de fonds — dont les « sept bénédictions surnaturelles » à 1 000 dollars — et les réactions dans le monde chrétien américain.


TIME, janvier 2020. Trump Spiritual Advisor Calls for Miscarriage of ‘Satanic Pregnancies’. Couverture de la polémique déclenchée par la prière de Paula White lors d’un sermon du 5 janvier 2020 en Floride, et des réactions qu’elle a suscitées.


The Washington Post, janvier 2017. Source de la déclaration du théologien baptiste Russell D. Moore qualifiant Paula White d' »hérétique reconnue comme telle par tout chrétien orthodoxe, quelle que soit sa confession. »


Sénat américain, 2007. Enquête de la commission des finances du Sénat, conduite par le sénateur Chuck Grassley, sur les pratiques financières de plusieurs ministères télévangélistes, dont celui de Paula White. L’enquête n’a pas abouti à des poursuites pénales, mais a mis en lumière des questions de transparence financière.