Libéralisme, ultralibéralisme, ordo-libéralisme, néolibéralisme et illibéralisme
Si vous souhaitez vous remémorer les principaux concepts qui tournent autour de la liberté dans le domaine économique, voici un petit tour d’horizon à travers le libéralisme, l’ultralibéralisme, l’ordo-libéralisme, le néolibéralisme et même l’illibéralisme.
Je vous explique ce que chaque courant défend, et aussi pourquoi il est né, quels penseurs l’ont inspiré et quelles critiques il a suscitées. Les termes se ressemblent, mais ils posent une question essentielle : faut-il laisser faire le marché, et jusqu’où l’État doit-il intervenir ?
Le libéralisme classique naît au XVIIIᵉ siècle en réaction à des États très interventionnistes. À l’époque, les monarchies contrôlent fortement l’économie : elles imposent des taxes imprévisibles, réservent certains métiers à des corporations et accordent des privilèges à la noblesse. Cette organisation freine la concurrence et limite l’initiative.
Dans ce contexte, Adam Smith défend l’idée qu’il faut laisser les individus produire, échanger et fixer les prix librement. Selon lui, le marché peut s’équilibrer de lui-même. L’État doit alors se concentrer sur des fonctions essentielles comme la sécurité et le respect des règles, sans intervenir directement dans l’économie. Cette vision sera toutefois critiquée, notamment au XIXe par Karl Marx, qui y voit une source d’inégalités et d’exploitation.
Au XXᵉ siècle, certains estiment que l’État a repris trop de place. C’est dans ce contexte que se développe l‘ultralibéralisme. Des économistes comme Milton Friedman défendent une réduction maximale de l’intervention publique. L’idée est simple : plus le marché est libre, plus il est efficace. Cela se traduit concrètement par des privatisations et une dérégulation, notamment aux États-Unis dans les années 1980.
Les critiques de l’ultralibéralisme, comme Joseph Stiglitz (prix Nobel d’économie), soulignent que cette absence de règles peut entraîner des crises financières à répétition, une concentration excessive de richesses et un recul des protections sociales.
En Allemagne, après la Seconde Guerre mondiale, une autre voie apparaît avec l’ordo-libéralisme. Le souvenir des crises des années 1920 et 1930 — inflation massive, chômage, désordre économique — pousse certains penseurs, comme Walter Eucken, à chercher un équilibre. Pour eux, le marché est utile, mais il ne peut fonctionner correctement sans règles. L’État doit donc encadrer l’économie, garantir une concurrence loyale et éviter les abus
Certains critiques jugent ce cou trop rigide ou peu soucieux des besoins sociaux, arguant que des règles trop strictes peuvent freiner l’innovation et rendre l’État incapable de répondre aux crises conjoncturelles — un reproche que les keynésiens, partisans d’une intervention publique souple et adaptable, ont souvent formulé.
Le néolibéralisme, dans les années 1980, émerge pour répondre à une économie en stagnation, marquée par inflation élevée, chômage et poids croissant de l’État-providence. Ronald Reagan aux États-Unis et Margaret Thatcher au Royaume-Uni appliquent des politiques combinant liberté des marchés et intervention limitée de l’État : dérégulation financière, transfert au secteur privé d’entreprises publiques et baisse des impôts. Notons que si leurs partisans leur attribuent un rôle dans le dynamisme économique des années 1990, ces politiques ont surtout laissé des traces durables : inégalités creusées, protections collectives affaiblies et instabilité financière culminant dans la crise de 2008.
Thomas Piketty, dont les travaux mesurent l’explosion des inégalités sur le long terme, et Pierre Bourdieu, qui dénonçait le néolibéralisme comme destruction méthodique des protections collectives, en ont fourni les analyses critiques les plus marquantes.
L‘illibéralisme, quant à lui, n’est pas une doctrine économique mais un concept politique. Il désigne des régimes où l’État limite les libertés individuelles et affaiblit les contre-pouvoirs, tout en maintenant certaines structures propres à la démocratie, comme des élections. Viktor Orbán en Hongrie est l’exemple le plus cité.Il revendique lui-même un « État illibéral ».
Cette notion avait été théorisée dès 1997 par le politologue Fareed Zakaria sous le terme de « démocratie illibérale ». La concentration du pouvoir permet à l’État d’orienter les marchés selon ses priorités. Les critiques dénoncent toutefois le recul des droits civiques et la manipulation des institutions.
Au fond, ces différentes approches montrent que la question n’est jamais simplement “plus ou moins d’État”, mais plutôt quel État, pour quel marché, et dans quel but. C’est ce qui explique la diversité des modèles et les débats qu’ils continuent de susciter aujourd’hui.
