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Forêts, sols, biodiversité : les oubliés de la finance dite « verte »

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En consultant le site Phenomenal World, mon œil a été attiré par une photo de ce qu’il m’a semblé être des champs de panneaux solaires jouxtant des zones boisées, puis par le titre : Unbankable Transitions, de Rosie Collington. Dans cet article publié en mai 2025, l’économiste de l’UCL soulève une question simple en apparence : pourquoi la finance privée finance-t-elle certaines transitions écologiques et pas d’autres ?

Sa réponse est moins technique qu’il n’y paraît. Depuis l’accord de Paris en 2015, les États ont adopté une doctrine dominante : plutôt que de financer directement la transition climatique, ils cherchent à la rendre attractive pour les investisseurs privés. Subventions, garanties de prêts, crédits d’impôt : l’argent public sert à réduire le risque pour que le capital privé consente à entrer. Daniela Gabor, économiste que nous avons déjà présentée sur ce site, appelle ça « escorter le capital financier vers des actifs dérisqués. »

Le problème : cette logique ne fonctionne que là où il existe un produit vendable au bout. Un parc éolien produit de l’électricité. Une flotte de véhicules électriques se loue ou se vend. Le capital suit. En revanche, restaurer une forêt, régénérer des sols agricoles, recréer des zones humides : aucun « produit » clair à monétiser. La finance a bien tenté d’inventer des instruments pour y remédier — crédits carbone, marchés de la biodiversité, compensation écologique. Mais ces dispositifs restent marginaux et peinent à atteindre l’échelle requise ; les biens naturels résistent mal à la transformation en actifs financiers standardisés.

Or ce sont précisément ces secteurs que le GIEC identifie comme ayant un fort potentiel d’atténuation climatique, à court terme et à faible coût. L’agriculture et la foresterie représentent 22% des émissions mondiales. Elles reçoivent moins de 4% des financements climatiques privés.

Collington pose alors une question que peu d’acteurs institutionnels osent formuler : pourquoi les États s’obstinent-ils à chercher des investisseurs privés pour des secteurs que le marché refuse structurellement de financer ? La réponse tient moins à la technique qu’au rapport de forces. Financement public direct signifie choix politiques assumés, planification, rupture avec le paradigme dominant depuis trente ans. C’est précisément ce que le consensus actuel rend impensable — ce que Daniela Gabor appelle le Wall Street Consensus : l’idée, devenue doctrine, que la finance privée est non seulement utile mais nécessaire à la transition, et que le rôle de l’État est de la servir.

👉 Lire l’article complet de Rosie Collington