Banquiers financiers en train de discuter

Les acteurs de la finance – Financiarisation de l’économie #2


Mise à jour : le 11/07/2026

Quand nous entendons parler de « la finance », l’image qui nous vient souvent à l’esprit est celle de professionnels postés devant des myriades d’écrans. En réalité, ce mot désigne un ensemble d’institutions : banques, fonds d’investissement, sociétés de gestion d’actifs, banques centrales ou encore fonds spéculatifs.

Ces acteurs n’ont pas tous le même rôle, ni la même histoire. Pour comprendre comment ils ont pris autant de place, je vous propose de les passer en revue un par un — en commençant par les plus anciens.


À l’origine : les banques au cœur du système

Pendant longtemps, les banques ont occupé une place centrale dans le financement de l’économie. Lorsqu’un ménage souhaitait acheter un logement, un artisan développer son activité ou une entreprise construire une usine, acheter de nouvelles machines ou embaucher, c’est vers sa banque qu’il se tournait pour obtenir un crédit.

Pour accorder ces prêts, les banques s’appuyaient principalement sur l’argent que leur confiaient les particuliers et les entreprises sous forme d’épargne ou de dépôts. Elles jouaient ainsi un rôle d’intermédiaire entre ceux qui disposaient d’argent et ceux qui avaient besoin de financer un projet.

Ce modèle existe toujours aujourd’hui, en particulier pour les ménages et les petites et moyennes entreprises (PME), qui continuent de dépendre largement du crédit bancaire.

Mais à partir des années 70-80, le système financier commence progressivement à changer de nature.


Le grand tournant des années 1980

À partir des années 1980, la dérégulation financière et la mondialisation des capitaux transforment profondément le rôle de la finance dans l’économie. C’est dans ce contexte — que j’ai détaillé dans le premier article de cette série — que de nouveaux acteurs financiers prennent une place considérable.

L’une des principales conséquences de cette évolution est que les grandes entreprises se financent de plus en plus directement sur les marchés financiers. Au lieu d’emprunter principalement auprès des banques, elles peuvent lever des capitaux en émettant des actions ou des obligations, c’est-à-dire des titres financiers achetés par des investisseurs. Les petites et moyennes entreprises (PME), en revanche, continuent le plus souvent à financer leurs investissements grâce aux prêts bancaires, n’ayant généralement pas un accès direct aux marchés financiers.

La finance cesse alors progressivement d’être seulement un outil au service de l’économie productive. Elle devient un secteur de plus en plus autonome, avec ses propres logiques de rentabilité, ses propres marchés et ses propres centres de pouvoir.


Les banques d’investissement : la finance des grandes opérations

Contrairement aux banques classiques, les banques d’investissement travaillent surtout avec les grandes entreprises, les États ou les grands investisseurs.

Elles organisent les introductions en Bourse, accompagnent les fusions entre entreprises, participent à l’émission d’actions ou d’obligations et interviennent dans de nombreuses opérations financières complexes.

Leur influence devient particulièrement visible lors des grandes crises financières, notamment pendant la crise des subprimes de 2008, provoquée par l’effondrement de crédits immobiliers risqués accordés massivement aux États-Unis.


Les fonds de pension : l’épargne retraite transformée en puissance financière

En France, les retraites reposent principalement sur un système de répartition : les cotisations des actifs servent à payer les pensions des retraités. Dans d’autres pays, comme les États-Unis, le Canada ou les Pays-Bas, une partie importante des retraites fonctionne selon un autre principe, dit par capitalisation : les cotisations sont placées dans des fonds de pension, qui les investissent sur les marchés financiers afin de les faire fructifier.

Concrètement, ces fonds achètent des actions, des obligations et d’autres actifs financiers dans l’espoir d’obtenir un rendement suffisant pour verser les retraites futures.

Certains sont devenus de véritables géants de la finance mondiale. Le fonds de pension des fonctionnaires de Californie (CalPERS), ou le gestionnaire canadien CDPQ administrent chacun des centaines de milliards, voire plus d’un millier de milliards de dollars d’actifs.

Parce qu’ils investissent des sommes considérables, ces fonds deviennent des actionnaires importants de nombreuses grandes entreprises. À ce titre, ils attendent de celles-ci qu’elles dégagent des bénéfices réguliers et affichent de bonnes performances financières. Cette recherche de rentabilité oriente très fortement les stratégies des entreprises : réduire la masse salariale, fermer des sites jugés peu rentables, délocaliser, ou privilégier le versement de dividendes plutôt que l’investissement à long terme.


Les sociétés de gestion d’actifs : les nouveaux géants

Les sociétés de gestion d’actifs sont les héritières des gestionnaires de fortune privés — ceux qui géraient le patrimoine des grandes familles fortunées. Pendant longtemps, ce métier restait réservé à une élite. Avec la démocratisation de l’épargne collective — fonds communs de placement, assurance-vie — et la dérégulation des années 1980, ce qui était l’apanage des très riches est devenu accessible à des millions d’épargnants. Les sommes gérées ont explosé en conséquence.

Leur métier consiste à gérer de l’argent pour le compte d’autres acteurs : particuliers, entreprises, assurances, fonds de pension ou parfois même États. Elles investissent ces capitaux dans des actions, des obligations ou d’autres produits financiers.

Certaines sont devenues gigantesques. BlackRock, le plus important d’entre eux, gère à lui seul plus de 10 000 milliards de dollars — soit davantage que le PIB annuel de la zone euro. Il ne fabrique rien, ne produit rien, n’emploie que quelques milliers de personnes. Pourtant, en détenant des parts dans des milliers d’entreprises simultanément, il pèse indirectement sur leurs stratégies, leurs investissements et leurs choix sociaux.


Les hedge funds : la recherche du rendement maximal

Les hedge funds, souvent appelés « fonds spéculatifs », se développent fortement dans ce même contexte de dérégulation financière et d’internationalisation des marchés. Ces structures cherchent des rendements élevés grâce à des stratégies financières souvent très agressives.

Elles peuvent spéculer sur les monnaies, parier sur la baisse d’une entreprise, utiliser des montages financiers complexes ou emprunter massivement afin d’augmenter leurs gains potentiels. Certains sont désignés comme « fonds vautours » : ils rachètent des entreprises en difficulté, en extraient le maximum, puis passent à autre chose en laissant derrière eux des emplois détruits. Une pratique au cœur de la commission d’enquête parlementaire dont le rapport vient d’être rendu public en juin 2026.

Certains hedge funds ont joué un rôle important dans plusieurs épisodes spéculatifs et dans certains mécanismes ayant aggravé la crise financière de 2008. Leur fonctionnement reste souvent opaque et difficile à comprendre pour le grand public.


Les agences de notation : des arbitres privés aux pouvoirs considérables

Les agences de notation — Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch dominent le marché — évaluent la capacité des entreprises et des États à rembourser leurs dettes. Leur note détermine le taux d’intérêt auquel un État ou une entreprise peut emprunter sur les marchés financiers : une mauvaise note signifie que les investisseurs jugent le remboursement risqué — ils exigent donc un taux plus élevé pour compenser ce risque. Une bonne note, à l’inverse, permet d’emprunter moins cher.

Ce pouvoir est considérable. Un État dont la note se dégrade voit immédiatement le coût de sa dette augmenter. Pendant la crise financière de 2008, ces mêmes agences avaient attribué les meilleures notes à des produits financiers adossés à des crédits immobiliers risqués…les fameux subprimes. Quand ces produits se sont effondrés, leur crédibilité a été sévèrement mise en cause. Elles restent pourtant incontournables dans le fonctionnement des marchés mondiaux.


Les banques centrales : des acteurs devenus incontournables

Les banques centrales, comme la Banque centrale européenne (BCE) ou la Réserve fédérale américaine (FED), occupent aujourd’hui une place immense dans le système financier mondial.

Elles fixent les taux d’intérêt directeurs, c’est-à-dire le taux auquel elles prêtent aux banques commerciales — ce qui influence ensuite le coût du crédit pour les entreprises et les ménages. Et elles interviennent pour stabiliser le système en cas de crise.

Depuis la crise financière de 2008, leur rôle a encore grandi. Afin d’éviter un effondrement du système bancaire et financier, elles ont injecté massivement de l’argent dans l’économie et racheté de grandes quantités d’obligations financières d’États, mais aussi d’entreprises.

Ces interventions ont soutenu les marchés financiers et maintenu les taux d’intérêt à des niveaux très bas pendant de longues années.


Des pouvoirs de nature très différente

Les banques centrales ont un pouvoir systémique : elles fixent le coût du crédit et sont les garantes de la stabilité de l’ensemble du système financier.

Les grandes sociétés de gestion d’actifs exercent un pouvoir actionnarial : en détenant des parts dans des milliers d’entreprises simultanément, elles pèsent sur leurs stratégies sans jamais en diriger aucune directement.

Les hedge funds exercent un pouvoir spéculatif : plus limité en volume, mais capable de déstabiliser rapidement une monnaie, une entreprise ou un marché.

Les agences de notation exercent un pouvoir d’évaluation : en attribuant leurs notes, elles conditionnent l’accès au crédit des États et des entreprises — sans en être comptables devant personne.

Une finance devenue centrale dans nos sociétés

Aujourd’hui, les décisions prises par ces acteurs influencent directement l’emploi, les salaires, les retraites, le prix du logement ou l’endettement des États. Ce ne sont pas des effets abstraits : ils se lisent dans nos factures, nos contrats de travail et les budgets publics, qui ne cessent de se restreindre depuis des décennies.

Comprendre qui sont ces acteurs était une première étape. La suivante : comprendre comment les entreprises et les États se financent concrètement sur les marchés — actions, obligations, introduction en bourse. C’est l’objet du prochain article : Comment les entreprises et les États se financent sur les marchés.


LCP article : Pratiques prédatrices »: un rapport parlementaire alerte sur les effets néfastes des fonds spéculatifs en France.

Crédit photo : Vitaly Gariev. Pexels.