Homme devant un ordinateur et en arrière plan des indicateurs économiques

Monnaies privées : quand l’argent n’est plus public que risque-t-on ?

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Une idée qui séduit…

Les cryptomonnaies, les portefeuilles numériques, les plateformes de paiement privées… Pour beaucoup, c’est pratique, rapide, tendance. Aujourd’hui, on peut recevoir son salaire sur une carte PayPal, investir en cryptos depuis une appli mobile et ne jamais passer par une banque classique.

Certains se disent donc : pourquoi ne pas laisser les géants du numérique gérer notre monnaie ? Après tout, ils innovent plus vite que les banques centrales poussiéreuses…  Mais cette idée cache des risques lourds pour l’ensemble de la société.

La monnaie : bien commun ou produit commercial ?

Une monnaie, ce n’est pas qu’un outil pour payer. C’est un pilier de la vie collective. Elle doit être stable, acceptée par tous, fiable dans le temps. Aujourd’hui, c’est la banque centrale (comme la Banque centrale européenne ou la Réserve fédérale américaine) qui garantit cette stabilité.

Si l’on confie ce rôle à des entreprises privées, on change complètement de logique : l’argent devient un produit et son usage dépend des intérêts commerciaux d’une firme, pas de l’intérêt général.

Que se passe-t-il en cas de crise ?

Quand une banque fait faillite, l’État ou la banque centrale peut intervenir : injection d’argent public, prêts d’urgence, nationalisation temporaire…
Il existe aussi des systèmes d’assurance des dépôts, des régulations et d’autres mécanismes de protection. Mais, en dernier recours, ce sont souvent les citoyens qui financent indirectement les sauvetages, via les impôts ou les coupes budgétaires.

Mais si demain votre monnaie, salaire, retraite sont gérés par Amazon, Facebook ou une crypto privée et que ces entreprises s’effondrent ou ferment brutalement le service, vous perdez tout. Aucune garantie, aucun recours.

Illustration : en 2022, la plateforme de cryptomonnaie FTX a fait faillite. Des millions d’utilisateurs ont perdu tout ou partie de leur argent. Aucune banque centrale n’a pu intervenir car ce n’était pas une monnaie officielle, donc pas protégée.

Une instabilité permanente

Les cryptomonnaies, en particulier, sont très instables. Leur valeur peut doubler ou s’effondrer en quelques jours.
Imaginez que votre salaire, votre loyer ou votre épargne soient versés dans une monnaie aussi instable : impossible de faire des projets, de se loger ou d’acheter sereinement.

Et si ces monnaies deviennent dominantes, c’est toute l’économie réelle qui devient imprévisible.

Un exemple concret : année 2022, le Bitcoin a déjà perdu 50 % de sa valeur en quelques semaines. Si vous avez été payé 2 000 € en Bitcoin pour un travail, sa valeur peut chuter à 1 000 € avant que vous ayez le temps de le dépenser.
Dans ces conditions, faire ses courses, louer un logement ou planifier ses vacances devient une loterie.

L’intérêt privé face à l’intérêt public

Une entreprise vise à maximiser son profit. Elle peut changer de stratégie, faire faillite, vendre vos données ou modifier ses règles sans vous prévenir.

La banque centrale, elle, a pour mission la stabilité monétaire, la maîtrise de l’inflation et la protection des citoyens. Ce n’est pas parfait, mais elle est responsable devant le public, pas devant des actionnaires.

Un exemple concret : une entreprise privée peut décider de bloquer votre compte ou d’en modifier les conditions d’utilisation du jour au lendemain. Cela arrive déjà avec PayPal ou Revolut (voir en bas d’article lien vers forum 60 millions de consommateurs).
Une banque centrale, elle, ne peut pas bannir un citoyen de l’usage de la monnaie : elle est au service de tous, même des plus pauvres ou des moins rentables.

Concentration du pouvoir

Si une entreprise contrôle votre monnaie, vos achats, vos données, vos crédits, vos assurances… elle devient plus puissante que l’État. Ce n’est plus un acteur économique, c’est une entité politique sans légitimité démocratique.

Un système à risque systémique

Si chaque entreprise crée sa propre monnaie (ApplePayCoin, AmazonToken, etc.), le système monétaire devient fragmenté. Plus personne ne sait vraiment ce qui vaut quoi. Cela crée une instabilité globale, ingérable en cas de choc économique.

En résumé : la liberté… pour qui ?

Aujourd’hui, dans la plupart des pays, la monnaie est émise et régulée par les pouvoirs publics, avec l’objectif déclaré de garantir stabilité et confiance.
Laisser les grandes entreprises gérer la monnaie, ce n’est pas une liberté pour tous. C’est :
– un risque pour l’épargnant,
– une perte de contrôle collectif,
– un danger pour la stabilité économique,
– un transfert du pouvoir monétaire vers des intérêts privés.

L’émergence de monnaies privées et de systèmes de paiement hors contrôle public pose une question simple mais cruciale : qui doit tenir les clés de notre argent ?
Garder le système actuel, l’adapter ou en inventer un nouveau ?
Tout l’enjeu sera de profiter des innovations utiles (paiements instantanés, monnaies numériques, services financiers plus accessibles) sans renoncer à la sécurité et à la confiance qu’un cadre public peut offrir en cas de crise.

Mais il faut aussi se demander : quelle valeur ont ces innovations si elles accélèrent les crises environnementales majeures, comme le changement climatique ou la perte de biodiversité ?
La finance et la monnaie ne peuvent plus être pensées hors de leurs impacts écologiques. Toute transformation doit intégrer cette réalité, pour construire un modèle durable et juste.


Pour aller plus loin :

Article Numerama : 5 questions sur FTX, la gigantesque plateforme crypto en faillite

Article Sudouest :  Jusqu’où chutera le bitcoin ? La valeur de la cryptomonnaie tombe à 30 000 dollars

Sur le site 60 millions de consommateurs, des témoignages édifiants :  Revolut – a lire avant d’ouvrir un compte


Crédit photo : Tima Miroshnichenko. Pexel.