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	<title>Sciences politiques | Arteacom</title>
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	<description>Rédaction de contenus pédagogiques</description>
	<lastBuildDate>Tue, 01 Sep 2026 16:12:44 +0000</lastBuildDate>
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	<item>
		<title>Guerres et algorithmes : comment certaines entreprises prennent du pouvoir</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/guerres-et-algorithmes-comment-les-entreprises-prennent-du-pouvoir/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 06 Aug 2026 14:35:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences politiques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pendant longtemps, les entreprises technologiques fournissaient simplement des outils aux États. Aujourd&#8217;hui, certaines occupent une place beaucoup plus stratégique. Elles participent à l&#8217;analyse des données, à l&#8217;identification des menaces et parfois à l&#8217;orientation des décisions elles-mêmes. Le changement est discret &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/guerres-et-algorithmes-comment-les-entreprises-prennent-du-pouvoir/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Pendant longtemps, les entreprises technologiques fournissaient simplement des outils aux États. Aujourd&rsquo;hui, certaines occupent une place beaucoup plus stratégique. Elles participent à l&rsquo;analyse des données, à l&rsquo;identification des menaces et parfois à l&rsquo;orientation des décisions elles-mêmes.</p>
</blockquote>



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<p class="wp-block-paragraph">Le changement est discret mais profond. Lorsqu&rsquo;un logiciel aide à repérer une cible, à anticiper un comportement ou à hiérarchiser des informations, il ne se contente plus d&rsquo;assister les décideurs. Il influence la manière dont les choix sont faits. Comme un GPS qui ne conduit pas la voiture mais détermine l&rsquo;itinéraire, ces technologies finissent par orienter l&rsquo;action.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette évolution s&rsquo;accompagne d&rsquo;un nouveau discours. Au nom de l&rsquo;efficacité, de la rapidité ou de la sécurité, certains dirigeants de la Silicon Valley défendent ouvertement une place toujours plus importante de la technologie dans les domaines militaires et sécuritaires. Pour eux, l<strong>es procédures démocratiques ou les contrôles institutionnels apparaissent parfois comme des obstacles</strong> plutôt que comme des garanties.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Palantir au cœur de l’État américain</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;entreprise américaine Palantir illustre ce phénomène. Ses logiciels sont utilisés par des agences de renseignement, des administrations et des armées pour exploiter d&rsquo;immenses volumes de données. Son PDG, Alex Karp, assume publiquement une vision politique dans laquelle la supériorité technologique devient un objectif stratégique à part entière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le véritable enjeu dépasse donc la seule question des performances de l&rsquo;intelligence artificielle ou des logiciels de surveillance. Il concerne la répartition du pouvoir. Lorsque <strong>des entreprises privées conçoivent les outils qui structurent les décisions publiques</strong>, elles acquièrent une influence qui dépasse largement leur rôle de prestataires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question n&rsquo;est donc pas de savoir si la technologie doit être utilisée. Elle est de déterminer qui décide de son usage, selon quelles règles et sous quel contrôle démocratique.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Pour aller plus loin : <strong><a href="https://www.arteacom.fr/comment-des-entreprises-technologiques-simposent-au-coeur-des-decisions-militaires-et-securitaires/" title="">Comment des entreprises technologiques s’imposent au cœur des décisions militaires et sécuritaires</a></strong></p>



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<p class="wp-block-paragraph">Crédit photo : Wikipédia.</p>The post <a href="https://www.arteacom.fr/guerres-et-algorithmes-comment-les-entreprises-prennent-du-pouvoir/">Guerres et algorithmes : comment certaines entreprises prennent du pouvoir</a> first appeared on <a href="https://www.arteacom.fr">Arteacom</a>.]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Petite généalogie du Rassemblement national</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/petite-genealogie-du-rassemblement-national/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Jul 2026 14:57:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences politiques]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=10391</guid>

					<description><![CDATA[<p>Des racines établies, un présent qui fait débat J’ai regardé en début de semaine une courte vidéo de Marianne James dans laquelle elle affirmait : « les racines du RN restent les racines du fascisme et de la collaboration ». &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/petite-genealogie-du-rassemblement-national/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading has-virtue-primary-color has-text-color has-link-color wp-elements-2"><em>Des racines établies, un présent qui fait débat</em></h2>



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<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">J’ai regardé en début de semaine une courte vidéo de Marianne James dans laquelle elle affirmait : « les racines du RN restent les racines du fascisme et de la collaboration ». Une phrase choc — idéale pour le buzz, il faut bien le dire — qui m’a donné envie de me replonger dans l’histoire de ce parti.<br><br>C’est surtout le terme « fasciste » dont  j&rsquo;ai voulu vérifier la pertinence dans le cas présent. Pas pour donner raison ou tort à Marianne James — ce n’est pas la démarche de ce site — mais parce que qualifier un parti politique est une question complexe.<br><br>En parcourant les travaux des historiens et des politologues, j&rsquo;ai découvert que le débat scientifique était plus nuancé que la polémique médiatique. La plupart des spécialistes ne qualifient pas le Front national puis le Rassemblement national de parti fasciste. Le véritable débat porte aujourd&rsquo;hui sur une autre question : comment qualifier ce parti au regard de son histoire et de son évolution ?</p>
</blockquote>



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<h3 class="wp-block-heading"><strong>Les origines du Front national</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le 5 octobre 1972, à Paris, une soixantaine de personnes fondent le <strong>Front national pour l’unité française</strong> — un nom rapidement abrégé en Front national.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’initiative vient d’<strong>Ordre nouveau</strong>, un mouvement militant néofasciste actif depuis la fin des années 1960. Comme le rappelle la politiste Magali Balent, ce moment s’inscrit dans un contexte de guerre froide où les différentes familles de l’extrême droite française se recomposent autour d’un anticommunisme central.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le choix de Jean-Marie Le Pen à la présidence est stratégique. Ancien député poujadiste, vétéran de la guerre d’Algérie, il offre un visage plus présentable que celui des militants d’Ordre nouveau. L’historienne Valérie Igounet souligne cette logique : il s’agit de rompre avec une image trop ouvertement radicale et violente pour entrer dans le jeu électoral.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Trois ensembles coexistent alors au sein du FN</strong>. Un courant national-populiste, autour de Le Pen et de figures liées à l’Algérie française, dont certains anciens de l’OAS comme Roger Holeindre. Un courant néofasciste, directement issu d’Ordre nouveau. Et un troisième ensemble, plus discret, composé de trajectoires issues de la Collaboration.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est ce dernier qui concentre aujourd’hui les éléments les plus sensibles. Pierre Bousquet, premier trésorier du FN pendant près de dix ans, a servi dans la division Charlemagne de la Waffen-SS. Léon Gaultier, également fondateur, a eu un parcours similaire, qu’il reconnaîtra publiquement. François Brigneau, vice-président dès 1972, est passé par le Parti populaire français avant de rejoindre la Milice.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces parcours ont été minutieusement reconstitués par des historiens comme Jean-Paul Gautier. Ils révèlent aussi un paradoxe durable : ces figures fondatrices ont longtemps été peu présentes dans le récit officiel du parti.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour l’historien Nicolas Lebourg, spécialiste des droites radicales, cette présence ne relève pas de l’anecdote. Elle s’inscrit dans une continuité plus large : celle du rôle joué par d’anciens collaborationnistes dans la recomposition de ces milieux après 1945.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces faits sont établis. Mais une autre question commence ici : comment les qualifier politiquement ?</p>



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<h3 class="wp-block-heading"><strong>Fasciste ou national-populiste ?</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Dès les années 1980, le politologue <strong>Pierre-André Taguieff</strong> propose une autre lecture : celle du <strong>national-populisme</strong>. Cette notion a profondément marqué les travaux sur l&rsquo;extrême droite française, même si elle n&rsquo;est pas employée par tous les chercheurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son point de départ est historique. Le fascisme est un phénomène situé, lié à l’Europe de l’entre-deux-guerres. Le transposer tel quel dans le présent conduit, selon lui, à des confusions plus qu’à des éclairages.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le national-populisme, à l’inverse, renvoie à une tradition politique plus ancienne, que l’on peut faire remonter au boulangisme : mobilisation du peuple contre les élites, critique du système représentatif, capacité à agréger des soutiens hétérogènes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ce terme ne vise pas à édulcorer le FN ou le RN</strong>, mais à les désigner de manière plus précise. Il est utilisé par des chercheurs aux positions critiques très diverses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour <strong>Michel Winock</strong>, l&rsquo;extrême droite française ne constitue pas un bloc homogène. Depuis plus d&rsquo;un siècle, elle s&rsquo;est transformée à plusieurs reprises : elle a été tour à tour royaliste, nationaliste, fasciste, pétainiste, poujadiste puis lepéniste. Ces différentes familles entretiennent des liens entre elles, mais elles ne sont pas pour autant identiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dire que plusieurs fondateurs du Front national étaient issus de courants néofascistes ou de la Collaboration correspond à des faits établis. En revanche, en déduire qu’il est aujourd’hui un parti fasciste constitue un saut d’interprétation que la majorité des spécialistes refusent.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Changement de fond ou de façade ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Un point fait largement consensus : <strong>la stratégie de « dédiabolisation » est réelle et documentée</strong>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Engagée dès les années 1980, elle devient centrale à partir de 2011 avec Marine Le Pen. En 2015, elle exclut son père après de nouveaux propos négationnistes. En 2018, le Front national devient le Rassemblement national. Le vocabulaire évolue, les références les plus controversées disparaissent du discours officiel.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le désaccord entre chercheurs porte sur l’interprétation de ces évolutions</strong>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une première lecture, appuyée notamment sur le livre collectif <em><strong>Les Faux-semblants du Front national</strong></em> dirigé par Sylvain Crépon, Alexandre Dézé et Nonna Mayer, met en évidence un décalage entre le discours du parti et certaines attitudes observées dans son électorat, notamment en matière de rejet de l’autre. Dans cette perspective, la transformation relèverait surtout de la communication du parti.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une seconde lecture insiste sur la rupture générationnelle. Les dirigeants actuels n’ont ni les parcours ni les réseaux des fondateurs. Ce renouvellement correspond aussi à une transformation réelle, même si son ampleur reste discutée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, plusieurs enquêtes journalistiques ont mis en évidence la persistance de liens entre l’entourage du parti et des milieux d’ultra-droite jusque dans les années récentes. Ces éléments ne suffisent pas à trancher, mais ils montrent que la question ne se réduit pas à une opposition simple.</p>



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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Alors, le RN a-t-il changé, ou seulement changé d’apparence ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le monde de la recherche ne tranche pas, parce que les analyses ne portent pas toutes sur les mêmes objets&nbsp;: le discours, les dirigeants, les réseaux ou les électeurs. Ceux qui étudient le discours du parti décrivent une transformation réelle. Ceux qui s&rsquo;intéressent aux électeurs, aux réseaux ou aux cadres du mouvement mettent davantage en évidence des continuités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question serait peut-être, désormais : qu’est-ce qui, dans le RN actuel, prolonge cet héritage, et qu’est-ce qui a évolué ?</p>



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<p class="wp-block-paragraph">La vidéo datée de 2024 : <strong><a href="https://www.youtube.com/watch?v=wTl5Higte_E" target="_blank" rel="noopener" title="">Sur Instagram, Marianne James revendique et explique son opposition au RN</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pour aller plus loin</strong></p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Valérie Igounet, <em>Le Front national de 1972 à nos jours</em></li>



<li>Nicolas Lebourg, Joseph Beauregard, <em>Dans l’ombre des Le Pen</em></li>



<li>Sylvain Crépon, Alexandre Dézé, Nonna Mayer (dir.), <em>Les Faux-semblants du Front national</em></li>



<li>Pierre-André Taguieff, <em>L’illusion populiste</em></li>



<li>Michel Winock, <em>Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France</em></li>
</ul>



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			</item>
		<item>
		<title>Pourquoi l&#8217;Europe se réarme-t-elle ?</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/pourquoi-leurope-se-rearme-t-elle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 May 2026 15:54:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences politiques]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=9949</guid>

					<description><![CDATA[<p>Comprendre le retour des dépenses militaires : petit détour par l&#8217;histoire En tombant récemment sur un post de La France Insoumise dans lequel l&#8217;une de leur députés s&#8217;opposait à la loi de programmation militaire — 36 milliards d&#8217;euros supplémentaires pour &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/pourquoi-leurope-se-rearme-t-elle/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading has-virtue-primary-color has-text-color has-link-color wp-elements-4"><strong><em>Comprendre le retour des dépenses militaires : petit détour par l&rsquo;histoire</em></strong></h2>



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<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">En tombant récemment sur un post de La France Insoumise dans lequel l&rsquo;une de leur députés s&rsquo;opposait à la loi de programmation militaire — 36 milliards d&rsquo;euros supplémentaires pour les armées françaises d&rsquo;ici 2030 — j&rsquo;ai voulu faire le point sur le réarmement en cours dans plusieurs pays européens et sur les débats qu&rsquo;un sujet d&rsquo;une telle ampleur soulève. Comme souvent sur arteacom, il m&rsquo;a paru impossible d&rsquo;aborder cette question sans remonter le fil de l&rsquo;histoire, jusqu&rsquo;à l&rsquo;Europe d&rsquo;après 1945.</p>
</blockquote>



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<h3 class="wp-block-heading">Après 1945 : une Europe détruite, sous protection américaine</h3>



<p class="wp-block-paragraph">À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, l&rsquo;Europe est profondément détruite, matériellement et humainement. Les sociétés sont marquées par la violence extrême du conflit et par la peur d&rsquo;une répétition. Très vite, un nouvel équilibre mondial s&rsquo;installe avec la montée en puissance de deux blocs opposés, l&rsquo;un autour des États-Unis et l&rsquo;autre autour de l&rsquo;Union soviétique.</p>



<p class="has--font-size wp-block-paragraph"><br>Dans ce contexte, l&rsquo;Europe occidentale se reconstruit sous une forme particulière : elle délègue largement sa défense aux États-Unis. La création de l&rsquo;OTAN en 1949 officialise cet arrangement. Mais ce qui frappe, c&rsquo;est l&rsquo;ampleur concrète de la présence américaine sur le sol européen. Les forces américaines déployées en Europe dépassent les 370 000 hommes en 1962. La France seule abrite environ 100 000 Américains — militaires, fonctionnaires civils et membres de leurs familles — liés à de nombreuses installations entretenues depuis 1950. L&rsquo;Allemagne, pays frontière avec le bloc soviétique, est quasiment sous tutelle militaire américaine.</p>



<p class="has--font-size wp-block-paragraph"><br>Ce n&rsquo;est plus seulement une alliance — c&rsquo;est une présence permanente, inscrite dans le paysage quotidien de l&rsquo;Europe d&rsquo;après-guerre. L&rsquo;Europe est protégée, mais cette protection a un prix : elle installe une dépendance stratégique durable, dont les conséquences se feront sentir des décennies plus tard.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">La Guerre froide : une économie organisée autour de la puissance</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant plusieurs décennies, la rivalité entre l&rsquo;Est et l&rsquo;Ouest organise profondément les économies et les sociétés. La course aux armements, notamment nucléaires, devient un élément central de l&rsquo;équilibre mondial. Mais cette compétition dépasse largement le domaine militaire.<br><br>L&rsquo;aéronautique, la conquête spatiale, les télécommunications ou encore la recherche scientifique avancée sont largement façonnées par les besoins stratégiques des États. Internet lui-même est né dans ce contexte : le réseau Arpanet, ancêtre direct du web, a été développé dans les années 1960 par l&rsquo;armée américaine pour maintenir les communications en cas d&rsquo;attaque nucléaire. Le GPS, aujourd&rsquo;hui utilisé par des milliards de personnes, est une technologie militaire américaine rendue publique bien plus tard. En Europe, le programme Concorde illustre la même logique : un projet industriel et technologique porté par des États qui y voient autant un enjeu de prestige stratégique qu&rsquo;un intérêt commercial.<br><br>Dans le même temps, l&rsquo;Europe occidentale connaît une période de forte croissance industrielle — ce que les Français appellent les Trente Glorieuses. Les États jouent un rôle central dans l&rsquo;organisation économique : grandes infrastructures, industries lourdes, énergie, transports. La production est encore largement nationale, les chaînes industrielles ancrées sur le territoire. C&rsquo;est une Europe qui produit ce qu&rsquo;elle consomme, et qui sait le faire. Mais elle ne produit pas vraiment sa propre défense — c&rsquo;est l&rsquo;OTAN, et derrière elle les États-Unis, qui assurent ce rôle.<br><br>C&rsquo;est précisément ce que le président américain Dwight D. Eisenhower pointe dans un avertissement resté célèbre, prononcé en 1961 au moment de quitter le pouvoir. Il met en garde ses propres concitoyens contre la montée en puissance du complexe militaro-industriel américain — l&rsquo;alliance croissante entre le Pentagone, les grandes industries d&rsquo;armement et les décideurs politiques. Ce qui est frappant, c&rsquo;est qu&rsquo;Eisenhower parle depuis l&rsquo;intérieur du système : c&rsquo;est lui-même qui a contribué à le bâtir. La défense est devenue une industrie à part entière, avec ses propres intérêts, ses propres logiques, ses propres pressions sur le pouvoir politique. L&rsquo;Europe, elle, n&rsquo;a pas ce problème — parce qu&rsquo;elle sous-traite sa sécurité à Washington. Une commodité qui ressemble à un avantage, mais qui creuse chaque année un peu plus sa dépendance stratégique.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Après 1991 : la fin de l&rsquo;URSS et l&rsquo;illusion d&rsquo;une paix durable</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La chute de l&rsquo;Union soviétique en 1991 marque un tournant majeur. Pour beaucoup de responsables politiques et économiques, une nouvelle période s&rsquo;ouvre, celle d&rsquo;un monde plus ouvert, plus intégré, où les grands conflits entre puissances industrielles semblent appartenir au passé. Francis Fukuyama parle alors de « fin de l&rsquo;histoire » : l&rsquo;idée que la démocratie libérale et l&rsquo;économie de marché ont définitivement gagné, et que le monde n&rsquo;a plus vraiment de raison de se faire la guerre.<br><br>C&rsquo;est dans ce climat que se diffuse l&rsquo;idée de « dividendes de la paix » : puisque la menace s&rsquo;est éloignée, autant réduire les budgets militaires et investir ailleurs. Les États-Unis eux-mêmes réduisent leur présence militaire en Europe — les 370 000 soldats américains de la Guerre froide fondent progressivement. Les États européens suivent le mouvement et réduisent à leur tour leurs armées, leurs stocks de munitions, et démantèlent certaines capacités industrielles liées à la défense. Ce qui semblait être du bon sens à l&rsquo;époque se révélera plus tard une fragilité profonde : l&rsquo;Europe se désarmait sans avoir jamais vraiment construit sa propre autonomie militaire.<br><br>Dans le même temps, l&rsquo;Europe s&rsquo;engage à fond dans la mondialisation. La logique est simple : pourquoi produire ici ce qu&rsquo;on peut faire fabriquer moins cher ailleurs ? L&rsquo;industrie textile part en Asie, la sidérurgie se restructure, des usines ferment dans le Nord de la France, en Wallonie, dans la Ruhr allemande. Ce mouvement de désindustrialisation n&rsquo;est pas vécu comme une perte sur le moment — on parle de modernisation, de tertiarisation de l&rsquo;économie. Mais il fragilise progressivement des savoir-faire, des chaînes de production et des territoires entiers. Et il crée des dépendances dont on ne mesure pas encore l&rsquo;ampleur.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Mondialisation : quand les économies deviennent dépendantes les unes des autres</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les années 2000 et 2010, l&rsquo;interconnexion des économies s&rsquo;accélère et change de nature. Ce n&rsquo;est plus seulement une question de commerce — c&rsquo;est toute la structure productive qui se réorganise à l&rsquo;échelle mondiale. Une voiture assemblée en Allemagne dépend de composants fabriqués en Pologne, de puces électroniques venues de Taïwan, de métaux extraits en République démocratique du Congo. Un smartphone concentre à lui seul des matières premières et des savoir-faire répartis sur quatre continents.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;Europe, dans ce système, occupe une position confortable mais fragile. Elle est forte en ingénierie, en services, en agriculture. Mais elle a progressivement perdu la maîtrise de secteurs devenus stratégiques : elle importe l&rsquo;essentiel de son gaz et de son pétrole, elle ne fabrique presque plus de semi-conducteurs, et elle dépend de quelques pays pour des matières premières critiques comme le lithium ou les terres rares, indispensables aux batteries et aux technologies numériques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces dépendances restent invisibles tant que tout fonctionne. Elles apparaissent brutalement quand quelque chose se grippe. La pandémie de 2020 en donne une première démonstration : l&rsquo;Europe se retrouve incapable de produire suffisamment de masques, de médicaments ou de composants électroniques. La guerre en Ukraine en 2022 en donne une seconde : la dépendance au gaz russe contraint les États européens à des arbitrages douloureux, en plein hiver.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Le retour de la guerre en Europe change tout</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La guerre en Ukraine constitue un choc majeur pour les pays européens. Elle révèle une réalité que beaucoup avaient oubliée : une guerre de haute intensité consomme des quantités de matériel et de munitions que l&rsquo;Europe n&rsquo;était plus du tout en mesure de fournir.<br><br>Les chiffres parlent d&rsquo;eux-mêmes. La France produisait 20 000 obus par an — soit exactement ce qu&rsquo;utilise l&rsquo;Ukraine en deux jours de combat. Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne, l&rsquo;a reconnu publiquement : les stocks militaires européens étaient presque vides avant même que la guerre n&rsquo;éclate. Trente ans de dividendes de la paix avaient laissé des armées sous-équipées, des usines reconverties ou fermées, et des savoir-faire industriels en partie perdus.<br><br>La guerre moderne impose aussi de nouvelles formes d&rsquo;adaptation très rapides. L&rsquo;usage massif des drones, notamment, a pris de court des armées organisées autour d&rsquo;équipements lourds et coûteux. Se réarmer ne signifie plus seulement acheter des chars — c&rsquo;est repenser toute une chaîne industrielle et technologique.<br><br>Mais il y a un autre choc, moins visible, qui accélère tout : la remise en cause du parapluie américain. Donald Trump, de retour à la Maison Blanche, remet ouvertement en question l&rsquo;engagement des États-Unis dans l&rsquo;OTAN, laissant entendre que la protection américaine n&rsquo;a rien d&rsquo;automatique. Ce que les Européens avaient considéré comme acquis depuis 1949 — une garantie de sécurité américaine indéfectible — apparaît soudain fragile. L&rsquo;Europe réalise qu&rsquo;elle a sous-traité sa défense pendant soixante-dix ans, et que la facture pourrait bien arriver.<br><br>Dans ce contexte, les États réévaluent leurs priorités. Les budgets militaires augmentent, les discours sur la souveraineté reviennent, et la notion d&rsquo;« économie de guerre » réapparaît dans le langage politique — une expression que l&rsquo;on n&rsquo;avait plus entendue en Europe depuis des décennies.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Le retour des États stratèges</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui se passe dans le domaine militaire n&rsquo;est pas isolé. On observe depuis quelques années un mouvement plus large : les États européens reprennent la main sur des secteurs qu&rsquo;ils avaient largement abandonnés à la logique du marché mondial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;exemple le plus frappant est celui des semi-conducteurs — ces puces électroniques sans lesquelles rien ne fonctionne, ni les voitures, ni les smartphones, ni les systèmes d&rsquo;armement. L&rsquo;adoption du règlement européen sur les semi-conducteurs en 2023 marque un changement majeur : en autorisant les subventions d&rsquo;État pour ce secteur, l&rsquo;Europe renoue avec une forme de politique industrielle qu&rsquo;elle avait largement abandonnée. 43 milliards d&rsquo;euros d&rsquo;investissements publics et privés sont mobilisés d&rsquo;ici 2030 pour tenter de reconquérir une part de souveraineté dans ce domaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce mouvement dépasse l&rsquo;Europe. Aux États-Unis, l&rsquo;Inflation Reduction Act de 2022 mobilise des centaines de milliards de dollars pour relocaliser des industries stratégiques sur le sol américain. La logique est partout la même : après des décennies où l&rsquo;on pensait que le marché mondial suffisait à tout organiser, les États reprennent un rôle de pilotage actif de leur économie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La souveraineté redevient un mot central — non seulement dans le domaine militaire, mais dans l&rsquo;énergie, l&rsquo;industrie et la technologie.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Une époque qui change profondément</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Et donc, si l&rsquo;on replace les décisions actuelles dans une perspective longue, elles apparaissent moins comme des ruptures soudaines que comme le résultat d&rsquo;une accumulation : trente ans de désarmement progressif, de désindustrialisation et de dépendances acceptées sans vraiment en mesurer le prix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les dépenses militaires ne sont alors qu&rsquo;un indicateur parmi d&rsquo;autres d&rsquo;un changement plus profond : le retour des rivalités géopolitiques, la remise en cause des certitudes de la mondialisation et la réaffirmation du rôle stratégique des États.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais les gouvernements parlent de souveraineté pendant que les chaînes de production mondiales, elles, n&rsquo;ont pas changé du jour au lendemain. Le discours a évolué plus vite que les structures réelles. Rupture profonde ou simple ajustement à la marge ? C&rsquo;est peut-être la question centrale de la décennie qui s&rsquo;ouvre.</p>



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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Crédit photo&nbsp;: <a href="https://www.pexels.com/fr-fr/@arnaud24/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">arnaud audoin. Pexels</a>.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



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			</item>
		<item>
		<title>Françafrique : derrière le mot, un système trouble</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/francafrique-systeme-trouble/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2026 17:12:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences politiques]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=9838</guid>

					<description><![CDATA[<p>Un éditorial d&#8217;Europe 1&#160;apparu dans mon fil YouTube &#8211; «&#160;Françafrique : L’éclipse (L&#8217;édito de Vincent Hervouët)&#160;» &#8211; a fait ressurgir dans mon esprit des images forgées dans les années 70 : les barbouzes de l&#8217;Élysée, les diamants de Bokassa offerts &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/francafrique-systeme-trouble/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Un éditorial d&rsquo;Europe 1&nbsp;apparu dans mon fil YouTube &#8211; «&nbsp;Françafrique : L’éclipse (L&rsquo;édito de Vincent Hervouët)&nbsp;» &#8211; a fait ressurgir dans mon esprit des images forgées dans les années 70 : les barbouzes de l&rsquo;Élysée, les diamants de Bokassa offerts à Giscard, Charles Pasqua et ses réseaux informels. Un univers d’intermédiaires, d’affaires opaques et de relations troubles entre pouvoir, diplomatie et intérêts privés. Ces images qui me sont revenues ne sont pas fausses mais elles sont évidemment largement incomplètes. Par conséquent, j’ai eu envie de les dépoussiérer et de les insérer dans quelque chose de sourcé et articulé.</p>
</blockquote>



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<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">J’ai regardé l’éditorial en question jusqu’au bout. Et c’est précisément ce visionnage qui m’a donné envie d’écrire. Car j’y ai perçu à certains moments une lecture très orientée, une manière rhétorique de minimiser le rôle de certains réseaux politico-affairistes français en Afrique, tout en disqualifiant les voix critiques qui ont documenté ces mécanismes depuis des décennies. Comme si la dénonciation de la Françafrique relevait du militantisme ou d’une névrose.</p>
</blockquote>



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<h2 class="wp-block-heading">La Françafrique, de quoi parle-t-on vraiment ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le mot lui-même a une origine précise. C&rsquo;est <strong>François-Xavier Verschave</strong>, militant associatif et ancien président de l&rsquo;association Survie, qui le forge et le popularise dans un essai publié en 1998 : <em>La Françafrique, le plus long scandale de la République</em> (Stock). Il y décrit la Françafrique comme « une nébuleuse d&rsquo;acteurs économiques, politiques et militaires, en France et en Afrique, organisée en réseaux et lobbies, focalisée sur l&rsquo;accaparement de deux rentes : les matières premières et l&rsquo;aide publique au développement. » Le mot est une contraction volontaire, un néologisme très efficace.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais derrière le mot, il y a des faits documentés. Pas des rumeurs de comptoir, pas des théories : des mécanismes concrets, encore partiellement actifs aujourd&rsquo;hui.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le franc CFA.</strong> Créée en 1945 par décret du général de Gaulle, cette monnaie est utilisée par quatorze pays africains. Pendant des décennies, elle a imposé aux États membres de centraliser une partie de leurs réserves de change auprès du Trésor français — autrement dit, de déposer leur épargne nationale dans les caisses de l&rsquo;État français. Un accord signé en décembre 2019 a acté la suppression de ce mécanisme et prévu l&rsquo;adoption d&rsquo;un nouveau nom, l&rsquo;« eco ». Mais le régime de change reste inchangé, avec le maintien de la parité fixe entre l&rsquo;euro et la devise, ainsi que la garantie de convertibilité assurée par la France. Le lien monétaire n&rsquo;est pas rompu, il est réaménagé. Et les billets sont toujours imprimés par la Banque de France, à Chamalières, dans le Puy-de-Dôme — certes, désormais sur contrat. Des pays indépendants depuis soixante ans. La colonisation laisse des traces tenaces&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les bases militaires.</strong> La France a maintenu pendant des décennies un réseau de bases militaires dans ses anciennes colonies, négociées au moment des indépendances dans les années 1960. En février 2024, Emmanuel Macron nommait encore un envoyé personnel chargé de « refonder » les relations militaires avec les pays africains où subsistent des bases françaises — signe que ce réseau existe toujours, même s&rsquo;il se rétracte. Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, des coups d&rsquo;État militaires entre 2021 et 2023 ont abouti à l&rsquo;expulsion des forces françaises et à l&rsquo;invitation du groupe paramilitaire russe Wagner.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les intérêts économiques.</strong> TotalEnergies exploite le pétrole au Congo, au Gabon, en Angola. Orano (ex-Areva) extrait l&rsquo;uranium au Niger, minerai qui alimente les centrales nucléaires françaises. Le groupe Bolloré a longtemps contrôlé une part significative des infrastructures portuaires et logistiques d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest, avant d&rsquo;en être partiellement évincé sous la pression de plusieurs États et de procédures judiciaires pour corruption.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le soutien aux régimes.</strong> C&rsquo;est le volet le plus difficile à quantifier, mais le mieux documenté historiquement : l&rsquo;assassinat de Sylvanus Olympio au Togo en 1963, le maintien de Mobutu au Zaïre, le soutien français lors du génocide rwandais de 1994, la complicité dans le retour au pouvoir de Denis Sassou-Nguesso au Congo-Brazzaville en 1997. Ces faits ne sont pas des allégations militantes — ils font l&rsquo;objet de travaux historiques sérieux et, pour certains, de reconnaissances officielles partielles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce tableau assez sinistre ne signifie pas que toutes les relations franco-africaines se réduisent à ce système, ni que la France soit le seul acteur à avoir exercé ce type d&rsquo;influence. Mais il signifie que la Françafrique n&rsquo;est pas un fantasme. C&rsquo;est un ensemble de mécanismes réels, avec des acteurs nommés, des contrats signés, des interventions documentées.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi ce mot dérange-t-il autant ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Françafrique fait partie de ces sujets où le débat sur les mots a fini par éclipser le débat sur les faits. Deux camps s&rsquo;affrontent — et ils ne parlent pas tout à fait de la même chose.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Premier camp : le mot désigne un système réel, encore actif.</h3>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pour les chercheurs, les associations comme Survie, et une partie croissante des opinions publiques africaines, la Françafrique n&rsquo;est pas une métaphore exotique</strong>. C&rsquo;est un mode opératoire : des réseaux d&rsquo;influence qui court-circuitent les États, des intérêts économiques protégés par des moyens militaires et diplomatiques, des élites africaines et françaises qui se tiennent mutuellement par des arrangements plus ou moins avouables. Ce camp reconnaît que le système a évolué depuis les années de Jacques Foccart — l&rsquo;homme qui dirigea la cellule Afrique de l&rsquo;Élysée de De Gaulle jusqu&rsquo;à sa mort en 1997 et incarna pendant quarante ans les réseaux occultes franco-africains — mais soutient qu&rsquo;il ne s&rsquo;est pas dissous : il s&rsquo;est adapté. Et les opinions publiques africaines elles-mêmes sont de plus en plus nombreuses à nommer ce système et à en exiger la fin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un commentateur sous l&rsquo;édito d&rsquo;Hervouët le formule avec une netteté remarquable : <em>« La françafrique existe encore en Côte d&rsquo;Ivoire, Sénégal, Cameroun, Congo Brazzaville, Togo, Bénin. La monnaie de ces pays est le franc, leurs réserves sont à notre Banque de France. Nous avons encore des bases militaires en Afrique. Notre problème est le soutien aux dictateurs africains milliardaires en euros. »</em> Ce n&rsquo;est pas un militant de Survie ; c&rsquo;est un auditeur lambda d&rsquo;Europe 1, qui contredit point par point l&rsquo;éditorialiste qu&rsquo;il vient d&rsquo;écouter.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Deuxième camp : le mot est devenu une arme rhétorique.</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pour une autre partie du débat français, <strong>le problème n&rsquo;est plus le système mais le mot lui-même</strong>. Dire « Françafrique », ce serait convoquer automatiquement un tribunal moral qui disqualifie toute présence française sur le continent — un outil de déstabilisation alimenté par la Russie, la Chine, et une certaine gauche française atteinte de ce que certains éditorialistes appellent « la haine de soi ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans cette lecture, les critiques africaines anti-françaises ne seraient pas le produit d&rsquo;une expérience historique. Elles seraient le résultat d&rsquo;une « contagion ». C&rsquo;est une façon de nier la capacité des peuples africains à former leurs propres jugements politiques et aussi d&rsquo;évacuer d&rsquo;un seul geste soixante ans d&rsquo;histoire documentée.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Mais ces deux lectures ne se valent pas.</h3>



<p class="wp-block-paragraph">D&rsquo;un côté, des faits documentés, des noms, des dates, des contrats, des interventions militaires répertoriées. De l&rsquo;autre, un argument d&rsquo;atmosphère : le mot serait maléfique, il ferait des ravages, il alimenterait une honte injustifiée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les commentaires sous l&rsquo;édito le montrent bien — la critique dépasse largement les cercles militants. Un auditeur lambda d&rsquo;Europe 1 liste sans trembler : les rebelles camerounais dans les années 1960, le coup d&rsquo;État au Gabon de 1967, l&rsquo;assassinat de Sankara, le troisième mandat de Déby à la demande de Chirac, Bob Denard aux Comores, la guerre du Congo-Brazza pour remettre Sassou au pouvoir. Ce ne sont pas des rumeurs — ce sont des épisodes documentés, pour la plupart reconnus.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ces mécanismes forment-ils un système organisé, ou simplement une accumulation d&rsquo;intérêts convergents ? Le débat existe</strong>. Mais dans un cas comme dans l&rsquo;autre, le résultat pour les populations concernées est le même &#8211; politiquement et économiquement négatif &#8211;  et les opinions publiques africaines sont de plus en plus nombreuses à le dire.</p>



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<h3 class="wp-block-heading" id="quelques-livres-pour-comprendre-la-franafrique">Quelques livres pour comprendre la Françafrique</h3>



<ul class="wp-block-list">
<li>François-Xavier Verschave, <em>La Françafrique, le plus long scandale de la République</em> (1998).<a rel="noreferrer noopener" target="_blank" href="https://www.editions-stock.fr/livre/la-francafrique-9782234049482/"></a></li>



<li>François-Xavier Verschave, <em>Noir Silence</em> (2000).<a rel="noreferrer noopener" target="_blank" href="https://www.editions-stock.fr/livre/la-francafrique-9782234049482/"></a></li>



<li>Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsitsa, <em>Kamerun ! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique</em> (2011).<a rel="noreferrer noopener" target="_blank" href="https://www.editionsladecouverte.fr/kamerun_-9782707159137"></a></li>



<li><em>L’Arme invisible de la Françafrique : une histoire du franc CFA</em>. <a href="https://shs.cairn.info/larme-invisible-de-la-francafrique--9782348082108?lang=fr" title="">Article sur Cairn</a>. (2024). « Lorsque ses colonies d&rsquo;Afrique ont accédé à l&rsquo;indépendance, à l&rsquo;orée des années 1960, la France a réussi un tour de passe-passe redoutable. Elle a officiellement reconnu la souveraineté politique des nouveaux États tout en gardant la mainmise sur leur économie grâce à une arme aussi puissante qu&rsquo;invisible : leur système monétaire&#8230; »</li>



<li>Thomas Noirot et Fabrice Tarrit, <em>Françafrique, la famille recomposée</em> (2014).</li>



<li><em>L’Empire qui ne veut pas mourir. Une histoire de la Françafrique</em> (2021).  Sous la direction de Thomas Borrel, Amzat Boukari-Yabara, Benoît Collombat et Thomas Deltombe. <a href="https://shs.cairn.info/l-empire-qui-ne-veut-pas-mourir--9782021464160?lang=fr" target="_blank" rel="noopener" title="">Présentation sur Cairn</a>. « À Paris, on entend de toute part le même refrain : « La Françafrique est morte et enterrée ! » Pourtant, de Ouagadougou à Libreville, de Dakar à Yaoundé, de Bamako à Abidjan, la jeunesse se révolte contre ce qu’elle perçoit comme une mainmise française sur son destin. »</li>



<li>Aminata Traoré, <em>L’Afrique humiliée</em> (2008). <a href="https://journals.openedition.org/hommesmigrations/361" target="_blank" rel="noopener" title="">Extrait de la présentation du livre sur Open édition</a> : « Ancienne ministre de la culture du Mali, fonctionnaire international et militante altermondialiste, Aminata Traoré forme une critique rigoureuse des modalités et des conséquences de l’ouverture de l’Afrique au marché mondial. Son point de vue éclaire de biais les rouages de la mondialisation <a href="https://www.arteacom.fr/comprendre-le-neoliberalisme-dossier/" title="Comprendre le néolibéralisme : Dossier">néolibérale</a>, <em>“la nouvelle forme d’organisation de la ponction”</em>. Le constat est amer. <em>“La logique économique qui met l’Afrique à genoux secrète la pauvreté, la précarité et le mécontentement dans les pays riches</em><sup><a href="https://journals.openedition.org/hommesmigrations/361#ftn1">1</a></sup>.<em>”</em></li>



<li>Felwine Sarr, <em>Afrotopia</em> (2016). <a href="https://shs.cairn.info/revue-politique-etrangere-2016-4-page-XXI?lang=fr&amp;tab=texte-integral" target="_blank" rel="noopener" title="">Présentation du livre sur Cairn</a>. « Le texte de cet économiste et enseignant sénégalais est une réflexion sur l’avenir de l’Afrique et la nécessité pour le continent de trouver sa propre voie vers la modernité, sans s’enfermer dans des modèles exogènes (celui des colons hier, celui des institutions internationales et des agences d’aide aujourd’hui), conduisant irrémédiablement à une impasse. Pour ce faire, la première étape est de ne plus se laisser définir par d’autres mais de se définir soi-même. »</li>
</ul>



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<p class="wp-block-paragraph"><strong><a href="https://www.youtube.com/watch?v=al4V2BEQWoU" target="_blank" rel="noopener" title="">Françafrique : L’éclipse (L&rsquo;édito de Vincent Hervouët) vidéo sur YouTube.</a></strong></p>



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<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.pexels.com/fr-fr/@atmadeep-das-1776637129/" target="_blank" rel="noopener" title="">Crédit photo&nbsp;: Atmadeep Das. Pexels.</a></p>The post <a href="https://www.arteacom.fr/francafrique-systeme-trouble/">Françafrique : derrière le mot, un système trouble</a> first appeared on <a href="https://www.arteacom.fr">Arteacom</a>.]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Paula White, conseillère spirituelle de Trump</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/paula-white-conseillere-spirituelle-de-trump/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 Apr 2026 07:56:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences politiques]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=9663</guid>

					<description><![CDATA[<p>Foi, argent et pouvoir au cœur de l&#8217;Amérique évangélique Il y a peu, j&#8217;ai visionné une vidéo publiée par la chaîne YouTube du journal l&#8217;Humanité, intitulée : «&#160;Qui est Paula White, la conseillère spirituelle de Donald Trump, connue notamment pour &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/paula-white-conseillere-spirituelle-de-trump/">Lire la suite­­</a></p>
The post <a href="https://www.arteacom.fr/paula-white-conseillere-spirituelle-de-trump/">Paula White, conseillère spirituelle de Trump</a> first appeared on <a href="https://www.arteacom.fr">Arteacom</a>.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading has-virtue-primary-color has-text-color has-link-color wp-elements-6"><em>Foi, argent et pouvoir au cœur de l&rsquo;Amérique évangélique</em></h2>



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<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Il y a peu, j&rsquo;ai visionné une vidéo publiée par la chaîne YouTube du journal l&rsquo;Humanité, intitulée : «&nbsp;<em>Qui est Paula White, la conseillère spirituelle de Donald Trump, connue notamment pour des scènes hallucinantes de prières collectives ?&nbsp;».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Devant ce mélange détonant, entre foi, argent, pouvoir, spectacle, je me suis dit : creuse un peu avant de crier à l&rsquo;imposture. Voici donc ce que j&rsquo;ai essayé de faire.</p>
</blockquote>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Qui est Paula White ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Paula White est une pasteure évangélique américaine, figure du courant pentecôtiste charismatique. Elle se fait connaître dans les années 2000 grâce à ses prédications télévisées, depuis sa megachurch de Floride — ces églises géantes qui peuvent rassembler des dizaines de milliers de fidèles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa trajectoire prend une tout autre dimension lorsqu&rsquo;elle croise Donald Trump. La rencontre date de 2002 : Trump tombe sur l&rsquo;un de ses sermons à la télévision depuis son complexe de Mar-a-Lago, et la contacte. Elle devient sa conseillère spirituelle, l&rsquo;accompagne lors de ses campagnes, prie lors de son investiture en 2017. En février 2025, Trump la nomme à la tête du White House Faith Office — le bureau de la Maison-Blanche chargé des relations avec les groupes religieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Paula White n&rsquo;est donc pas une figure périphérique. Elle est, depuis plus de vingt ans, au cœur d&rsquo;une alliance entre évangélisme et pouvoir politique.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">La théologie de la prospérité</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre Paula White, il faut comprendre la doctrine qu&rsquo;elle incarne : la théologie de la prospérité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;idée centrale est simple : la foi se mesure à ses résultats concrets. <strong>Si vous croyez vraiment, Dieu vous récompense</strong>. La richesse devient un signe de bénédiction divine. La pauvreté, à l&rsquo;inverse, un problème spirituel à corriger.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce raisonnement a une conséquence directe sur la pratique religieuse : donner de l&rsquo;argent devient un acte de foi. Et plus on donne, plus on peut espérer recevoir. Paula White pousse cette logique très loin. En mars 2025, elle propose à ses fidèles « <strong>sept bénédictions surnaturelles</strong> » — dont l&rsquo;assignation d&rsquo;un ange personnel — pour un don de 1 000 dollars. Dans une autre vidéo, elle demande précisément 1 144 dollars, en expliquant que Dieu lui a personnellement indiqué ce chiffre. Le don inclut un carré de tissu prié, censé faire des « miracles spéciaux ». (The Guardian, avril 2025)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce type de pratique est souvent présenté comme une aberration. Mais il s&rsquo;inscrit en réalité dans une logique cohérente : si la richesse est une bénédiction, alors investir dans sa foi — comme on investit dans les cryptomonnaies — devient parfaitement rationnel. Le risque est accepté parce que la promesse de retour sur investissement est immense.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Pourquoi ça marche</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La première explication est <strong>psychologique</strong>. Dans un monde incertain, ce type de message offre quelque chose de rare : des réponses simples et des actions concrètes. Croire, donner, prier — et attendre la bénédiction. La mécanique est claire, accessible, immédiate.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La deuxième explication est <strong>sociale</strong>. Comme je l&rsquo;expliquais dans le texte <em><a href="https://www.arteacom.fr/pourquoi-la-religion-est-elle-si-puissante-aux-etats-unis/" title="Pourquoi la religion est-elle si puissante aux États-Unis ?">Pourquoi la religion est-elle si puissante aux États-Unis ?</a></em>, les filets de protection sont moins développés qu&rsquo;en Europe. Beaucoup de personnes font face aux difficultés sans grand soutien institutionnel. Dans ce contexte, une église qui offre un réseau, un sentiment d&rsquo;appartenance, et surtout de l&rsquo;espoir, répond à un besoin réel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La troisième explication est <strong>collective</strong>. Les rassemblements de Paula White ne sont pas des conférences. <strong>Ce sont des expériences</strong>. La musique, l&rsquo;énergie, les corps qui bougent, les émotions qui circulent — tout cela crée un lien puissant entre les participants, et entre chacun d&rsquo;eux et le message. Émile Durkheim avait montré que la religion joue un rôle fondamental de cohésion sociale : elle rassemble, elle soude, elle renforce l&rsquo;adhésion. Les scènes qui nous semblent « hallucinantes » vues de l&rsquo;extérieur ont une logique très précise vue de l&rsquo;intérieur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, il y a le <strong>charisme </strong>du leader. Paula White est une communicante redoutable — rythme, intensité, précision du geste. Elle ne parle pas, elle performe. Et dans un environnement religieux très concurrentiel, comme nous l&rsquo;avons vu dans le premier article, ce talent fait toute la différence.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Pourquoi ça dérange&#8230; y compris chez les croyants</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La réaction de certains observateurs extérieurs — européens, français, laïcs — est prévisible : le mélange foi-argent-spectacle choque. Mais ce qui est plus surprenant, c&rsquo;est que les critiques les plus virulentes viennent souvent de l&rsquo;intérieur du monde chrétien lui-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le théologien baptiste Russell D. Moore a déclaré que Paula White est « une hérétique reconnue comme telle par tout chrétien orthodoxe, quelle que soit sa confession. » En 2013, un rappeur chrétien lui consacre un titre sans ambiguïté : <em>Fal$e Teacher$</em>. En février 2025, lorsque Trump la nomme à la tête du White House Faith Office, des voix conservatrices et évangéliques s&rsquo;élèvent immédiatement contre cette décision.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ce qui dérange, au fond, c&rsquo;est une question de cohérence</strong>. Pour beaucoup de croyants, le message du christianisme repose sur l&rsquo;humilité, le dépouillement, la solidarité. La théologie de la prospérité inverse exactement ces valeurs : elle glorifie la richesse, elle monnaye la bénédiction, elle place le leader au centre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a aussi la question financière. Entre 2004 et 2007, le ministère de Paula White a fait l&rsquo;objet d&rsquo;<strong>une enquête du Sénat américain</strong> sur les pratiques financières de plusieurs télévangélistes. L&rsquo;enquête n&rsquo;a pas abouti à des poursuites, mais elle a mis en lumière des éléments troublants : plusieurs millions de dollars versés à des membres de sa famille, une rémunération annuelle de 5 millions de dollars, un appartement au Trump Tower à New York.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Paula White n&rsquo;est donc pas une anomalie dans le paysage US. Elle ne fait qu&rsquo;incarner les valeurs américaines de concurrence et de glorification de la réussite individuelle avec une terrible efficacité. </p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Quelques références :</h3>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>The Guardian, avril 2025</strong>. <em>&lsquo;False teacher&rsquo; : Trump&rsquo;s pick to head the &lsquo;White House faith office&rsquo; roils some fellow Christians.</em> Article qui documente la nomination de Paula White à la tête du White House Faith Office, les pratiques de collecte de fonds — dont les « sept bénédictions surnaturelles » à 1 000 dollars — et les réactions dans le monde chrétien américain.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>TIME, janvier 2020</strong>. <em>Trump Spiritual Advisor Calls for Miscarriage of &lsquo;Satanic Pregnancies&rsquo;.</em> Couverture de la polémique déclenchée par la prière de Paula White lors d&rsquo;un sermon du 5 janvier 2020 en Floride, et des réactions qu&rsquo;elle a suscitées.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>The Washington Post, janvier 2017</strong>. Source de la déclaration du théologien baptiste Russell D. Moore qualifiant Paula White d' »hérétique reconnue comme telle par tout chrétien orthodoxe, quelle que soit sa confession. »</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sénat américain, 2007</strong>. Enquête de la commission des finances du Sénat, conduite par le sénateur Chuck Grassley, sur les pratiques financières de plusieurs ministères télévangélistes, dont celui de Paula White. L&rsquo;enquête n&rsquo;a pas abouti à des poursuites pénales, mais a mis en lumière des questions de transparence financière.</p>



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			</item>
		<item>
		<title>Pourquoi la religion est-elle si puissante aux États-Unis ?</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/pourquoi-la-religion-est-elle-si-puissante-aux-etats-unis/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 Apr 2026 14:40:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences politiques]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=9644</guid>

					<description><![CDATA[<p>Entre spectacle, argent et influence : comprendre un modèle qui peut dérouter Mise à jour : le 4 mai 26. Vu d&#8217;Europe, et en particulier de France, la place de la religion aux États-Unis peut surprendre. Elle est visible, assumée, &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/pourquoi-la-religion-est-elle-si-puissante-aux-etats-unis/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading has-virtue-primary-color has-text-color has-link-color wp-elements-8"><em>Entre spectacle, argent et influence : comprendre un modèle qui peut dérouter</em></h2>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">Mise à jour : le 4 mai 26.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Vu d&rsquo;Europe, et en particulier de France, la place de la religion aux États-Unis peut surprendre. Elle est visible, assumée, omniprésente dans certains discours publics. Elle s&rsquo;exprime sans retenue, parfois de manière spectaculaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question se pose alors simplement : pourquoi cela fonctionne-t-il aussi bien ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce succès n&rsquo;est pas un hasard. Il repose sur plusieurs mécanismes profonds, ancrés dans la culture et l&rsquo;organisation de la société américaine.</p>
</blockquote>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Une culture où croire est normal</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Aux États-Unis, la religion n&rsquo;est pas cantonnée à la sphère privée comme en France. Elle fait partie du paysage quotidien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Historiquement, le pays s&rsquo;est construit avec des communautés religieuses très diverses, souvent fondées par <strong>des groupes cherchant la liberté de croire</strong>. Cette origine a laissé une empreinte durable : la foi est perçue comme une démarche personnelle, libre et légitime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le sociologue Peter Berger a montré que la croyance ne surgit pas du vide : <strong>elle s&rsquo;enracine dans des conditions sociales</strong> précises qui la rendent possible et normale. Aux États-Unis, ces conditions existent pleinement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dire que l&rsquo;on croit en Dieu, parler de sa foi, prier en public, tout cela est considéré comme normal. <strong>La religion n&rsquo;est pas cachée, elle est visible, vivante, dynamique</strong>. Ce premier point est essentiel : on ne peut pas comprendre le phénomène si l&rsquo;on part d&rsquo;une vision européenne où la religion est plus discrète.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Des milliers d&rsquo;églises en concurrence</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Autre différence majeure : il n&rsquo;existe pas une seule grande institution religieuse dominante. On compte aux États-Unis plus de <strong>300 000 congrégations</strong>, protestantes pour la plupart, mais aussi évangéliques, catholiques, et des centaines d&rsquo;Églises indépendantes très diverses. <strong>Elles doivent toutes attirer, convaincre, fidéliser</strong>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce contexte, les responsables religieux ne sont pas seulement des guides spirituels. Ils deviennent aussi <strong>des communicants</strong>. Ils doivent capter l&rsquo;attention, parler de manière claire, marquer les esprits. Les sermons sont rendus plus accessibles, plus directs, parfois plus spectaculaires. <strong>Le message doit être compris rapidement et produire un effet</strong>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce fonctionnement favorise l&rsquo;émergence de figures très visibles et très efficaces dans leur manière de s&rsquo;exprimer.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Quand la réussite devient un signe de foi</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Un autre élément central réside dans le lien entre religion et réussite. Dans la culture américaine, il existe une idée profondément ancrée : réussir dans la vie est le résultat d&rsquo;un effort personnel. C&rsquo;est une forme de mérite.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Max Weber</strong> avait déjà montré, dans son analyse de <strong>l&rsquo;éthique protestante</strong>, que certaines traditions religieuses valorisent le travail, la discipline et la réussite matérielle comme signes d&rsquo;une vie bien conduite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certaines formes de religion vont plus loin et affirment que <strong>cette réussite est aussi une bénédiction divine</strong>. La richesse, la réussite professionnelle, la réussite sociale deviennent alors des signes positifs, presque moraux. C&rsquo;est ce que l&rsquo;on appelle <strong>la <em>thé</em></strong><em><strong>ologie de la prospérité</strong></em> — un courant très répandu dans les milieux évangéliques américains, qui affirme que la foi, la prière et les dons à l&rsquo;Église sont récompensés par Dieu sous forme de succès matériel. Des figures comme <a href="https://www.arteacom.fr/paula-white-conseillere-spirituelle-de-trump/" title="Paula White, conseillère spirituelle de Trump"><strong>Paula White</strong></a>, conseillère spirituelle de Donald Trump, en sont parmi les représentantes les plus influentes.  </p>



<p class="wp-block-paragraph">À l&rsquo;inverse, les difficultés peuvent être perçues comme quelque chose à corriger, comme un problème à surmonter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce raisonnement s&rsquo;accorde parfaitement avec l&rsquo;idéal du « <strong>rêve américain</strong> » : travailler dur, progresser, réussir. Dans ce cadre, un discours qui associe foi et prospérité ne choque pas. Il semble logique, cohérent, presque naturel.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Un rôle social essentiel</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut aussi regarder la réalité sociale. Aux États-Unis, <strong>les systèmes de protection</strong> sont moins développés qu&rsquo;en Europe. Les inégalités sont plus fortes, le système de santé peut être très coûteux, et beaucoup de personnes se retrouvent relativement seules face aux difficultés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce contexte, les églises jouent un rôle concret. Elles offrent <strong>un soutien moral, un réseau, parfois une aide matérielle</strong>. Elles créent du lien. Elles donnent un cadre, une structure, un sentiment d&rsquo;appartenance. Mais surtout, elles proposent quelque chose de très puissant : de l&rsquo;espoir. Un espoir immédiat, accessible, simple. Et dans des situations difficiles, cela peut avoir un impact considérable.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Quand la religion devient un spectacle</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les leaders religieux américains ont très tôt compris l&rsquo;importance des médias. La radio, la télévision, puis Internet et les réseaux sociaux ont été utilisés pour diffuser les messages à grande échelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec le temps, les codes ont évolué. Les sermons empruntent désormais des éléments au monde du spectacle : rythme, mise en scène, émotion, narration. Le message devient plus direct, plus visuel, plus marquant. Il ne s&rsquo;agit pas seulement de convaincre par des idées, mais aussi de faire vivre une expérience.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et c&rsquo;est précisément là que la dimension émotionnelle entre en jeu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les rassemblements religieux sont souvent intenses. Il y a de la musique, de l&rsquo;énergie, des moments collectifs forts. Les émotions circulent, se partagent, se renforcent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On ne se contente pas d&rsquo;écouter un discours. On vit une expérience.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Émile Durkheim</strong> expliquait que la religion joue <strong>un rôle fondamental de cohésion sociale</strong> : elle rassemble les individus, renforce les liens collectifs et l&rsquo;adhésion aux croyances communes. Les rassemblements religieux américains illustrent cela de manière très concrète.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette expérience crée un lien puissant avec le groupe, avec le message, avec le leader. Elle renforce l&rsquo;adhésion et la fidélité.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Une religion liée à la politique</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La religion, aux États-Unis, n&rsquo;est pas séparée du pouvoir de la même manière qu&rsquo;en Europe. Depuis plusieurs décennies, une partie importante du monde religieux est liée à la politique, notamment dans les milieux conservateurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le sociologue <strong>Robert N. Bellah</strong> a parlé de « <strong>religion civile américaine</strong> » : une croyance collective mêlant valeurs nationales et références religieuses, qui traverse l&rsquo;histoire du pays bien au-delà des Églises elles-mêmes. Des figures comme Donald Trump ont su s&rsquo;inscrire dans cette dynamique, consolidant un lien déjà ancien entre leadership politique et légitimité religieuse. Cela leur donne une visibilité et un pouvoir considérables.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La religion devient alors non seulement une affaire de foi, mais aussi un acteur du jeu politique.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Des réponses simples dans un monde complexe</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, ce type de religion propose quelque chose de très efficace : des réponses simples.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un monde compliqué, incertain, parfois anxiogène, elle offre des repères clairs. Elle désigne des causes, propose <strong>des solutions</strong>, <strong>donne une direction</strong>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Croire, donner, prier, s&rsquo;engager : les actions sont concrètes et immédiates</strong>. Cette simplicité est rassurante. Elle permet de reprendre prise sur sa vie, même symboliquement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais au-delà du cadre pratique, la religion répond aussi à quelque chose de plus profond : <strong>un besoin psychologique de sens et de certitude</strong>. Face à l&rsquo;angoisse du lendemain, à la solitude, à l&rsquo;incertitude économique, elle offre une réponse immédiate — non pas abstraite, mais vécue, ressentie, partagée avec d&rsquo;autres.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">Finalement, ce qui frappe, c&rsquo;est la cohérence du système — religion, argent, médias et politique forment ici un ensemble qui se renforce mutuellement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Mais ce modèle ne reste pas confiné aux États-Unis</strong>. On en observe des formes similaires en <strong>Amérique latine</strong>, où les Églises évangéliques ont connu une croissance spectaculaire ces trente dernières années, au point de transformer profondément le paysage religieux et politique de pays comme le Brésil ou le Guatemala. En <strong>Afrique subsaharienne</strong>, des megachurches calquées sur le modèle américain attirent des foules considérables. En <strong>Europe </strong>même, des communautés évangéliques dynamiques gagnent du terrain, notamment dans les milieux issus de l&rsquo;immigration.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas un hasard : partout où les inégalités sont fortes, les filets de protection insuffisants et le besoin de sens aigu, ce modèle trouve un terrain favorable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question n&rsquo;est donc plus seulement de comprendre pourquoi cela fonctionne aux États-Unis. C&rsquo;est de se demander dans quelles conditions ce modèle peut s&rsquo;implanter ailleurs, et ce que cela dit des sociétés qui l&rsquo;accueillent.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Quelques références&nbsp;:</h3>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Max Weber (1864–1920)</strong> — Sociologue et économiste allemand, l&rsquo;une des figures fondatrices des sciences sociales. Son essai <em>L&rsquo;Éthique protestante et l&rsquo;esprit du capitalisme</em> (1905) analyse le lien entre certaines traditions religieuses et le développement du capitalisme moderne.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Émile Durkheim (1858–1917)</strong> — Sociologue français, fondateur de la sociologie comme discipline académique. Dans <em>Les Formes élémentaires de la vie religieuse</em> (1912), il montre que la religion est avant tout un fait social : elle crée du lien, de la cohésion, et renforce l&rsquo;identité collective.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Peter Berger (1929–2017)</strong> — Sociologue américano-autrichien, spécialiste de la sociologie de la religion. Son œuvre majeure, <em>La Construction sociale de la réalité</em> (1966, avec Thomas Luckmann), explore la manière dont les sociétés produisent les cadres qui rendent certaines croyances plausibles et d&rsquo;autres non.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Robert N. Bellah (1927–2013)</strong> — Sociologue américain, professeur à l&rsquo;université de Berkeley. Son article fondateur <em>Civil Religion in America</em> (1967) introduit la notion de « religion civile américaine » : un système de croyances et de rituels mêlant références religieuses et identité nationale, distinct des Églises mais profondément ancré dans la culture politique du pays.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">Crédit photo&nbsp;: <a href="https://unsplash.com/fr/@e_wingertsahn" target="_blank" rel="noopener" title="">Eddie Wingertsahn. Unsplash</a></p>



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			</item>
		<item>
		<title>L’essentiel pour comprendre la guerre dans le Golfe</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/lessentiel-pour-comprendre-la-guerre-dans-le-golfe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 09 Apr 2026 13:17:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences politiques]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=9631</guid>

					<description><![CDATA[<p>Une impression de chaos… mais une logique intrinsèque Depuis plusieurs semaines, les informations donnent l’impression que « ça frappe de partout » dans les pays du Golfe. Missiles, drones, attaques maritimes : l’ensemble paraît confus et difficile à suivre. Pourtant, &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/lessentiel-pour-comprendre-la-guerre-dans-le-golfe/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading has-virtue-primary-color has-text-color has-link-color wp-elements-10"><em>Une impression de chaos… mais une logique intrinsèque</em></h2>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Depuis plusieurs semaines, les informations donnent l’impression que « ça frappe de partout » dans les pays du Golfe. Missiles, drones, attaques maritimes : l’ensemble paraît confus et difficile à suivre. Pourtant, la situation n’est pas un chaos désorganisé. Ce que l’on observe correspond à une guerre régionale structurée, avec des causes anciennes et des objectifs précis. Pour comprendre ce qui se passe, il faut donc revenir un peu en arrière et replacer les événements dans un cadre plus large.</p>
</blockquote>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">D&rsquo;où vient ce conflit ? Une rivalité ancienne</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter à <strong>1979</strong>, au moment de<strong> la Révolution iranienne</strong>. À cette époque, l&rsquo;Iran devient une république islamique <strong>chiite </strong>qui rompt brutalement avec l&rsquo;influence occidentale et refuse de reconnaître l&rsquo;État d&rsquo;Israël, perçu comme un relais de la puissance américaine dans la région. De leur côté, les monarchies du Golfe, comme l&rsquo;Arabie saoudite ou les Émirats, restent proches de Washington et sont majoritairement <strong>sunnites</strong>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette différence politique, religieuse et stratégique installe une rivalité durable. Quelques mois plus tard, <strong>la guerre Iran-Irak (1980-1988)</strong> enfonce le clou : pendant huit ans, l&rsquo;<a href="https://www.arteacom.fr/petite-histoire-du-nucleaire-partie-3-le-nucleaire-iranien/" title="Petite histoire du nucléaire. Partie 3 — Le nucléaire iranien">Iran </a>combat un voisin soutenu par les puissances occidentales et les monarchies du Golfe. Ce conflit forge une culture militaire spécifique — celle de la résistance par les réseaux et les milices — qui structure encore aujourd&rsquo;hui la manière dont Téhéran projette son influence dans la région.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant des décennies, cette opposition ne donne pas lieu à une guerre directe, mais elle alimente de nombreuses tensions et conflits indirects.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Pourquoi la situation a explosé en 2026</h3>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les tensions entre l&rsquo;Iran et ses adversaires ne datent pas de 2026</strong> — elles s&rsquo;accumulent depuis des années, par frappes interposées et escalades successives. Mais en février 2026, un seuil est franchi : les États-Unis et Israël lancent des frappes directes contre l&rsquo;Iran, ciblant ses capacités militaires et son <a href="https://www.arteacom.fr/petite-histoire-du-nucleaire-et-le-cas-de-liran-dossier/" title="Petite histoire du nucléaire et le cas de l’Iran : Dossier">programme nucléaire</a>. L&rsquo;ampleur de l&rsquo;opération est sans précédent : des dizaines de sites frappés simultanément, une riposte iranienne immédiate et massive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;Iran répond par des attaques de missiles et de drones — non seulement vers Israël, mais aussi vers les bases américaines installées dans les pays du Golfe. On passe alors d&rsquo;une guerre de l&rsquo;ombre à une confrontation ouverte, dont les effets se font sentir dans toute la région.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Pourquoi l&rsquo;Iran attaque aussi les pays du Golfe</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le fait que l&rsquo;Iran vise des pays du Golfe peut sembler surprenant au premier abord, mais cela répond à une logique claire. Plusieurs de ces pays <strong>accueillent des bases militaires</strong> américaines ou <strong>coopèrent étroitement</strong> avec les États-Unis. Pour l&rsquo;Iran, ces territoires peuvent servir de point de départ à des opérations militaires contre lui — ils deviennent donc des cibles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, les pays du Golfe occupent une place centrale dans la production et l&rsquo;exportation de pétrole et de gaz. En visant leurs infrastructures énergétiques, l&rsquo;<strong>Iran perturbe les marchés mondiaux</strong> et exerce une pression économique sur ses adversaires — augmentant ainsi le coût global du conflit.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Le point stratégique des routes maritimes</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Un élément essentiel pour comprendre la portée de ce conflit : <strong>le détroit d&rsquo;Ormuz</strong>. Ce passage étroit entre l&rsquo;Iran et la péninsule arabique est l&rsquo;un des points de transit les plus critiques au monde — <strong>environ 20 % du pétrole mondial</strong> y circule chaque jour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand cette route est menacée, ce n&rsquo;est pas seulement le Moyen-Orient qui est touché. Les prix du carburant augmentent, les chaînes d&rsquo;approvisionnement se grippent, les économies vacillent — y compris celles de pays qui n&rsquo;ont aucune part dans ce conflit. C&rsquo;est ce qui fait d&rsquo;Ormuz un enjeu mondial autant que régional.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Les pays du Golfe : victimes mais prudents</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les pays du Golfe se trouvent dans <strong>une position particulièrement délicate</strong>. Ils sont directement exposés aux attaques ou aux menaces, tout en cherchant à éviter une escalade qui pourrait déboucher sur une guerre totale avec l&rsquo;Iran.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Leur stratégie : se défendre, protéger leurs infrastructures, maintenir leurs activités économiques, sans franchir le seuil qui les entraînerait dans une confrontation directe avec Téhéran.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui se passe dans le Golfe depuis février 2026 n&rsquo;est pas un chaos soudain ; c&rsquo;est l&rsquo;aboutissement d&rsquo;une fracture ancienne : l&rsquo;<strong>Iran face au bloc américano-israélien, avec les pays du Golfe pris en étau</strong>. Comprendre cette logique, c&rsquo;est se donner les moyens de lire l&rsquo;actualité sans se laisser noyer par l&rsquo;accumulation des événements.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h4 class="wp-block-heading">Pour aller plus loin</h4>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Caroline Piquet</strong>, <em>Les pays du Golfe. De la perle à l&rsquo;économie de la connaissance</em>, Armand Colin, 2013 — histoire longue des États du Golfe, de leurs origines à leurs enjeux contemporains. </li>



<li><strong>Bernard Hourcade</strong>, <em>Géopolitique de l&rsquo;Iran. Les défis d&rsquo;une renaissance</em>, Armand Colin, 2016 — analyse de référence sur la géopolitique iranienne, ses logiques internes et sa politique étrangère. </li>



<li><strong>Camille Alexandre</strong>, <em>Le régime iranien à livre ouvert</em>, Odile Jacob, 2025 — démystification du fonctionnement réel de la République islamique, accessible au grand public.</li>
</ul>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">Porte-avions USA. <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_d'Iran_de_2026" target="_blank" rel="noopener" title="">Crédit photo Wikipédia vidéo</a>.</p>



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			</item>
		<item>
		<title>La Franc-maçonnerie : une organisation ambigüe</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/la-franc-maconnerie-une-organisation-ambigue/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 30 Mar 2026 10:56:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences politiques]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=9356</guid>

					<description><![CDATA[<p>Des rituels et des codes qui interrogent Quand on observe la franc-maçonnerie de l’extérieur, ce qui frappe immédiatement, ce sont les rituels, les réunions codifiées (appelées “tenues”), les parures pompeuses, les symboles moyenâgeux et ésotériques &#8211; le compas, l’équerre, le &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/la-franc-maconnerie-une-organisation-ambigue/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
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<p class="wp-block-paragraph">L’actualité récente, avec l’ouverture du procès Anathor impliquant des francs-maçons dans une affaire de tentative d’assassinat, a réactivé en moi une méfiance ancienne vis-à-vis de cette organisation. Malgré mes lectures à son sujet, je continue d’y voir une institution qui, derrière des discours philosophiques et spirituels chargés de bienveillance peut parfois favoriser des comportements narcissiques, des logiques d’entre-soi et des passe-droits professionnels injustes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Peut-être partagez-vous cette représentation…assez négative j’en conviens. Une représentation qui se tient éloignée toutefois des idées <a href="https://www.arteacom.fr/le-complotisme-est-il-une-nouvelle-forme-de-lutte-des-classes/" title="Le complotisme est-il une nouvelle forme de lutte des classes ?">complotistes </a>absurdes et stériles. Je vous propose d’y voir clair ensemble, sans tomber dans la caricature et avec le plus de recul possible.</p>
</blockquote>



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<h2 class="wp-block-heading">Des rituels et des codes qui interrogent</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Quand on observe la franc-maçonnerie de l’extérieur, ce qui frappe immédiatement, ce sont les rituels, les réunions codifiées (appelées “tenues”), les parures pompeuses, les symboles moyenâgeux et ésotériques &#8211; le compas, l’équerre, le burin et autres outils. Tout un univers de mise en scène théâtrale assez grandiloquent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Officiellement, ces éléments servent à créer un cadre solennel, à marquer des étapes symboliques et à favoriser une réflexion personnelle. Mais on peut aussi se poser une autre question : ce type d’environnement élitiste ne risque-t-il pas d’attirer des personnes sensibles au prestige, au mystère, à l’ésotérisme ou à une forme de reconnaissance sociale ? Autrement dit, ce qui est présenté comme un outil de réflexion peut aussi devenir un décor qui sert avant tout l&rsquo;image de soi. C’est un écueil que l’on ne peut pas exclure.</p>



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<h2 class="wp-block-heading">Une hiérarchie qui peut nourrir l’ego</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La franc-maçonnerie est structurée en grades. En théorie, il s’agit d’un parcours initiatique, un cheminement intérieur, où le néophyte observe et écoute sans prendre la parole pendant un certain temps d’apprentissage…d’une humilité feinte ou réelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Malheureusement, dans les faits, nous savons bien comment fonctionnent les groupes humains. Dès qu’il y a des niveaux, dès qu’il y a une progression, dès qu’il y a des titres, surviennent souvent la comparaison, la compétition et une recherche de statut. « <em>C’est moi le grand sage lumineux</em> » &#x1f60a;.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment ignorer que certains peuvent être attirés par cette hiérarchie non pas pour progresser intérieurement, mais pour exister socialement ? J’imagine que vous l’avez vous-même déjà constaté ailleurs, dans des associations caritatives, des groupes de spiritualité. Ce type de structure peut autant élever l’âme… que nourrir des comportements narcissiques. Certes, on y croise des gens bien mais aussi, des personnalités problématiques en mal de pouvoir ou dont le lien à l&rsquo;institution est essentiellement intéressé.</p>



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<h2 class="wp-block-heading">L’entraide… ou le risque de passe-droits</h2>



<p class="wp-block-paragraph">C’est ici que ma méfiance devient la plus forte. La franc-maçonnerie revendique l’entraide entre ses membres. Sur le principe, cela n’a rien de choquant : beaucoup de groupes fonctionnent ainsi. Je l’ai constaté moi-même. En ai bénéficié et l’ai pratiqué à plusieurs moments dans ma vie. Mais, ceci étant, où s’arrête l’entraide… et où commencent les passe-droits illégitimes ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans certains cas, cette solidarité peut dériver vers du favoritisme, des coups de pouce professionnels ou des opportunités réservées à un cercle fermé. Vous savez, la personne que l’on impose dans un service tout en sachant qu’elle ne sera jamais à sa place mais qui peut servir les intérêts futurs de celui ou celle qui l&rsquo;a pistonné. Et c’est précisément ce que beaucoup de témoignages évoquent. Je ne dis pas que c’est systématique. Mais on ne peux pas non plus ignorer que cela existe.</p>



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<h2 class="wp-block-heading">Entre perception et réalité&nbsp;: une zone grise</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Nous sommes face à une situation nuancée pleine d’ambigüités. D’un côté, il n’est pas vrai que tout repose sur un système organisé de privilèges, et la majorité des membres ne sont pas impliqués dans des dérives. De l’autre, certains milieux – la politique par exemple – fonctionnent clairement en réseau, l’appartenance peut parfois faciliter des opportunités, et certaines personnes utilisent ce cadre comme un moyen efficace de faire carrière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Autrement dit, ce n’est ni un fantasme total… ni une illusion. Nous sommes dans une zone grise, où coexistent des engagements sincères et des usages opportunistes. La franc-maçonnerie concentre d&rsquo;autant plus ces critiques qu’elle est discrète, codifiée et entourée de mystère.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">En somme, j’essaie de rester rationnelle et de ne pas réduire la franc-maçonnerie à une organisation problématique en raison de la présence en son sein de brebis galeuses, mais je ne peux pas non plus ignorer les dérives. Ma méfiance et mon manque d&rsquo;attirance pour elle ne viennent pas d’un fantasme, mais d’un faisceau d’éléments : des codes qui peuvent flatter l’ego, une hiérarchie qui peut être détournée au profit du narcissisme pesant de certains, et une entraide qui peut devenir un privilège.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que cette actualité nous rappelle, c’est une chose simple : même si une charte rigoureuse, des symboles solennels surplombent l’organisation,  certains individus sont toujours assez malins pour s’en arranger, s’en maquiller élégamment, et en tirer de petits ou grand bénéfices.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Pour creuser le sujet</h3>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comprendre l’histoire et le fonctionnement</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pierre-Yves Beaurepaire. Un des meilleurs spécialistes actuels.<br><em>L’Europe des francs-maçons (XVIIIe-XXIe siècle)</em><br><em>La République universelle des francs-maçons</em><br>Approche historique rigoureuse, basée sur archives</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cécile Révauger. <em>La Franc-maçonnerie en Europe</em><br>Très clair, pédagogique, bon point d’entrée</p>



<p class="wp-block-paragraph">Margaret C. Jacob.<br><em>Living the Enlightenment : Freemasonry and Politics in Eighteenth-Century Europe</em><br>Référence internationale sur les origines</p>



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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Analyses sociologiques et critiques</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Yves Hivert-Messeca.</strong> Travaux sur les loges françaises et leurs évolutions. Analyse fine des pratiques réelles</p>



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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Approche critique et investigation</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pierre Buisseret et Jean‑Michel Quillardet<em>.</em></strong><em> Initiation à la franc‑maçonnerie</em>.2007.<br>Une présentation pédagogique et accessible de l’institution. Écrite par des maçons eux-mêmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Roger Dachez.</strong> <em>Histoire de la franc-maçonnerie française</em><br>Sérieux. L’auteur est lui-même franc-maçon.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Emmanuel Pierrat. </strong><em>Les francs-maçons sous l’Occupation</em><br>Montre aussi les périodes sombres et les persécutions</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Christophe Bourseiller. </strong><em>Un maçon franc : récit secret</em>. 2012.<br>Journaliste et essayiste, ancien franc-maçon, apporte un regard de l’intérieur tout en gardant un recul critique</p>



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<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph"><strong>Texte pour éviter de tomber dans le complotisme !<br><a href="https://www.arteacom.fr/savoir-reperer-chaines-complotiste-sectaires/" title="Comment repérer les chaînes complotistes, sectaires, confusionnistes">Comment repérer les chaînes complotistes, sectaires, confusionnistes</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Crédit photo&nbsp;: Gever. Pexels.</p>



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			</item>
		<item>
		<title>Petit précis d&#8217;analyse institutionnelle : commission d&#8217;enquête parlementaire vs pouvoir judiciaire</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/commission-enquete-parlementaire-pouvoir-judiciaire-braun-pivet-epstein/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Mar 2026 17:25:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences politiques]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=8789</guid>

					<description><![CDATA[<p>… à la lumière de la controverse Yaël Braun-Pivet – affaire Epstein J&#8217;ai vu circuler ces derniers jours, de nombreux commentaires sur le refus de Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée nationale, de permettre la création d&#8217;une commission d&#8217;enquête parlementaire &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/commission-enquete-parlementaire-pouvoir-judiciaire-braun-pivet-epstein/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading has-text-color has-link-color wp-elements-12" style="color:#0071b7"><em>… à la lumière de la controverse Yaël Braun-Pivet – affaire Epstein</em></h2>



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<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">J&rsquo;ai vu circuler ces derniers jours, de nombreux commentaires sur le refus de Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée nationale, de permettre la création d&rsquo;une commission d&rsquo;enquête parlementaire sur l&rsquo;affaire Epstein. Des réactions outrées, parfois légitimes mais souvent confuses dans leur raisonnement … et pour certaines franchement malsaines, avec leurs relents <a href="https://www.arteacom.fr/le-complotisme-est-il-une-nouvelle-forme-de-lutte-des-classes/" title="Le complotisme est-il une nouvelle forme de lutte des classes ?">complotistes </a>habituels. 🙁</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que j&rsquo;ai surtout repéré, c&rsquo;est une certaine méconnaissance du rôle de ces institutions. Il m&rsquo;a semblé que c&rsquo;était l&rsquo;occasion de clarifier les choses ; d&rsquo;expliquer dans les grandes lignes, ce que font le Parlement et le pouvoir judiciaire, et pourquoi on ne peut pas leur demander la même chose. C&rsquo;est ce que nous allons faire ensemble.</p>
</blockquote>



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<h3 class="wp-block-heading">Ce qu&rsquo;est une commission d&rsquo;enquête parlementaire</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Une commission d&rsquo;enquête parlementaire est une structure temporaire créée au sein de l&rsquo;<strong>Assemblée nationale</strong> ou du <strong>Sénat</strong>. Elle est composée de députés ou de sénateurs, désignés proportionnellement aux groupes politiques. Sa durée de vie est limitée : six mois maximum, non renouvelables sur le même sujet. Sa création peut résulter d’un vote de l’assemblée concernée, à l’initiative d’un ou de plusieurs groupes parlementaires. Elle peut aussi être obtenue par un groupe d’opposition ou minoritaire dans le cadre de son droit de tirage annuel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et c’est déjà là que la politique entre en jeu : car une majorité peut <strong>bloquer la création d’une commission qui la gênerait</strong>, une opposition peut en demander une pour mettre le gouvernement en difficulté. La décision de créer ou pas, une commission est donc rarement neutre. C’est précisément ce que nous voyons avec la décision de Yaël Braun-Pivet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son champ d&rsquo;investigation est large : elle peut porter sur l&rsquo;action du Gouvernement, sur des Services publics, sur des entreprises privées dès lors qu&rsquo;un intérêt national est en jeu, ou sur des faits de société majeurs. Pour vous donner des repères concrets : c&rsquo;est ce type de commission qui a enquêté en France sur la gestion de la crise Covid, sur <a href="https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/organes/autres-commissions/commissions-enquete/ce-montage-juridique-financier-projet-a69" target="_blank" rel="noopener" title="">le montage juridique et financier du projet d’autoroute A69</a>, ou encore sur les <a href="https://videos.senat.fr/commission.DIST" target="_blank" rel="noopener" title="">marges de la grande distribution</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ses conclusions sont rendues publiques et consultables sur les sites officiels de l&rsquo;Assemblée nationale ou du Sénat.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Ce que le Parlement peut faire et ce qu&rsquo;il ne peut pas</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Une fois constituée, la commission peut convoquer des témoins, réclamer des documents et publier un rapport. C&rsquo;est un outil de transparence et d&rsquo;alerte démocratique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais voilà ce qu&rsquo;elle ne peut pas faire : sanctionner qui que ce soit, mener une enquête judiciaire, ou contraindre durablement un récalcitrant à coopérer. C&rsquo;est un <strong>outil politique</strong>, pas coercitif.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Autrement dit, si nous attendons d&rsquo;une commission parlementaire qu&rsquo;elle « fasse justice », nous lui demandons ce qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas conçue pour faire. C&rsquo;est le rôle du judiciaire — et cette distinction n&rsquo;est pas un détail, c&rsquo;est <strong>le fondement même de la séparation des pouvoirs</strong>.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Le judiciaire : l&rsquo;institution qui sanctionne</h3>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est la justice qui a la capacité d&rsquo;enquêter sur des crimes, d&rsquo;entendre victimes et mis en cause, de prononcer des peines. Dans l&rsquo;<a href="https://www.arteacom.fr/comprendre-les-mecanismes-de-laffaire-epstein/" title="Comprendre les mécanismes de l’affaire Epstein">affaire Epstein</a>, des procédures judiciaires ont existé ou existent dans plusieurs pays. C’est cet élément qui a conduit Yaël Braun-Pivet, à refuser la création d’une commission d’enquête parlementaire</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le sociologue Vincenzo Ruggiero nous rappelait cependant que les infractions commises par des élites sont souvent moins visibles et plus difficiles à instruire : les ressources juridiques, les réseaux de protection, la complexité internationale — tout cela ralentit ou complique la justice. Ce n&rsquo;est évidemment pas une excuse. C&rsquo;est un constat que nous devons intégrer pour comprendre pourquoi ces affaires durent si longtemps.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Des réseaux qui dépassent les frontières et les institutions nationales</h3>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;affaire Epstein n&rsquo;est pas seulement un dossier criminel. Elle illustre quelque chose de plus large : la manière dont certains <strong>réseaux d&rsquo;influence</strong> traversent les frontières, mêlant sphères politique, économique et sociale.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Wright_Mills" target="_blank" rel="noopener" title="">Charles Wright Mills</a> avait analysé dès 1956 comment le pouvoir se concentre dans des cercles étroits reliant politiques, grandes entreprises et institutions stratégiques. Zygmunt Bauman montrait quant à lui que ces réseaux sont aujourd&rsquo;hui <strong>devenus mondiaux</strong> ; ce qui rend leur contrôle par des institutions nationales beaucoup plus difficile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nos outils de contrôle démocratique ont été <strong>pensés à l&rsquo;échelle nationale</strong>. Certains réseaux d&rsquo;influence, eux, fonctionnent à l&rsquo;échelle planétaire. C&rsquo;est là une tension structurelle que nous ne pouvons pas ignorer.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Les élites, leurs codes, et l&rsquo;invisibilité de certaines pratiques</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les sociologues Michel et Monique Pinçon-Charlot ont largement documenté comment la grande bourgeoisie française fonctionne comme un milieu social à part : codes de comportement, lieux de sociabilité exclusifs, solidarité interne forte. Christopher Lasch soulignait de son côté que certaines élites développent des normes qui divergent progressivement de celles du reste de la société.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas une théorie du <a href="https://www.arteacom.fr/savoir-reperer-chaines-complotiste-sectaires/" title="Comment repérer les chaînes complotistes, sectaires, confusionnistes">complot</a>. C&rsquo;est une réalité sociologique documentée : dans des cercles très fermés, certaines pratiques restent longtemps invisibles ; non pas parce qu&rsquo;elles sont activement dissimulées, mais parce qu&rsquo;elles circulent dans des espaces inaccessibles au regard extérieur, y compris au regard des institutions.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Ce que cette affaire nous apprend vraiment sur notre système</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Revenons à la décision de Yaël Braun-Pivet. Qu&rsquo;en retenir, une fois posé ce cadre d&rsquo;analyse ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">D&rsquo;abord, elle illustre concrètement la <strong>séparation des pouvoirs</strong> : le Parlement documente et alerte, la justice sanctionne. Confondre les deux, c&rsquo;est s&rsquo;exposer à de mauvaises lectures et à de fausses indignations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ensuite, elle révèle les <strong>limites structurelles de nos outils démocratiques</strong> face à des réseaux transnationaux — limites réelles, qu&rsquo;il faut nommer pour espérer un jour les dépasser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, elle nous invite à distinguer deux registres souvent confondus dans le débat public : la <strong>vérité judiciaire</strong>, ce que les tribunaux établissent, et la <strong>vérité politique</strong>, ce que les commissions parlementaires peuvent éclairer. Les deux sont nécessaires. Aucune ne se substitue à l&rsquo;autre.</p>



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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pour aller plus loin</strong></p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Vie Publique. Gouv. <a href="https://www.vie-publique.fr/fiches/19500-quest-ce-quune-commission-denquete-parlementaire" target="_blank" rel="noopener" title="">Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une commission d&rsquo;enquête parlementaire ?</a></li>



<li>Sénat : <a href="https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/structures-temporaires/commissions-denquete/liste-des-commissions-denquete.html" target="_blank" rel="noopener" title="">Toutes les commissions d&rsquo;enquête depuis 1998.</a></li>



<li><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Wright_Mills" target="_blank" rel="noopener" title="">Charles Wright Mills</a>. <em>The Power Elite</em>. L’élite du pouvoir. Oxford University Press, 1956.</li>



<li>Vincenzo Ruggiero. <em>Crimes of the Powerful</em>. Sage Publications, 1996.</li>



<li>Zygmunt Bauman. <em>Liquid Modernity</em>. <a href="https://www.philosophes.org/biographies/zygmunt-bauman-1925-2017-la-modernite-liquide-et-lambivalence-humaine/" target="_blank" rel="noopener" title="">La modernité liquide. </a>Polity Press, 2000.</li>



<li><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Christopher_Lasch" target="_blank" rel="noopener" title="">Christopher Lasch</a>. <em>The Revolt of the Elites and the Betrayal of Democracy</em>. <em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/La_R%C3%A9volte_des_%C3%A9lites_et_la_trahison_de_la_d%C3%A9mocratie" target="_blank" rel="noopener" title="">La Révolte des élites et la trahison de la démocratie</a></em>. W.W. Norton, 1995.</li>



<li>Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon. <em>Sociologie de la bourgeoisie</em>. La Découverte, 2007.</li>



<li>Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon. <em>Le Président des ultra-riches</em>. Éditions Zones, 2016.</li>



<li>Monique Pinçon-Charlot sur Elucid. <a href="https://www.youtube.com/watch?v=jO-RGVST1Zs" target="_blank" rel="noopener" title="">JEFFREY EPSTEIN : la violence oligarchique sous nos yeux</a></li>
</ul>



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<p class="wp-block-paragraph">Crédit Photos Philippe Grangeaud.</p>



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			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;état d&#8217;urgence : un moment très particulier de la démocratie</title>
		<link>https://www.arteacom.fr/letat-durgence-un-moment-tres-particulier-de-la-democratie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Muriel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 16 Feb 2026 08:14:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Notes de synthèse]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences politiques]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.arteacom.fr/?p=8531</guid>

					<description><![CDATA[<p>Gouverner face au risque de perdre le contrôle L’état d’urgence, on en a tous, ou presque tous, entendu parler une fois sans sa vie. Mais sait-on vraiment ce que cette notion recoupe&#160;? J’ai voulu y réfléchir, et en enquêtant, je &#8230; <a href="https://www.arteacom.fr/letat-durgence-un-moment-tres-particulier-de-la-democratie/">Lire la suite­­</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading has-text-color has-link-color wp-elements-14" style="color:#0053ab"><em>Gouverner face au risque de perdre le contrôle</em></h2>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">L’état d’urgence, on en a tous, ou presque tous, entendu parler une fois sans sa vie. Mais sait-on vraiment ce que cette notion recoupe&nbsp;? J’ai voulu y réfléchir, et en enquêtant, je me suis rendue compte qu&rsquo;un outil créé pour une guerre coloniale en 1955 est finalement devenu un réflexe de gouvernement face à presque toutes les crises.</p>
</blockquote>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">En temps normal, l&rsquo;État avance avec des règles strictes. Il enquête, il prouve, il juge. L&rsquo;état d&rsquo;urgence, c&rsquo;est autre chose. C&rsquo;est le moment où l&rsquo;État dit : « Si je respecte toutes les étapes habituelles, il sera trop tard. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;abandon de la démocratie. C&rsquo;est un basculement temporaire de ses priorités. Au lieu de protéger d&rsquo;abord les libertés individuelles, on protège d&rsquo;abord la sécurité collective. Juridiquement, c&rsquo;est un mécanisme prévu par la loi. Politiquement, c&rsquo;est souvent ce que fait l&rsquo;État quand il a peur de perdre le contrôle. Et ce basculement n&rsquo;a pas toujours servi aux mêmes causes.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">1955 : une arme née dans une guerre – Algérie</h3>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;état d&rsquo;urgence apparaît pendant la Guerre d&rsquo;Algérie. Face aux actions du Front de libération nationale FLN, l&rsquo;État estime que la procédure pénale classique est trop lente. Le problème n&rsquo;est pas seulement la violence, c&rsquo;est son organisation clandestine. On ne sait pas toujours qui prépare quoi. On soupçonne plus qu&rsquo;on ne prouve.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La loi crée alors un cadre juridique nouveau : l&rsquo;administration peut perquisitionner sans juge, assigner à résidence, interdire des réunions, contrôler la presse. Ce n&rsquo;est plus une logique de justice, c&rsquo;est une logique de neutralisation. On agit avant l&rsquo;acte, pas après. Mais derrière le mécanisme légal, il y a aussi une réalité politique : l&rsquo;État français craint de perdre le contrôle d&rsquo;un territoire qu&rsquo;il considère comme sien.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>C&rsquo;est une rupture importante : l&rsquo;exception entre dans le droit. L&rsquo;urgence devient un outil de gouvernement.</em></p>



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<h3 class="wp-block-heading">1985-1988 : quand un territoire peut basculer &#8211; Nouvelle-Calédonie</h3>



<p class="wp-block-paragraph">En Nouvelle-Calédonie, la tension politique entre indépendantistes et loyalistes devient explosive. La prise d&rsquo;otages d&rsquo;Ouvéa marque un point de bascule. Ici, la question n&rsquo;est pas le terrorisme international, c&rsquo;est la crainte d&rsquo;un affrontement armé local.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;état d&rsquo;urgence sert alors à reprendre le contrôle physique du territoire : couvre-feux, zones interdites, présence renforcée des forces de l&rsquo;ordre. L&rsquo;objectif officiel est d&#8217;empêcher que la violence se généralise. Mais il s&rsquo;agit aussi, très concrètement, de montrer qui détient l&rsquo;autorité quand celle-ci est contestée les armes à la main.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>On n&rsquo;est pas dans la gestion d&rsquo;un crime. On est dans la prévention d&rsquo;un conflit — ou dans la reconquête d&rsquo;un pouvoir menacé.</em></p>



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<h3 class="wp-block-heading">2005 : quand la colère se propage &#8211; Clichy-sous-Bois</h3>



<p class="wp-block-paragraph">À Clichy-sous-Bois, la mort de deux adolescents déclenche une vague d&rsquo;émeutes. Les incendies et affrontements s&rsquo;étendent à de nombreuses villes. Le gouvernement de Dominique de Villepin ressort un outil pensé pour une guerre coloniale. Pourquoi ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parce que la justice traite des individus. Les émeutes, elles, fonctionnent en dynamique collective. Ce que cherche l&rsquo;état d&rsquo;urgence ici, ce n&rsquo;est pas de juger plus vite, c&rsquo;est de casser la contagion. Le couvre-feu ne punit pas. Il coupe le mouvement. Juridiquement, c&rsquo;est une réponse à un trouble à l&rsquo;ordre public. Politiquement, c&rsquo;est la crainte que l&rsquo;État perde le contrôle de quartiers entiers.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">2015 : la peur d&rsquo;attaques invisibles – France</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les Attentats du 13 novembre 2015 représentent un choc national. Sous la présidence de François Hollande, l&rsquo;état d&rsquo;urgence est déclenché et durera près de deux ans. Le terrorisme moderne change la donne. Les auteurs peuvent être peu connus, radicalisés récemment, organisés via des réseaux discrets. On ne peut pas toujours attendre d&rsquo;avoir une preuve solide.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors on agit sur des signaux faibles : fréquentations, comportements suspects, liens indirects. Perquisitions de nuit, assignations à résidence, fermetures administratives. C&rsquo;est un État qui cherche à devancer l&rsquo;invisible. Le cadre juridique permet d&rsquo;agir vite. Mais c&rsquo;est aussi un aveu : face à une menace diffuse, imprévisible, l&rsquo;État ne sait plus comment anticiper. Il agit par précaution, parfois par peur.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Et c&rsquo;est là que quelque chose change : une partie de ces mesures entrera ensuite dans le droit commun. L&rsquo;exception laisse une trace durable. Le provisoire s&rsquo;installe.</em></p>



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<h3 class="wp-block-heading">2020 : quand l&rsquo;ennemi n&rsquo;est plus humain &#8211; Covid-19</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Avec la Pandémie de Covid-19, le mécanisme se transforme encore. Il ne s&rsquo;agit plus d&rsquo;un groupe violent. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un virus. Pour la première fois, on limite les libertés de toute la population en même temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Confinement, attestations, fermetures de commerces. On ne soupçonne personne. On réduit les contacts pour freiner une courbe. Ce n&rsquo;est plus une logique sécuritaire, c&rsquo;est une logique statistique. Pourtant, le ressort reste le même : l&rsquo;État a peur. Pas d&rsquo;un ennemi politique cette fois, mais de perdre le contrôle d&rsquo;une situation qui le dépasse. Les hôpitaux risquent la saturation, l&rsquo;économie peut s&rsquo;effondrer, la population panique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le cadre juridique donne une apparence de maîtrise. Mais derrière, il y a l&rsquo;improvisation d&rsquo;un pouvoir face à l&rsquo;inconnu.</em></p>



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<h3 class="wp-block-heading">Ce que tout cela révèle</h3>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;état d&rsquo;urgence n&rsquo;est pas qu&rsquo;un outil répressif. C&rsquo;est un accélérateur. Il apparaît quand l&rsquo;État estime que le danger se propage vite, que la procédure normale est trop lente, que le temps devient le facteur central.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans chaque cas, la menace est différente</strong> : insurrection, conflit territorial, émeutes, terrorisme, épidémie. Mais le mécanisme reste identique : on accepte temporairement moins de garanties pour agir plus vite. Juridiquement, c&rsquo;est un régime d&rsquo;exception prévu et encadré. Politiquement, c&rsquo;est ce que fait l&rsquo;État quand il craint de perdre la main.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Cette double nature — outil légal et réflexe de pouvoir — explique pourquoi l&rsquo;état d&rsquo;urgence est à la fois accepté comme nécessaire et contesté comme dangereux.</em></p>



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<h3 class="wp-block-heading">La vraie question</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le problème n&rsquo;est pas seulement de savoir si l&rsquo;état d&rsquo;urgence est utile. La vraie question est plus subtile : <em>à quel moment l&rsquo;exception cesse-t-elle d&rsquo;être exceptionnelle ?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Car une démocratie peut survivre à des périodes d&rsquo;exception. Elle devient fragile si l&rsquo;exception devient une habitude. Quand l&rsquo;État s&rsquo;habitue à gouverner par l&rsquo;urgence, quand il a moins peur de suspendre les libertés que de perdre le contrôle, alors le cadre juridique ne suffit plus à protéger ce qui fait la démocratie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Et c&rsquo;est cette ligne invisible — entre protection légitime et transformation durable du pouvoir — qui rend le sujet toujours sensible.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Muriel Agnès Pineau.</p>



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<h4 class="wp-block-heading">Quelques perspectives juridiques, philosophiques, historiques et sociologiques sur la question&nbsp;:</h4>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Olivier Beaud et Cécile Guérin-Bargues</strong> . Juristes français, &#8211; LA référence incontournable sur le sujet en France&nbsp;: « <em>L&rsquo;état d&rsquo;urgence. Une étude constitutionnelle, historique et critique</em> » (2016)</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Giorgio Agamben</strong> &#8211; Philosophe italien, auteur de « <em>État d&rsquo;exception</em> » (2003), analyse l&rsquo;état d&rsquo;urgence comme paradigme de gouvernement moderne.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Carl Schmitt</strong> &#8211; Juriste allemand, « <em>La dictature</em> » (1921) et « <em>Théologie politique</em> » (1922), théoricien de l&rsquo;exception souveraine.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Mireille Delmas-Marty</strong> &#8211; Juriste, « <em>Libertés et sûreté dans un monde dangereux</em> » (2010).</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vanessa Codaccioni</strong> &#8211; Historienne et politiste, « <em>Justice d&rsquo;exception</em> » (2015)</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Jean-Claude Paye</strong> &#8211; Sociologue belge, « <em>La fin de l&rsquo;État de droit</em> » (2004)</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Crédit photo <a href="https://www.pexels.com/fr-fr/@roman-ska-3453281/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Pexels Roman Ska</a></p>The post <a href="https://www.arteacom.fr/letat-durgence-un-moment-tres-particulier-de-la-democratie/">L’état d’urgence : un moment très particulier de la démocratie</a> first appeared on <a href="https://www.arteacom.fr">Arteacom</a>.]]></content:encoded>
					
		
		
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