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Forêts, sols, biodiversité : l’angle mort de la finance dite « verte »

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Mise à jour le : 31/07/26

En consultant le site web Phenomenal World, mon œil a été attiré par une photo de ce qu’il m’a semblé être des champs de panneaux solaires jouxtant des zones boisées, puis par le titre : Unbankable Transitions1, de Rosie Collington. Dans cet article publié en mai 2025, l’économiste de la Copenhagen Business School soulève une question : pourquoi la finance privée finance-t-elle certaines transitions écologiques et pas d’autres ?

Selon elle, depuis l’accord de Paris en 2015, les États ont adopté une doctrine dominante : plutôt que de financer directement la transition climatique, ils cherchent à la rendre attractive pour les investisseurs privés. Subventions, garanties de prêts, crédits d’impôt : l’argent public sert à réduire le risque pour que le capital privé consente à entrer. Daniela Gabor, une économiste que nous avons déjà présentée sur ce site, appelle ça « escorter le capital financier vers des actifs dérisqués. »

Le problème est que cette logique ne fonctionne que là où il existe un produit vendable au bout. Un parc éolien produit de l’électricité. Une flotte de véhicules électriques se loue ou se vend. Le capital suit. En revanche, restaurer une forêt, régénérer des sols agricoles, recréer des zones humides : aucun « produit » clair à monétiser. La finance a bien tenté d’inventer des instruments pour y remédier — crédits carbone, marchés de la biodiversité, compensation écologique. Mais ces dispositifs restent marginaux et ne permettent pas, à ce jour, de mobiliser les financements nécessaires ; les biens naturels résistent mal à leur transformation en actifs financiers standardisés.

Or ce sont précisément ces secteurs que le GIEC identifie comme ayant un fort potentiel d’atténuation climatique, à court terme et à faible coût. L’agriculture et la foresterie représentent 22% des émissions mondiales. Elles reçoivent moins de 4% des financements climatiques privés.

Son analyse met alors en lumière une contradiction que peu d’acteurs institutionnels osent formuler : les États continuent de chercher des investisseurs privés pour des secteurs que le marché refuse de financer. C’est que le financement public direct implique de revenir à une idée devenue presque étrangère aux politiques économiques actuelles : l’État peut décider lui-même ce qui mérite d’être financé, même lorsque cela ne promet aucun rendement financier. Planification, investissement public, choix politiques assumés : autant de possibilités que le consensus actuel a progressivement reléguées au second plan — ce que Daniela Gabor appelle le Wall Street Consensus : l’idée, devenue doctrine, que la finance privée est non seulement utile mais nécessaire à la transition, et que le rôle de l’État est de la servir.

👉 Lire l’article complet de Rosie Collington


  1. Transitions non finançables par les banques ↩︎